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Alternances

أضيف بتاريخ ٠٨/١٠/٢٠١٧
Paul Castella


Ça vient du côté gauche. Pas toujours. Mais souvent. Je veux dire les emmerdements. Ma première foulure à la cheville. J'étais tout jeune adolescent, je faisais office d'aide-moniteur au « patro » de St-Ennemond, à Saint-Etienne, sous la direction du Père Ferlay. On participait à des jeux genre scout. En sautant d'un talus sur une route, je me suis tordu le pied. Initiation à la douleur physique. Mais en compensation, une sorte de fierté d'être devenu le blessé de la troupe, qu'on a emmené sur un brancard. On m'a mis un plâtre, objet de prestige, aussi bien que de douleurs, dont les grimaces habilement réprimés qu'elles provoquaient augmentait le respect que mes camarades me témoignaient. Peut-être une part de nos gémissements, certes provoqués par la souffrance, ont-ils pour fonction, au moins inconsciemment, d'augmenter l'empathie des gens présents. Sinon, pourquoi les footballeurs feraient-ils tant de simagrées au moindre coup de pied ? « Maman ; bobo ! »
 
Au tennis, où j'étais un joueur médiocre, j'avais un revers lamentable. Quant au foot, je n'y connais guère de joueur aussi peu doué que moi : où que je vise, la balle choisit d'aller ailleurs que prévu et c'est pur hasard si elle arrive sur le pied d'un de mes partenaires. Mon shoot gauche, pire encore, envoie régulièrement le ballon en « chandelle », ce qui n'est paraît-il pas une manière correcte de jouer. Ceci explique sans doute pourquoi je répugne autant à participer qu'à assister à un match de foot. D'ailleurs, « gauche » signifiant aussi « maladroit », c'est assurément ce que je suis de ce côté de mon anatomie. Le même geste que j'accomplis sans difficulté du côté droit, je le rate souvent de l'autre. Question d'hémisphère cérébral ? En tous cas, je suis un indécrottable droitier, bien que capable de jouer au piano des parties de main gauche assez sophistiquées. Mais peut-être la musique traverse-elle le corps calleux cérébral pour mélanger les dominances.
 
Au Maroc, où l'on mange traditionnellement avec les doigts dans le plat commun, le savoir vivre impose de garder la main gauche sous la table pendant le repas, sauf pour certaines actions qui exigent l'intervention de l'autre main, comme enlever l'arête centrale d'un poisson. La raison invoquée de cette coutume est que la main gauche serait « impure », suite à son emploi lors des ablutions anales après défécation. Comme tous les voyageurs en pays musulman ont pu le remarquer, sauf dans les établissements fréquentés par des étrangers, on ne trouve nulle part de papier hygiénique dans les toilettes. Un robinet d'eau à basse hauteur permet par contre de se laver l'anus et un seau de se rincer. Il fait aussi office de chasse d'eau. Étranges façons de faire pour un occidental. Mais les nôtres le sont autant pour eux : «Vous autres, m'a dit un jour un Égyptien, vous aimez tellement la paperasse que vous vous en mettez jusque sur le trou du cul ».
 
La gauche est côté cœur. Le portefeuille aussi, pour pouvoir tendre les billets de la main droite. «  Vous n'avez pas le monopole du cœur », disait celui qui n'en avait guère à celui qui feignait l'avoir sur la main. Il n'empêche, malgré la fourberie de la plupart de ses représentants, le « peuple de gauche » a toute ma sympathie. En tant que personnes, cela va sans dire, pas en tant que porteurs de cartes. Côté partis, je préfère n'en point parler.
 
La première offensive du crabe qui me visite depuis six ans de ses métastases a commencé à gauche de mon colon, comme un œuf malin, plein de mauvais projets. On m'a alors enlevé la partie d'intestin où il avait élu domicile. Exit la bête. Mais la finaude avait déjà diffusé ses tracts ADN qui ont débarqué à droite, côté foie, et développé une méga tumeur qu'on a pu m'extraire in extremis après un long traitement. Temps de répit. Puis retour à gauche, sur l'os iliaque. Radiothérapie. Douleurs. Scanner. Et ça revient au poumon gauche. Alternance. Je prends mon auto pour aller faire à Marrakech une énième chimio, et je perds le contrôle de mon véhicule. Étourdissement. Choc violent côté gauche. Coma. Fracture de la hanche gauche. Hosto. Douleur à gauche. Balancier. On dirait que mon corps suit les valses hésitations de la politique. Pourtant le destin me semble plutôt manquer d'humour. Heureusement que j'en ai à sa place.