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Rachid Zaki
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C'est bien moi entrain de jouer un rôle. Celui du journaliste qui fume. Dois-je arrêter ? D'écrire ou de fumer ?

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Rien à voir avec le cinéma 
Mon cinéma Paradiso à moi  17/08/2005
Enfant j’aimais aller au cinéma. C’est au cinéma "Saâda" et "Sherif" à Hay Mohammadi que j’ai vu mes premiers films. "La fureur du dragon", "La fureur de vaincre"… Avez-vous le chef d’œuvre "Cinéma Paradiso". C’était pratiquement ça. Sauf que dans le film il y a beaucoup de magie. La magie du cinéma. Dans mon cas il y avait certes la magie mais beaucoup de misère. Mais bon la misère a ses côtés magiques avec le recul. La preuve.
Deux films étaient projetés. On les appelait thon ou l’hrour (traduction : le thon et la sauce piquante). Cette malbouffe était notre préférée quand on était gosse. C’est pourquoi nous avons affectueusement donné ce nom au film américain et indien projetés simultanément, séparés par un entracte.
Pendant l’entracte nous mangions "mar9at Jnoune". Jjnoune c’est les démons mais comment je vais faire pour traduire le mot "mar9a". Ce mot n’existe pas en français. "Lmer9a" et "dwaze" sont des expressions 100% marocaines. "Dwaze" est plus marocain car "mar9a" provient de l’arabe classique "Mara9" qui signifie sauce. "Dwaze" provient du verbe (dialectal) "dewez" qui signifie faire passer quelque chose ou quelqu’un. Par exemple "Dewez lwa9t" veut dire faire passer le temps.
(Excusez-moi si je vous prends la tête avec ça mais je me dis que peut-être des étrangers liront ce poste. Je leur doit des précisions)
Savez-vous quelle est la différence entre "Lmer9a" et "dwaze" ? La première contient de la viande alors que la seconde non. Chez moi on était plutôt des adeptes de "Dwaze". Qu’est ce qu’il était délicieux. J’aimais bien teghmasse ! (le fait de mouiller du pain par de la sauce).
Vous allez me demander pourquoi on appelait cette bouffe dégelasse "mar9at Jnoune" ? Je vous réponds : Quand nous sortions pendant l’entracte, nos yeux étaient tellement éblouis par le soleil de l’après-midi qu’on avait l’impression de marcher en plein nuit (d’où l’expression démon). Le vendeur sortait de sa marmite des bouts de viandes, de peau, de quelque chose avec des mains sales (je n’oublierai jamais la saleté nichée sous les ongles) et il les mettait dans un demi-pain. Et hop ! On croquait à peins dents dans cette CHOSE IMMONDE qui ne sentait pas mauvais ni bon non plus mais qui était ô combien délicieuse !
On avait également un autre met "Pastila". C’est une boulette de purée de pomme de terre à la couleur jaunâtre qui n’avait pas de goût mais qui, assaisonné avec beaucoup de piment devenait comme par magie délicieuse.
Je me rappelle de mon premier film. C’était "Orca". Maintenant je sais que c’est un film réalisé par Michael Anderson avec Richard Harris, Robert Carradine et Charlotte Rampling. Si quelqu’un avait dit au gosse de l’époque qui n’avait que 7ans et qui ne voyait pas le monde en dehors de sa driba (ruelle ou quartier) qu’il allait rencontrer Charlotte Rampling un jour je l’aurais certainement pris pour un fous. Quand j’ai rencontré Charlotte -c’est comme ça que je l’appelle maintenant. Elle est devenue une amie (laissez-moi frimer un peu) au festival de Marrakech, je lui ai dit qu’elle était ma première idole. La première femme que je voyais sur grand écran. Vingt quatre ans après je l’ai rencontré et j’ai pris une photo avec elle. Personne ne pouvait m’empêcher d’avoir ma photo. La preuve pour moi qu’elle n’existait pas que sur cet écran en toile blanche, jaune, noire enfin je ne sais pas. Il était tellement sale).
Plusieurs années après avoir "Orca" j’ai réalisé qu’il dure 1h32 minutes. Moi j’ai vu la version courte (moins d’une demi-heure). Je ne sais comment "khoukha" (c’est le nom de l’un des projectionnistes) avait fait pour le transformer en court-métrage sans qu’il lui fasse perdre toute sa magie. Un jour je verrai le film en intégralité (si quelqu’un l’avait, il serait sympa de me le prêter).
Dans les films que nous voyions les baisers étaient inexistants. Je ne me suis jamais expliqué pourquoi au moment fatidique du baiser, on trouve le héros transporté par je ne sais quelle magie vers un autre décor. Je croyais à l’époque que les films étaient faits comme ça. Mais au fur et à mesure qu’on grandissait chaque baiser coupé était accompagné de l’expression " Wa la3waaaaaaaaar" (le booooooorgne). Pour l’histoire cette expression utilisée dans toutes les salles du Maroc (j’ai même entendu un plaisantin la prononcer un jour au Mégarama. Je en sais pas pourquoi d’ailleurs) provient de Hay Mohammadi car comme par hasard les deux projectionnistes des deux salles étaient borgnes.

A présent cinéma Sherif est fermé. Quant au cinéma Saâda il se meurt. Des espaces chers de notre mémoire sont entrain de disparaître.
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 17/08/2005 à 01:19 | Permalien | Commentaires (1412)