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Délire sur la vie. Et sur LES RESTES.

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Rachid Zaki
Rachid Zaki
C'est bien moi entrain de jouer un rôle. Celui du journaliste qui fume. Dois-je arrêter ? D'écrire ou de fumer ?

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Bienvenue 
Tirira tirira! Hada âame lahrira  09/10/2005
Le Ramadan à Hay Mohammadi et dans tous les quartiers populaires a toujours été un évènement. Dès que les coups de canons annoncent l’avènement du mois sacré c’est presque l’émeute dans les quartiers populaires.
Nous circulions dans les rues en scandant "Tirira tirira hada âame lahrira". Jusqu’à l’écriture de ces lignes je ne suis encore pas parvenu à savoir la véritable signification du mot "tirira". Je me dis à présent que c’est un simple jeu de rimes.
Le Ramadan je l’attendais avec impatience même si je savais d’avance que je n’allais jeûner que deux ou trois jours au mieux.
Moi je voulais observer le jeûne durant tout le Ramadan mais mes parents n’ont jamais accepté. Se souciaient-ils de ma petite santé ? Non malheureusement ! Mes parents m’obligeaient à manger pour que je les laisse en paix pendant la rupture du jeûne. Il faut dire qu’à ce moment là les enfants ne sont pas les bienvenus. C’est une affaire de grand.
Nous les enfants on avait notre lot de jeux enfantins.
Nous attendions que le muezzine annonce la prière du "maghreb" pour courir annoncer aux grands le des hostilités avec la harira et autres chebbakia et baghrir.
Quant à nous, nous prenions notre revanche sur l’asphalte de l’avenue déserte qui passait devant nous. Nous nous allongions sur l’asphalte les yeux fermés certains que pas une voiture ne passait à ce moment de la journée. Certains d’entre nous sortaient leurs carrosses à roulement et se lançaient dans de foules courses de Formule 1 (la Formule 1 des pauvres).
Et dès que la rue commençait à se mouvoir et la circulation sur l’avenue devenait plus dense, nous étions obligés de rentrer pour manger les restes des grands. Car pour mériter de s’asseoir à la table des grands, il fallait d'abord jeûner…
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 09/10/2005 à 22:54 | Permalien | Commentaires (277)
 
Rien à voir avec le cinéma 
Mon cinéma Paradiso à moi  17/08/2005
Enfant j’aimais aller au cinéma. C’est au cinéma "Saâda" et "Sherif" à Hay Mohammadi que j’ai vu mes premiers films. "La fureur du dragon", "La fureur de vaincre"… Avez-vous le chef d’œuvre "Cinéma Paradiso". C’était pratiquement ça. Sauf que dans le film il y a beaucoup de magie. La magie du cinéma. Dans mon cas il y avait certes la magie mais beaucoup de misère. Mais bon la misère a ses côtés magiques avec le recul. La preuve.
Deux films étaient projetés. On les appelait thon ou l’hrour (traduction : le thon et la sauce piquante). Cette malbouffe était notre préférée quand on était gosse. C’est pourquoi nous avons affectueusement donné ce nom au film américain et indien projetés simultanément, séparés par un entracte.
Pendant l’entracte nous mangions "mar9at Jnoune". Jjnoune c’est les démons mais comment je vais faire pour traduire le mot "mar9a". Ce mot n’existe pas en français. "Lmer9a" et "dwaze" sont des expressions 100% marocaines. "Dwaze" est plus marocain car "mar9a" provient de l’arabe classique "Mara9" qui signifie sauce. "Dwaze" provient du verbe (dialectal) "dewez" qui signifie faire passer quelque chose ou quelqu’un. Par exemple "Dewez lwa9t" veut dire faire passer le temps.
(Excusez-moi si je vous prends la tête avec ça mais je me dis que peut-être des étrangers liront ce poste. Je leur doit des précisions)
Savez-vous quelle est la différence entre "Lmer9a" et "dwaze" ? La première contient de la viande alors que la seconde non. Chez moi on était plutôt des adeptes de "Dwaze". Qu’est ce qu’il était délicieux. J’aimais bien teghmasse ! (le fait de mouiller du pain par de la sauce).
Vous allez me demander pourquoi on appelait cette bouffe dégelasse "mar9at Jnoune" ? Je vous réponds : Quand nous sortions pendant l’entracte, nos yeux étaient tellement éblouis par le soleil de l’après-midi qu’on avait l’impression de marcher en plein nuit (d’où l’expression démon). Le vendeur sortait de sa marmite des bouts de viandes, de peau, de quelque chose avec des mains sales (je n’oublierai jamais la saleté nichée sous les ongles) et il les mettait dans un demi-pain. Et hop ! On croquait à peins dents dans cette CHOSE IMMONDE qui ne sentait pas mauvais ni bon non plus mais qui était ô combien délicieuse !
On avait également un autre met "Pastila". C’est une boulette de purée de pomme de terre à la couleur jaunâtre qui n’avait pas de goût mais qui, assaisonné avec beaucoup de piment devenait comme par magie délicieuse.
Je me rappelle de mon premier film. C’était "Orca". Maintenant je sais que c’est un film réalisé par Michael Anderson avec Richard Harris, Robert Carradine et Charlotte Rampling. Si quelqu’un avait dit au gosse de l’époque qui n’avait que 7ans et qui ne voyait pas le monde en dehors de sa driba (ruelle ou quartier) qu’il allait rencontrer Charlotte Rampling un jour je l’aurais certainement pris pour un fous. Quand j’ai rencontré Charlotte -c’est comme ça que je l’appelle maintenant. Elle est devenue une amie (laissez-moi frimer un peu) au festival de Marrakech, je lui ai dit qu’elle était ma première idole. La première femme que je voyais sur grand écran. Vingt quatre ans après je l’ai rencontré et j’ai pris une photo avec elle. Personne ne pouvait m’empêcher d’avoir ma photo. La preuve pour moi qu’elle n’existait pas que sur cet écran en toile blanche, jaune, noire enfin je ne sais pas. Il était tellement sale).
Plusieurs années après avoir "Orca" j’ai réalisé qu’il dure 1h32 minutes. Moi j’ai vu la version courte (moins d’une demi-heure). Je ne sais comment "khoukha" (c’est le nom de l’un des projectionnistes) avait fait pour le transformer en court-métrage sans qu’il lui fasse perdre toute sa magie. Un jour je verrai le film en intégralité (si quelqu’un l’avait, il serait sympa de me le prêter).
Dans les films que nous voyions les baisers étaient inexistants. Je ne me suis jamais expliqué pourquoi au moment fatidique du baiser, on trouve le héros transporté par je ne sais quelle magie vers un autre décor. Je croyais à l’époque que les films étaient faits comme ça. Mais au fur et à mesure qu’on grandissait chaque baiser coupé était accompagné de l’expression " Wa la3waaaaaaaaar" (le booooooorgne). Pour l’histoire cette expression utilisée dans toutes les salles du Maroc (j’ai même entendu un plaisantin la prononcer un jour au Mégarama. Je en sais pas pourquoi d’ailleurs) provient de Hay Mohammadi car comme par hasard les deux projectionnistes des deux salles étaient borgnes.

A présent cinéma Sherif est fermé. Quant au cinéma Saâda il se meurt. Des espaces chers de notre mémoire sont entrain de disparaître.
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 17/08/2005 à 01:19 | Permalien | Commentaires (1412)
 
Rien à voir avec le cinéma 
Les Zèbres d'un jour !  16/08/2005
J’arrive enfin à Tétouan par taxi blanc. Je me dirige directement vers la banque où travaille mon frère. Il m’accompagne en voiture, me dépose à la maison et retourne à son travail. Je prend une douche illico et tente de faire de l’ordre dans mes pensées. Je n’ai pas souvent l’occasion de venir à Tétouan. Le manque de gare ferroviaire m’a toujours découragé. En buvant un verre de limonade allongé sur le lit je regarde longuement le plafond et je me rappelle la première fois que je suis venu à Tétouan.
C’était le 17 juin 1986. Pour les férus de football il s’agit d’une date indélébile. Le Maroc allait jouer le huitième de final de la coupe du monde à Monterrey au Mexique.
Je suis arrivé très tôt le matin avec ma sœur Jamila.
Ce trajet entre Casa et Tétouan je ne l’oublierai jamais. Je me rappelle avoir été pris de vertige et que j’a vomi toutes mes tripes cette nuit là. Point de sac en plastique j’ai dû me vider à côté de mon siège. L’odeur de Raïbi Jamila mixé avec un morceau de cake parcourait le car de fortune. L’assistant du chauffeur (grisoune) avait ramené de la poudre de bois pour cacher mon étrange mixture.
Je débarque donc à Tétouan. Toute la ville marche au ralenti, suspendue au sifflet de l’arbitre du match, un certain Zoran Petrovic. La rumeur avait circulé dans la ville que certains supporters de l’équipe nationale avaient peint en blanc et noir 12 ânes, prêts à les faire défiler dans les rues de la ville juste après la victoire du Maroc. L’équipe nationale n’a jamais été aussi en forme (elle avait passé le premier tour en première position après avoir battu le Portugal par 3 but à 1) et les marocains se projetaient déjà dans la finale.
Mais à trois minutes de la fin de la partie, Lothar Matthaeus donne le coup de grâce à l’équipe marocaine et à tous ses supporters d’un coup franc mal jugé par Badou Zaki. Un but bête et méchant qui met le Maroc out.
Les supporters de Tétouan n’avaient qu’à laver leurs ânes qui étaient content de devenir des zèbres, le temps d’une journée.
Je pense avec un large sourire et je m’endors. Après le calvaire de presque 10 heures de voyage sans sommeil, mon corps revendiquait un repos mérité.
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 16/08/2005 à 16:45 | Permalien | Commentaires (153)
 
Rien à voir avec le cinéma 
Le moche, le costaud, Khadija, moi est les autres...  16/08/2005
Lundi matin. J’arrive à Tanger. Il est 7 heures et demie. Le voyage entre Mohammedia et Tanger m’a semblé une éternité. Le Midnight Express ressemblait à ces trains qu’on voyait sur les documentaires sur l’Inde. Je me crois à Bombai.
Impossible de trouver une place libre. Non je ne rêve pas ! Les gens dorment, ronflent et peut-être même rêvent après avoir éteint la lumière. Le but de la manœuvre est de barrer la route à toute intrusion dans cet espace devenu le temps d’un trajet de sept heures leur propriété privée.
Mon sac à l’épaule je parcours le train de long en large. Je vois une galerie de personnages les uns plus étranges que les autres. J’arrive aux quatre derniers wagons. Surprise je me trouve en quatrième classe. Non je n’ai pas rêvé ? Je suis toujours dans le même train. Je m’assois sur mon sac faisant le numéro du mec cool. Je me prends pour un touriste. Mais au bout de trente minutes je me trouve contraint d’accepter les sièges inconfortables de ce wagon nauséabond qui sent la pisse, les chaussettes puantes et l’haleine de quelques voyageurs qui ont oublié de déclencher la fermeture centralisée en dormant. Ça ronfle, ça délire et qui sait ça pète aussi par moment. Car le pet peut être silencieux mais rarement sans odeur. Et l’odeur je la sentais me brûler les narines. Mon lit me manque. L’odeur des draps propres et soyeux et le parfum enivrant de la femme de ma vie, blottie contre moi, rêvant avec une douceur telle que je crois assister à une novela brésilienne.
A présent j’ai droit au délire d’une sexagénaire, au visage halé et aux dents couleur de daim. Je crois qu’elle se dispute avec une voisine dans son rêve à en juger par son ton. J’ai entendu "M’barka". Qu’est ce qu’elle a contre ma mère cette salope. Je ne vous ai pas dit ? Ma mère s’appelle M’barka.
Je vois une autre femme passer. Elle ressemble à la première. On dirait qu’elles sortent du même moule. Elles ont sans doutes les mêmes gênes du commerce et un arrière arrière arrière grand-père commun qui faisait du négoce sur la route de la soie !
Cette femme là ne rêve pas. Elle fait un cauchemar. Je comprends à travers sa conversation avec un jeune homme gros qu’elle avait laissé un sac plein de marchandises dans un compartiment et qu’apparemment son commerce est descendu à Sidi Kacem. Tout seul !
Elle se plaint au gros. Ce gros balourd n’a pas arrêté de répéter à haute voix à un ami à lui d’un bout à l’autre du wagon "Aji hna achnou ta dir temma" (viens ici qu’est ce que tu vas faire là bas). Sa voix n’était pas gênante mais c’est surtout cette répétition qui faisait monter ma rage. Son ami se présente avec quatre gros sac et ils les placent dans des étalages vides. C’est alors qu’un client s’y oppose avec véhémence redoutant l’existence de quelques produits prohibitifs. La discussion bat alors son plein. Je me suis cru dans les audiences publiques du Parlement.
Je décide de changer de place. Je m’assois en face de deux types que tout oppose. Le premier est affreusement maigre et fume comme une pompe (car dans ce wagon la cigarettes est autorisé. Au moins elle, elle met un semblant de parfume!). L’autre est cruellement fort. Je comprends plus tard qu’il fait beaucoup de sport, qu’il avait bu et fumé à une période de sa vie. Je dois avouer que le maigre et MOCHE en plus était plus intelligent. Le dicton "Un esprit sain dans un corps sain" n’est que foutaise.
De l’autre côté une jeune femme, craché par le train de Meknès est venue s’assoire dans une place vide à côté de moi. Elle me dévisage. Je crois qu’elle m’a connu dans une vie antérieure. Probablement quand j’étais coiffeur pour dames à Damas !
Les deux hommes parlent de tout et de rien. Ils parlent à haute voix car le bruit des roues était plus qu’assourdissant. Je crois qu’ils ont fait le tour de tous les sujets. Si tant est que lorsqu’ils avaient fini le moche s’en est allé savourer sa Winston dans l’allée et le costaud s’est endormi comme par une baguette magique. Il avait un visage d’enfant derrière sa carrure de lanceur de poids. Ne dit-on pas dans un proverbe arabe "des corps de mulets et des cervelles d’oisillons".
Le train arrive enfin à la gare de Tanger. Je descends le corps vide, les yeux rougeoyants car je n’ai pas fermé l’œil de toute la nuit. Je n’ai qu’une seule envie arriver à Tétouan, retrouver mon frangin, aller chez lui, prendre une douche et dormir.
Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. La jeune femme au corps fort tentant (je l’avoue) m’aborde à ma descente du train. Je vous disais qu’on se connaissait dans une vie antérieure! Elle me salue, se présente, me parle, prend le même taxi que moi. On se retrouve dans un café en plein centre de Tanger. Nous prenons notre petit déjeuner comme deux amoureux. Elle s’appelle Khadija. Elle travaille dans une société de confection dans le port de Tanger et elle est plus bavarde qu’une pie. Elle se prend vite pour ma petite amie et se permets même de m’empêcher de fumer. La pauvre elle s’inquiète pour ma santé.
Je fais semblant d’être présent. Mais ma tête est ailleurs. Je pense à ma femme. Je pense même (ça peut paraître paradoxale) que je pense à elle plus quand je suis en présence d’une autre femme. Ma femme me manque affreusement. Je fais semblant d’écouter Khadija et au fond de moi j’aurai bien aimé être avec ma Soumia à moi. Impossible. On ne peut pas comparer l’incomparable. Kahdija me donne son numéro de portable, insiste pour avoir le mien. Je sais d’avance que je ne la verrai jamais. Nous avons bu un café. C’est déjà pas mal.
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 16/08/2005 à 03:03 | Permalien | Commentaires (782)
 
Bienvenue 
Tu blogue ? Sans blague ?  08/08/2005
Déboires d’un marocain qui souhaite créer une association de blogueurs...
Je me présente à la préfecture les yeux pétillants de joie. Une association pour les blogueurs marocains. Un rêve qui va enfin se concrétiser. Des centaines voire des milliers de jeunes vont enfin se rassembler autour d’un nouveau concept d’association.
Je reste debout plus de cinq minutes devant l’agent. J’ai beau tousser gentiment pour attirer son attention, il ne daigne même pas lever ses yeux de rapace vers moi.
L’agent est une vraie relique. Une pièce digne d’un musée. Veste couleur de henné, chemise rose et cravate à pois (aspro). Le pantalon, les chaussures et les chaussettes je n’ai pas eu le temps de les voir. L’homme est caché derrière une pile de dossier. On dirait Einstein cherchant sa théorie de la relativité !
"Quoi ?" me dit-il en me scrutant avec un regard mauvais.
" Quoi toi-même" allais-je lui répondre mais je me ravise
"Bonjour monsieur. Je viens chercher une autorisation de réunion".
"Oui ?"
"C’est tout monsieur"
Il sort une ancienne version de stylo bic de sa veste, ajuste ses épaisses lunettes.
"Une association de ?" demanda-t-il
"De blogs".
Il s’apprêtait à écrire quand ma réponse le fit stopper net.
"Blog ?"
"Oui, Monsieur. Nous sommes un groupe de marocains qui écrivent librement sur la toile (se yeux brillent. il croit que je parle de tissus). Nous avons des sites perso et nous souhaiterions nous réunir dans un cadre légal"
"Ah ! vous écrivez déjà ?"
"Euh oui. Certains depuis des années. D’autres commencent à peine"
"C’est une association de blagues que tu me fais là ?"
" Non monsieur. Une association de blogues"
Il sort son dictionnaire arabe français et cherche.
"b. bl. blanc, blâmer, blanchâtre, blasé blé, blême, Blesser…" Rien le verbe bloguer n’existe.
Grand moment de solitude. Pour nous deux.
"Vous voulez faire une association. Vous vous connaissez donc ?"
"Oui et on s’est même réunis deux fois"
"QUOI DEUX FOIS ?" semblait-il dire derrière l’air calme qu’il voulait garder.
"hmmmmm, deux fois. C’est bien" dit-il d’un aire sournois "Une minute s’il vous plaît"
Il m’invite gentiment à attendre à l’extérieur de son bureau. Curieux miracle ! Ce n’était plus l’homme désagréable qui me parlait il y a à peine une minute. Le mot blog a sans doute fait son effet.
Je n’avais pas tort. J’ai vu l’homme sortir un téléphone ancienne série. Je voyais juste ses lèvres débiter des mots confus. J’ai tant souhaité avoir la capacité de lire sur les lèvres. Il s’essuyait le front avec un mouchoir sale et des postillons sortaient abondamment de sa bouche.
Quelques minutes plus tard un "chaouch" se présente devant moi et m’invite à monter au 5ème étage.
"Volontiers".
Je prends mon cartable et me rend avec le chaouch qui me quittait plus d’une semelle au 5ème étage. Un homme à la grosse bedaine m’accueille. Accueillir c’est trop dire. Le type ne prend même pas la peine de m’inviter à m’asseoir. Je réalise que je ne suis pas le bienvenu.
"On vient de m’informer que vous voulez former une association de blogueurs et que vous-vous êtes réunis deux fois"
"Oui, au café 7ème art à Rabat et ensuite à la Sqalla à Casablanca" lançais-je sur un ton désintéressé.
"Vous étiez combien ?"
"Une bonne trentaine, monsieur"
"Vous savez que la loi interdit les réunions non autorisées je pense"
"On s’est réunis pour prendre un café et faire connaissance"
"A trente ? Tu te fous de ma gueule ou quoi ?"
"Vous avez les noms des personnes présentes à ces réunions"
"Oui… Non… Enfin pourquoi ?"
"Vous voulez former une secte" crie-t-il sur un ton certain me fusillant par des regards inquisiteurs.
"Mais de quoi vous parlez monsieur ? Que vient faire le mot secte dans ce contexte"
"Ne m’apprends pas mon métier fiston. J’ai usé mes dents dans des affaires pareilles"
"Nous voulons juste suivre le modèle d’amis blogueurs à l’étranger. Comme les gens de Cyberpunk…"
Il m’interrompt
"Je n’ai que faire des tes amis de spoutnik. On doit te garder pour un moment. Le temps que tu ne révèle les noms des grosses têtes de votre organisation. C’est qui votre Big Boss".
"Mais il est tombé sur la bosse ce gros lard" marmonnais-je. De quel Big Boss il parle, de quelle organisation secrète ?"
" Qu’est ce que tu dis sous tes lèvres ?"
"Rien. Seulement je ne sais pas que le fait d’écrire, de raconter sa vie, de se faire des amis était un crime".
Trois agents costauds se présentent et me neutralisent. En me dirigeant vers la sortie, je me retourne. L’homme au gros ventre riait à gorge déployé. Des dents cariée apparaissent au fond de sa bouche. L’écho résonne dans la salle.
" Réveille-toi !" me dit ma femme en me tenant par l’avant bras"
"Lâchez-moi, criais-je vous n’avez pas le droit"
" Bismillah 3lik! Nta fi 3ar Allah" débite ma femme en essuyant mon front.
J’ouvre les yeux. J’étais chez moi. Je n’en croyais pas mes yeux. Je me redresse dans mon lit.
Ma femme me pose la question "C’est quoi le mot blog que tu ne cessais de répéter de puis tout à l’heure ?"
"Toi aussi" lui laçais-je en plein figure de ma bouche encore pâteuse.
"Je ne te dirais rien. Tu ne m’interdiras pas de bloguer"

Mais au fait c’est qui le Big Boss de la confrérie des blogueurs marocains ? On le sauras en septembre prochain inchallah.
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 08/08/2005 à 19:40 | Permalien | Commentaires (1269)
 
Bienvenue 
J’aime le cinéma j'aime la vie  28/07/2005
Au départ ce blog était dédié au cinéma. Et aux restes. Finalement j'ai dû faire un choix. Entre ce que j'aime et ce que j'aime. J'aime le cinéma. Et je m'aime. Rien d'égoïste ni de narcissique dans ma démarche. Menteur qui vous dira qu’il ne s'aime pas ? Regardez la photo qui accompagne cet article. N'ai-je pas le droit de m'aimer ?

J'ai donc décidé de déplacer mon contenu dédié au cinéma à une l'adresse suivante
http://soulima.blogspot.com

Allez-y dès maintenant. Pas la peine de lire la suite.

J'espère que les cinéphiles trouveront matière à lire. Et heureusement que la planète blog nous permet cette largesse.

Dans ce blog je parle aussi des choses de la vie. De ma vie. Certains diront que je suis mégalo (n'est-ce pas Monsef) d'autres diront que je suis exhibitionniste. Qu’à cela ne tienne je pense que j’ai un seul droit : celui de parler de moi pour la simple raison que je me connais. De plus j’aurais jamais la prétention de parler des autres. A la limite je m’en fous. Je pense que ma vie a été assez riche ( qui n’a pas des tonnes de souvenirs). Seulement moi j’ose les déballer avec une douce nostalgie. Je n’ai pas de revanche à prendre. Je pense que j’ai eu la meilleure enfance. Je n’avais pas beaucoup d’argent. J’avais de petits rêves (mais pas de petits rêves nuance). Je rêvais comme tous les enfants du peuple de manger à ma faim, de m’habiller proprement, de travailler convenablement, de rendre à mes parents un tant soit peu de ce qu’ils ont donné. Je n’avais pas de grands rêves. Mon père, l’ouvrier, bosseur, m’avait dit une fois une chose que je n’ai compris qu’une fois j’ai lu la légende d’Achille "On peut mourir de grandeur". Il m’avait aussi souvent dit de garder les pieds sur terre sinon j’allais me brûler les ailes. Comme a-t-il fait pour connaître l’histoire d’Icare ? En fait il ne connaissait ni la légende d’Achille ni celle d’Icare. Il avait le bon sens de la vie. Ne soyez pas surpris si je parle trop de mon père. C’est tout simplement mon idole.

J'espère que chacun trouvera quelque chose à lire dans cet espace.

Allez! Assez de voyeurisme. Quittez ce blog. Ma vie n'intéresse personne. Allez plutôt lire quelque chose de plus sérieux. Allez voir du cinéma. Sur http://soulima.blogspot.com. Ça y est ! vous y êtes ? Sans blague!


Rédigé par le 28/07/2005 à 21:15 | Permalien | Commentaires (5050)
 
Le "petit coin" des Blogtrooters 
je blogue et après  27/07/2005
J’ai choisi d’écrire un commentaire non ponctué je suis loin de Guillaume Appolinaire ce n’est pas un exercice de style ni une quelconque exhibition de ma part encore moins un désir de faire quelque chose de singulier mon but est d’écrire un compte rendu où chacun aura son propre sens selon sa propre ponctuation nous étions plus d’une quarantaine à ce meeting je trouve que je n’ai pas le droit d’imposer mon regard donc chers amis blogueurs allez-y mettez vos points à la place de mes virgules mettez des points d’exclamation d’interrogation des phrase en appositions lâchez-vous faite votre propre commentaire et désolé si je vous impose ce pavé
Je blogue tu blogues il blogue elle blogue nous blogons vous bloguez ils bloguent elles bloguent je n’ai jamais conjugué ce verbe le verbe bloguer n’existait tout simplement pas a présent il existe et en cette après-midi du samedi 23 juillet le verbe c’est conjugué à la troisième personne du pluriel il y avait des visages que je connaissais d’autres que je découvrais pour la première fois certains étaient crispés d’autres perdus devant tant de monde il y avait aussi de futurs blogueurs la relève pour un blogueur comme moi qui a à peine un mois et qui ne veut pas arrêter Yallah ceux là étaient venus juste pour voir à quoi ressembleraient les têtes de ces blogueurs et voir si bloguer valait la chandelle mais une chose est sûr : Personne ne regrettait d’être là cette rencontre avait un air de foire la foire aux blogs chacun était venu pour vendre sa précieuse marchandise de toute façon personne ne dira que son blog est de la M le singe est une gazelle aux yeux de sa mère comme dit le proverbe marocain mais voyez-vous c’est avec un tout qu’on fait un monde et heureusement que les blog existent pour que chacun s’exprime à sa manière fasse ou refasse son monde un blog c comme le couleur des yeux comme l’empreinte il est unique cette rencontre avait aussi un côté campagne électorale campagne blogtorale j’espère que ce jeu de mot plaira au maître des jeux de mot laâroussi il y avait même parmi nous un député venu chercher des lecteurs et des électeurs les blogueurs seront majoritaires dans pas longtemps c’est pas méchant ce que je dis hariri. Wallah je rigole mais blague à part chacun était venu chercher d’éventuels lecteurs pour son blog on veut tous être lu et avoir les réactions bonnes ou mauvaises sur ce que nous écrivons on veut tous avoir de nouveaux amis c’est humain je n’ai jamais reçu autant de commentaires que depuis ce meeting du samedi j’ai enfin senti que je servais à quelque chose je serai incapable de définir les profils de chaque membre présent à cette rencontre karima s’est chargé de le faire à ma place et je ne pense pas que c’est du toys jeu c’est bien sérieux a en croire Karima il y avait 4 journalistes 2 dentistes 1 professeur d'arabe des étudiants et des informaticien mais j’irai un peu plus loin que toi karima il y avait probablement des flics venus faire un compte rendu s’ils font ça dans les mosquées pour vérifier avec les imams s’ils n’ont pas mis une virgule à la place d’un point pourquoi ne feraient-ils pas pareils avec ces nouvelles créatures qui ont décidé de briser le mur de l’anonymat et de se rencontrer il ne manquait plus qu’un flic qui se lève et se présente bonjour je suis heureux d’être parmi vous mon blog c’est http://hancha.canalblog.com j’ai adoré cette rencontre elle m’a réconcilié avec le net aux tous débuts du net j’avais horreur d’aller dans un cyber la vue de jeunes postés devant leurs écrans entrain de tchater me révulsait ils se retournait dès qu’ils écrivaient un message ou dès que quelqu’un passait pour s’assurer que personne n’avait glissé un regard voyeur sur ce qu’ils avaient écrits comme s’ils étaient entrain de se masturber ou comme s’ils étaient nus devant leurs écrans d’ordinateurs cette réunion du samedi a prouvé une chose on peut dire des choses sensées ou insensées mais avoir le courage de l’assumer nous avons tous le droit de nous exprimer à visage découvert sans avoir peur la peur doit être abolie le maroc nous appartient tous autant que nous sommes et nous avons le droit d’être parfois sévère nos parents étaient sévères et pourtant ils nous aimaient alors j’inviterai tous les blogueurs à se lâcher à parler d’eux des autres pour moi une chose est sûr j’ai appris à aimer ce monde c’est ma soupape n’est pas abdel toi qui est spécialiste automobile c’est mon oxygène c'est la brise matinale que je respire avant de partir au travail c’est la lueur qui éclaircira désormais les moments noirs que je pourrais traverser c’est l’arc en ciel qui colorera mon ciel après un fort orage je sais que je bloguerai jusqu’au jour où mes mains ne pourront plus pianoter sur un clavier d’ordinateur je serai mort en ce moment et qui sait serais-je autorisé à bloguer là haut je serais au-delà du blog ou dans le blog de l’au delà même si j’aurai le dos courbé je bloguerai quand même mon dos ne sera que plus adapté à mon écran d’ordinateur même si je n’aurais qu’une seule dent, elle bloguera je l’obligerai même si elle aura une dent contre le fait de bloguer samedi 23 juillet j’ai répondu présent à l’appel j’en avais envie personne ne m’a obligé personne ne peut désormais m’obliger de ne plus bloguer.

ps cette photo a été prise par l’appareil de Karima que je remercie elle m’a été envoyée par abdessamad 0007 vous voyez cette réunion sert à quelque chose merci les amis et cherchez bien s’il y a un visage que vous ne reconnaissez pas c’est un flic ça frôle l’obsession n’est ce pas



Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 27/07/2005 à 21:32 | Permalien | Commentaires (869)
 
Rien à voir avec le cinéma 
Les mots oubliés, des maux indélébiles : (Episode 1) Chmakh hna !  13/07/2005
Je me suis toujours demandé comment peut-on oublier les mots de notre enfance ? Comment on renie à ce point ce que nous étions (ce que nous sommes toujours en fin de compte) ? Le comment et le pourquoi de notre acharnement à nous s’inscrire dans l’ère du temps ? Cette rubrique je la consacre entièrement à des mots qu’on a perdus de notre vocabulaire et qui ont besoin d’être réhabilités. L’épisode 1 de cette saga des mots oubliés s’intitulera Chmakh hna !
Chmakh hna(1) ! Lorsqu’un ami m’a tendu la main après que je lui ai raconté une blague, j’ai senti les larmes mouiller mes paupières. Je suis sérieux j’ai failli pleurer !

Avec un sourire énorme et un rire "kh kh kh kh !", rire très à la mode durant les années 70 (désolé je n’ai pas l’option MP3 pour vous le faire écouter mais je vous laisse imaginer) mon ami venait de prononcer le mot qui m’a touché en plein cœur.

Soudain, subitement, brusquement et tout à coup, des images de mon enfance ont resurgis avec leur douce brutalité. Des mots qui se sont perdus, qu’on ne prononce plus parce que trop ringards.
Pour sa "ringardise chronique" mon ami est monté dans mon estime. Mea culpa : j’ai eu certes un sourire moqueur pour un court-instant mais je ne me suis empêché en fin de compte de saluer son courage. Oui il est courageux. Vous mimaginez-vous encore quelqu’un en 2005 prononcer le mot "Chmakh hna !"

Je me suis toujours demandé comment peut-on oublier les mots de notre enfance ? Comment on renie à ce point ce que nous étions (ce que nous sommes toujours en fin de compte) ? Le comment et le pourquoi de notre acharnement à nous s’inscrire dans l’ère du temps ?
Une copine on l’appelait lmokhira(2). Un enfant c’est l’moutcho(3). J’adorais quand mon père me présentait avec fierté à ses amis en m’appelant " l’moutchou diali" Maintenant un père présente son enfant en disant "lwalad". Comme ça avec froideur ? Comme s’il ne s’agissait pas sa propre progéniture ?

Les mots effacés de notre vocabulaire, j’en connais un rayon. J’ai fais mes cours dans la meilleure école. Celle de mon père. J’adore mon père. C’est un GRAND MONSIEUR, un brave homme, un self made man bien de chez nous. Il a fait des études dans une école coranique. Des études qui ne l’ont pas mené sur le siège d’un quelconque ministère mais tout simplement sur le strapontin du portail de la Régie de distribution des Eaux et Electricité (RAD). Je m’amusais tant devant ce portail. J’y passais beaucoup de temps mais j’avais la certitude que je ne perdais pas mon temps. Je regardais mon père trimer pour une misère. Avec dignité. J’apprenais en le regardant le vrai sens des choses et de la vie.

J’avais une revanche à prendre sur les portails. Une obsession. J’ai fini par travailler dans un portail, celui de 2M cette fois. Avec mon père on a partagé outre le sang, le fait de veiller sur un portail. Sauf que lui avait sa Zerwata (bâton) pour dissuader les éventuels voleurs et moi ma plume. Et avec un minimum de lucidité je réalise que sa zerwata valait mieux que ma plume. Car lui il m’a fait. Et moi je n’ai rien fait.

Passée cette digression je me rappelle que mon père avant d’enfourcher sa Mobylette rouge me disait de ne pas faire les "bitize"(4) (et je n’en ai jamais fais d’ailleurs car j’étais plutôt un garçon sans problème). Car à l’époque "Chabakouni"(5) avait un vrai pouvoir.

A présent on les appelle "L'’boulice, lehnache, kerwatia…) et personne ne le redoute plus. Même les pires malfrats osent braver un agent de l’autorité en se gargarisant du mot ana mowatine "Citoyen". C’est vrai que la citoyenneté est devenue un chewing-gum pas cher et de mauvais goût que tout le monde mâche mais dont personne ne réalise le véritable goût.
Mon père prend soin de mettre sa blouse et son "caskrote"(6) dans le "mozete"(7) de sa moto, pince les pans de son "serwal palma"(8) avec des pinces à linge. Il n’oublie pas de me donner "achra deryal"(9) pour acheter un bonbon "Jabah" et quelques billes.

A demain (ou dans une semaine je ne sais pas) pour un nouveau billet sur les mots oubliés. Vous saurez ce que voulait dire la pofissi, motor rout , kafer , Karafich , aram dchich , dahouki et karoudi.

Mais d’ici là je vous dis. "J’EN AI MARRE!!! MAIS JE VEUX RESTER 9DIM" .


Glossaire
(1) Chmakh hna : tape la
(2) Lmokhira : mot emprunté de mujer en espagnol qui signifie petite amie
(3) l’mutcho : mot emprunté de l’espagnol Muchach qui signifie enfant
(4) bitize : mot emprunté du français qui signfie bêtise
(5) Chabakouni : mot emprnté de l'expression française "ça va cogner" désignant les policiers
(6) Caskrote : mot emprunté du français pour qualifier un casse-croûte
(7) Mozete : mot désignat une paire de sacoches de chaque côté d’une moto
(8) Serwal palma : pantalon en patte d’éléphant
(9) Achra deryal : 50 centimes

Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 13/07/2005 à 23:32 | Permalien | Commentaires (467)
 
Rien à voir avec le cinéma 
Les mots oubliés, des maux indélébiles : (Episode 2) Djipa !  12/07/2005
Il suffit de gratter dans notre mémoire pour que les souvenirs jaillissent. J’étais parti au départ à la recherche des mots oubliés de notre vocabulaire mais voilà que le spectre d’un ami et rival d’enfance surgit brusquement. Les démons du passé sortent comme d’une boîte de pandore. L’épisode 2 de cette saga des mots oubliés s’intitulera Djipa
J’aimais jouer aux billes. Ça me valait souvent de chaudes raclées à la maison. Et une raclée non moins mémorable un jour en classe. Je me rappelle très bien de ce jour. Comme si c’était hier ! Je me rappelle car les bastonnades en classe j’en ai reçu deux ou trois durant tout mon parcours scolaire. Il faut dire que j’étais un élève brillant. Brillant tout simplement pour éviter d’être le souffre-douleur d’un maître mal dans sa peau pour des raisons que nous ignorions, nous pauvres élèves à l’époque. Permettez-moi une courte digression avant d’en venir aux billes.
C’était un jeudi après-midi. J’étais en CM2. Nous avions la séance classique et tant redoutée de la grammaire "chakle". Entre les superstitieux, ceux qui avaient, la veille, placé un cheveu, tiré de la queue d’un cheval, à l’entrée de la classe pour que le maître passe par-dessus et s’absente le lendemain et d’autres élèves non moins ingénus qui ramassaient une pierre du sol et la mettaient dans leur poche. "Pierre ! Sauve-moi de la punition comme je t’ai sauvé de la terre !". Qu’est ce qu’ils étaient crédules !
J’étais l’un des rares élèves qui ne comptaient que sur eux-mêmes pour passer cette pénible épreuve.
Cet après-midi le maître était bien présent. Ni le cheveu ni la pierre ne l’ont empêché de se pointer à l’heure avec son vieux cartable qui ressemble à des mamelles de vaches qu’on a trop traites. Cet après-midi il était même plus maussade que d’habitude.
Toute la classe allait être punie. Sans exception. Même moi. Moi qui ai répondu à toutes les questions. Il faut dire que le maître n’avait pas une dent contre moi mais une bouche entière. Il voulait à tout prix que je goutte à la courroie qui lui servait de moyen de torture. Je me suis toujours dit que cette courroie de distributions flambant neuve avait toujours sa place dans sa mobylette déglinguée et non sur le dos de ses élèves.
Une fois j’ai répondu avec succès aux questions, mon maître me regarde avec ses yeux de félin et finit par trouver la petite bête. Il me demande de retourner ma main. (Et là j’en viens aux billes). Je retourne mas main et MALHEUR ! Il découvre des traces "C’est quoi ça ? Tu joues aux billes ?". "Et alors ?" (Répondis-je au fond de moi). "Euh non ! ?" Lui répondis-je. "Et menteur en plus !" réplique le maître furieux. Les coups fusent de partout. C’était la fin des années 80. Je savais que la torture était la règle à l’époque. Mais je ne savais pas que pour une histoire de billes on pouvait subir un tel supplice.
Mais moi j’adorais jouer aux billes. C’est pourquoi j’ai trouvé l’astuce. Placer un bout de papier sous ma main. Opération MAINS PROPRES.
Le plus chanceux d’entre nous c’est celui qui avait un pouce haloubi(1). La bille la plus terrible qui fait gagner même les joueurs les plus maladroits. Tu parles de pouce haloubi !
Je me rappelle mon ami d’enfance et mon rival en classe (il m’obligeait toujours à être deuxième) mustapha alias djipa (mustapha était un coureur très rapide d’où son surnom qui signifiait Jeep).
Djipa (je l’appelais staifa –diminutif de mustapha- en cachette) était un garçon qui n’avait pas le verbe perdre dans son vocabulaire.
Lorsqu’on jouait aux billes il imposait la formule dahouki(2). Jamais karoudi(3) (9aroudi pour la phonétique) avec djipa. Sauf lorsque son pouce haloubi dispersait toutes les billes soigneusement posées dans lgara (4). Alors là il revendique son dû. Il était plus fort que moi djipa ! Et il obtenait toujours gain de cause. Quand c’est moi qui gagnais après ses moultes intimidations genre "nobozbik nobalyage"(5) et j’en passe djipa "haro maro"(6) et refaisait la partie.
Ah Djipa ! Il était mon cauchemar. Je rêvais éveillé que je le battais à l’école, aux billes, au foot (il portait toujours le numéro 10 pour me vexer !). Mais je ne suis jamais parvenu à le battre.
Je suis tout sauf rancunier mais je suis heureux qu’il soit devenu instituteur. Car s’il était devenu journaliste il aurait été plus fort que moi. Je serai encore une fois l’ombre de Djipa.

A bientôt avec un nouvel épisode de la saga des mots oubliés. Hé! sans rancune Djipa !Je t’aime quand même !

Glossaire
(1) Pouce Haloubi : une bille blanche avec quelques rayures colorées.
(2) Dahouki : formule pour désigner une partie ou il n’y a ni gagnant ni perdant
(3) Karoudi (9aroudi) : formule pour désigner une partie ou il y a forcément un gagnant et un perdant
(4) Lagara : un cercle où sont placées les billes
(5) Nobozbik nobalyage : formule qui signifie en gros "ne pousse pas tes billes et pas de balayage du sol". De cette manière le joueur n’avance pas sa main et joue là où sa bille est tombée même là où il y aune bosse ou beaucoup de terre.
(6) Haro maro : formule utiliser pour annuler une partie
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 12/07/2005 à 23:19 | Permalien | Commentaires (129)
 
Rien à voir avec le cinéma 
Les mots oubliés, des maux indélébiles : (Episode 3) Nike Chrajem  11/07/2005
Ah le bon vieux temps ! Ma mère voulait toujours que je porte des sandales en plastique blanches. La HONTE ! Moi c’est les vertes que je voulais. Mes sandales climatisées qu’on appelait affectueusement "Nike chrajem"
P.S : Rarement un article commence par un P.S. Mais lorsqu’il s’agit de parler du RAJA et du WAC, il faut bousculer un peu les règles. Qui s’y frotte s’y pique ! Que les widadis qui liront ce billet ne se sentent pas visés. Le RAJA. C’est juste un prétexte pour raconter un moment "difficile" de mon enfance. Rassurez-vous. ! Je ne joue plus au foot. Je vois rarement un match de foot. Mon propos n’a donc rien de chauvin. J’aime bien Hamou Mouhale et il joue à la Hassania d’Agadir. Vous voyez ?

Enfant j’étais un excellent joueur de foot. Mon idole était Abdelmajid Dolmy, le maestro du Raja de Casablanca.
Je ne me rappelle pas le jour où j’ai décidé de me convertir au "rajawisme" (le foot est une vraie religion pour des milliards de personnes dans le monde), de faire partie de "jomhour lmagana, Levis ou lbanana".
Natif de Hay Mohammadi, j’étais plutôt fan du TAS (Itihad Athlétic Sport). Equipe au grand passé mais actuellement déchue.
Mais pour faire sa place à Caza à l’époque, il faut choisir son camp. Vert ou rouge. Je dis à l’époque car actuellement on trouve à Casablanca de plus en plus de supporters de la Hassania d’Agadir, de la Renaissance de Settat, du Maghreb de Tétouan. Et c’est tant mieux car la Planète Foot n’est pas faite pour le RAJA et le WAC uniquement. Du coup chaque match du RAJA ou du WAC (a part le derby classique) est devenu un Derby. Quand le Raja joue contre le Hassania d’Agadir par exemple, il faut vite faire ses courses par peur de ne trouver que des rideaux fermés le dimanche après-midi !
Je n’ai rien contre le WAC(même si j’aime pas la couleur rouge). J’encourage même le Widad. Sauf lorsqu’elle joue contre le Raja. Je ne sais pas pourquoi je suis rajaoui. On m’y a obligé. Après j’y ai pris goût

Le Raja, pour l’enfant pauvre que j’étais, était l’équipe des pauvres, des oubliés, des laissés pour compte. Les widadis on les appelait "Wlidate Danone" (Ils mangeaient semble-t-il du Yaourt, une honte pour nous qui mangions du pain et du thé appelé "Rfiss lhank").

On se reconnaissait plus dans le faucon (emblème du Raja) que dans le canard du Widad. Les supporters du Raja sont traités de "chemkara"(1) (Dernièrement de "Ali Zawa" par allusion aux enfants des rues du film éponyme de Nabyl Ayouch). Et quand il y avait un widadi dans notre quartier, il ne passait inaperçu. Il était le plus propre.
Porter des sandales en plastique vertes était un symbole d’appartenance au clan des VERTS. Avec ces sandales on faisait de superbes "pakiates"(2), on tapait volontiers sur des ballons en plastique (kora dial stine) (3).
Avec l’âge on s’arrangeait pour acheter un ballon "Lapofissi"(4). Mais ni kora dial stine ni la pofissi ne résistaient aux roues impitoyable du camion dial lahjar (camion qui transportait des pierres d’une carrière vers une usine de ciment située entre Hay Mohammadi et les Roches Noires). Notre histoire avec un ballon de foot. C’était l’éternel recommencement et des journées entières à faire awen lfarik (3awen lfari9) (5)

Ah le bon vieux temps ! Ma mère voulait toujours que je porte des sandales en plastique blanches. La HONTE ! Moi c’est la verte que je voulais. Mes sandales climatisées qu’on appelait affectueusement "Nike chrajem"(6). Ces sandales qui laissaient sur nos pieds des tatouages crades, symbole de la misère dans laquelle nous vivions. Les "Nike Chrajem" se vendaient comme des petits pains. Pas besoin de pub genre "LES SANDELES VERTS. QUI LAISSENT DES TRACES" ou "LES SANADLES QUI TRANSFORMENT VOS PIEDS EN SANDALES".

Je me rappelle un jour mon père était rentré fatigué du travail. J’étais allongé sur mon ventre, les deux mais sous le menton, les pieds en l’air. Je dévorais des yeux le dessin animé "Yasmina et Alaa-Ediine". Il me tient doucement par l’oreille en m’ordonnant d’enlever mes sandales. Mon père était-il devenu aveugle ? Ce n’était que les traces provoquées par le soleil. Un bronzage naturel quoi ! . J’avais beau laver mes pieds une dizaine de fois par jour (car ma mère n’arrêtait de me le demander) les traces ne partaient jamais. Qui n’a jamais eu les traces de sa "sandala khadra" sur les pieds n’a jamais connu la misère !

1- Chemkara : clochards. En fait chemkar désigne quelqu’un qui inhale de la colle à Rustine. Le mot est dérivé de chimcolor une société de peinture.
2- Pakiates : désigne le fait de shooter un ballon. Sans doute ce mot à un lien avec le mot français paquet
3 - Kora dial stine : un ballon en plastique qu’on achetait à 3 dirhams. Un ballon plus petit existait et il coûtait 2 dirhams kora dial rab3ine
4 – Lapofissi : Un ballon en peau dans lequel il y a une chambre à aire gonflable qui avait une tête qui ressemblait à une visse d’où peau vissée.
5 - Awen lfarik : un moyen pour quémander de l’argent aux passants en mettant une tenue de sport dans une assiette.
6 - Nike chrajem : appellation des sandales en plastique. C’est une façon d’ironiser sur la marque Nike. Chrajem est la traduction de fenêtres. C'étaient des sandales aérées
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 11/07/2005 à 20:42 | Permalien | Commentaires (2613)