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Rachid Zaki
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C'est bien moi entrain de jouer un rôle. Celui du journaliste qui fume. Dois-je arrêter ? D'écrire ou de fumer ?

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Rien à voir avec le cinéma 
Les mots oubliés, des maux indélébiles : (Episode 2) Djipa !  12/07/2005
Il suffit de gratter dans notre mémoire pour que les souvenirs jaillissent. J’étais parti au départ à la recherche des mots oubliés de notre vocabulaire mais voilà que le spectre d’un ami et rival d’enfance surgit brusquement. Les démons du passé sortent comme d’une boîte de pandore. L’épisode 2 de cette saga des mots oubliés s’intitulera Djipa
J’aimais jouer aux billes. Ça me valait souvent de chaudes raclées à la maison. Et une raclée non moins mémorable un jour en classe. Je me rappelle très bien de ce jour. Comme si c’était hier ! Je me rappelle car les bastonnades en classe j’en ai reçu deux ou trois durant tout mon parcours scolaire. Il faut dire que j’étais un élève brillant. Brillant tout simplement pour éviter d’être le souffre-douleur d’un maître mal dans sa peau pour des raisons que nous ignorions, nous pauvres élèves à l’époque. Permettez-moi une courte digression avant d’en venir aux billes.
C’était un jeudi après-midi. J’étais en CM2. Nous avions la séance classique et tant redoutée de la grammaire "chakle". Entre les superstitieux, ceux qui avaient, la veille, placé un cheveu, tiré de la queue d’un cheval, à l’entrée de la classe pour que le maître passe par-dessus et s’absente le lendemain et d’autres élèves non moins ingénus qui ramassaient une pierre du sol et la mettaient dans leur poche. "Pierre ! Sauve-moi de la punition comme je t’ai sauvé de la terre !". Qu’est ce qu’ils étaient crédules !
J’étais l’un des rares élèves qui ne comptaient que sur eux-mêmes pour passer cette pénible épreuve.
Cet après-midi le maître était bien présent. Ni le cheveu ni la pierre ne l’ont empêché de se pointer à l’heure avec son vieux cartable qui ressemble à des mamelles de vaches qu’on a trop traites. Cet après-midi il était même plus maussade que d’habitude.
Toute la classe allait être punie. Sans exception. Même moi. Moi qui ai répondu à toutes les questions. Il faut dire que le maître n’avait pas une dent contre moi mais une bouche entière. Il voulait à tout prix que je goutte à la courroie qui lui servait de moyen de torture. Je me suis toujours dit que cette courroie de distributions flambant neuve avait toujours sa place dans sa mobylette déglinguée et non sur le dos de ses élèves.
Une fois j’ai répondu avec succès aux questions, mon maître me regarde avec ses yeux de félin et finit par trouver la petite bête. Il me demande de retourner ma main. (Et là j’en viens aux billes). Je retourne mas main et MALHEUR ! Il découvre des traces "C’est quoi ça ? Tu joues aux billes ?". "Et alors ?" (Répondis-je au fond de moi). "Euh non ! ?" Lui répondis-je. "Et menteur en plus !" réplique le maître furieux. Les coups fusent de partout. C’était la fin des années 80. Je savais que la torture était la règle à l’époque. Mais je ne savais pas que pour une histoire de billes on pouvait subir un tel supplice.
Mais moi j’adorais jouer aux billes. C’est pourquoi j’ai trouvé l’astuce. Placer un bout de papier sous ma main. Opération MAINS PROPRES.
Le plus chanceux d’entre nous c’est celui qui avait un pouce haloubi(1). La bille la plus terrible qui fait gagner même les joueurs les plus maladroits. Tu parles de pouce haloubi !
Je me rappelle mon ami d’enfance et mon rival en classe (il m’obligeait toujours à être deuxième) mustapha alias djipa (mustapha était un coureur très rapide d’où son surnom qui signifiait Jeep).
Djipa (je l’appelais staifa –diminutif de mustapha- en cachette) était un garçon qui n’avait pas le verbe perdre dans son vocabulaire.
Lorsqu’on jouait aux billes il imposait la formule dahouki(2). Jamais karoudi(3) (9aroudi pour la phonétique) avec djipa. Sauf lorsque son pouce haloubi dispersait toutes les billes soigneusement posées dans lgara (4). Alors là il revendique son dû. Il était plus fort que moi djipa ! Et il obtenait toujours gain de cause. Quand c’est moi qui gagnais après ses moultes intimidations genre "nobozbik nobalyage"(5) et j’en passe djipa "haro maro"(6) et refaisait la partie.
Ah Djipa ! Il était mon cauchemar. Je rêvais éveillé que je le battais à l’école, aux billes, au foot (il portait toujours le numéro 10 pour me vexer !). Mais je ne suis jamais parvenu à le battre.
Je suis tout sauf rancunier mais je suis heureux qu’il soit devenu instituteur. Car s’il était devenu journaliste il aurait été plus fort que moi. Je serai encore une fois l’ombre de Djipa.

A bientôt avec un nouvel épisode de la saga des mots oubliés. Hé! sans rancune Djipa !Je t’aime quand même !

Glossaire
(1) Pouce Haloubi : une bille blanche avec quelques rayures colorées.
(2) Dahouki : formule pour désigner une partie ou il n’y a ni gagnant ni perdant
(3) Karoudi (9aroudi) : formule pour désigner une partie ou il y a forcément un gagnant et un perdant
(4) Lagara : un cercle où sont placées les billes
(5) Nobozbik nobalyage : formule qui signifie en gros "ne pousse pas tes billes et pas de balayage du sol". De cette manière le joueur n’avance pas sa main et joue là où sa bille est tombée même là où il y aune bosse ou beaucoup de terre.
(6) Haro maro : formule utiliser pour annuler une partie
Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 12/07/2005 à 23:19 | Permalien | Commentaires (129)