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TEMOIGNAGE. Nicco Beretta, expert en confusion des genres

أضيف بتاريخ ١٠/٠٦/٢٠١٧
AFP


New York - Il y a 20 ans, avant l'explosion d'internet, Nicco Beretta amorçait un changement de sexe. Sa métamorphose a pris des années, coûté des dizaines de milliers de dollars, et fait de lui une sorte d'expert en chamboulement des genres.

Aujourd'hui âgé de 43 ans et célibataire, cet auto-entrepreneur en peinture et menus travaux se dit "queer" et "polyamoureux", ouvert à des aventures atypiques avec des hommes ou des femmes. Et détendu, bien dans sa barbe comme dans sa peau aux multiples tatouages.

Il lui a fallu du temps pour approcher cette sérénité. Née fille à Gênes de parents italo-américains en 1974, il s'est interrogé pendant des années - seul, faute d'internet suffisamment développé - sur sa différence et sur la définition des genres.

Pendant toute son enfance, lui qui s'appelait alors Naima a lutté pour s'habiller en garçon. Un calvaire pendant les années où, sa famille ayant déménagé à Londres, "j'étais obligé de porter une jupe à l'école", se rappelle-t-il aujourd'hui.

Ses parents déménagent ensuite aux Etats-Unis, où les codes vestimentaires s'assouplissent et Naima peut porter les habits de son frère. Ses parents acceptent cette évolution. On la traite de "garçon manqué", elle se sent "différente".

"A l'arrivée de la puberté, je me sentais malade tout le temps (...). Ensuite quand j'ai eu mes règles, je vomissais, littéralement, je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon corps", "tout cela était extrêmement perturbant".

Naima finit de grandir à 1,63 mètre, androgyne et mal à l'aise dans son corps de femme, fréquentant les milieux artistiques et homosexuels, plus ouverts face au questionnement des genres.

"Mon corps en général était le gros obstacle, quand je me regardais dans une glace, je ne voyais pas celle que je regardais", explique aujourd'hui Beretta.

L'introspection continuera jusqu'à l'âge de 21 ans, où il découvre un livre de photos du photographe transgenre Loren Cameron. C'est le déclic.

Il se rebaptise Nicco. Et tâtonne, avec internet disponible uniquement en bibliothèques, pour identifier les traitements disponibles.

A 24 ans, il entame un traitement hormonal, très cher. Et part pour un an à San Francisco, seule ville alors où quelques médecins spécialisés ont pignon sur rue. Il emprunte 11.000 dollars pour financer une opération des seins, qu'il mettra plusieurs années à rembourser.

Une deuxième opération suivra trois ans plus tard, en 2004: "la totale", décrit-il sans fard, une hystérectomie complète, ablation des ovaires et de l'utérus, pour 10.000 dollars, chez un médecin d'une bourgade au nord de New York recommandé par un ami.

Il s'arrêtera là. Pas de phalloplastie complexe, juste des hormones qu'il s'injecte encore deux fois par mois, "comme on va chez le coiffeur". Et des examens médicaux bi-annuels, notamment pour vérifier l'équilibre hormonal.

Au début, les hommes transgenres sont tellement rares que même la communauté homosexuelle le traite en ovni. "Je disais que j'étais transgenre et ils n'avaient pas idée. Ils me disaient, +Je ne sais même pas ce que ca veut dire+. Il y avait beaucoup de confusion, de rejet".

Et puis internet a explosé et "tout a changé du fait que l'information soit immédiatement disponible."

"Il y a eu une explosion des transitions. Tout d'un coup beaucoup de jeunes de 19, 20 ans sortaient du placard, se faisaient opérer et prenaient des hormones. C'était un peu troublant pour moi, au début, qui jusqu'à 24 ans ne connaissais pas le mot +trans+"!

Sont aussi apparues des "options" inexistantes dans sa jeunesse. "Aujourd'hui vous pouvez être transgenre fluide, genre non-conforme, non-binaire...", dit-il en souriant.

"Ca n'aurait rien changé pour moi, j'aurais quand même fait ma transition (...) mais je suis heureux de voir le système des genres s'écrouler".

Un "système" particulièrement rigide aux Etats-Unis, qui explique en partie le militantisme américain sur ces sujets, selon lui.

Après avoir grandi en Europe, il estime que les différences entre les sexes y sont plus nuancées, et le "brouillage des lignes" entre les genres plus discret.

"L'Amérique a cette fascination pour la culture machiste avec les sports, l'argent et le pouvoir, surtout pour les hommes blancs", dit-il.

Au point que cela a freiné son besoin de changer de sexe. "Je me demandais, +Pourquoi devenir moi aussi un homme blanc dans cette société?+"

Mais au final, "ce n'était pas un choix, je me serais probablement suicidé sinon", dit-il.

Aujourd'hui, il vit apaisé dans l'appartement qu'il partage avec un ami dans un quartier branché de Brooklyn, entouré de deux chiens...et d'interrogations sur le sens de la vie fréquentes chez les quadragénaires.

"Je suis ouvert sur qui je suis, très à l'aise dans le monde, mais je ne sais toujours pas ce que je vais faire de moi", dit-il en riant.