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Rachid Zaki
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C'est bien moi entrain de jouer un rôle. Celui du journaliste qui fume. Dois-je arrêter ? D'écrire ou de fumer ?

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Rien à voir avec le cinéma 
Les mots oubliés, des maux indélébiles : (Episode 1) Chmakh hna !  13/07/2005
Je me suis toujours demandé comment peut-on oublier les mots de notre enfance ? Comment on renie à ce point ce que nous étions (ce que nous sommes toujours en fin de compte) ? Le comment et le pourquoi de notre acharnement à nous s’inscrire dans l’ère du temps ? Cette rubrique je la consacre entièrement à des mots qu’on a perdus de notre vocabulaire et qui ont besoin d’être réhabilités. L’épisode 1 de cette saga des mots oubliés s’intitulera Chmakh hna !
Chmakh hna(1) ! Lorsqu’un ami m’a tendu la main après que je lui ai raconté une blague, j’ai senti les larmes mouiller mes paupières. Je suis sérieux j’ai failli pleurer !

Avec un sourire énorme et un rire "kh kh kh kh !", rire très à la mode durant les années 70 (désolé je n’ai pas l’option MP3 pour vous le faire écouter mais je vous laisse imaginer) mon ami venait de prononcer le mot qui m’a touché en plein cœur.

Soudain, subitement, brusquement et tout à coup, des images de mon enfance ont resurgis avec leur douce brutalité. Des mots qui se sont perdus, qu’on ne prononce plus parce que trop ringards.
Pour sa "ringardise chronique" mon ami est monté dans mon estime. Mea culpa : j’ai eu certes un sourire moqueur pour un court-instant mais je ne me suis empêché en fin de compte de saluer son courage. Oui il est courageux. Vous mimaginez-vous encore quelqu’un en 2005 prononcer le mot "Chmakh hna !"

Je me suis toujours demandé comment peut-on oublier les mots de notre enfance ? Comment on renie à ce point ce que nous étions (ce que nous sommes toujours en fin de compte) ? Le comment et le pourquoi de notre acharnement à nous s’inscrire dans l’ère du temps ?
Une copine on l’appelait lmokhira(2). Un enfant c’est l’moutcho(3). J’adorais quand mon père me présentait avec fierté à ses amis en m’appelant " l’moutchou diali" Maintenant un père présente son enfant en disant "lwalad". Comme ça avec froideur ? Comme s’il ne s’agissait pas sa propre progéniture ?

Les mots effacés de notre vocabulaire, j’en connais un rayon. J’ai fais mes cours dans la meilleure école. Celle de mon père. J’adore mon père. C’est un GRAND MONSIEUR, un brave homme, un self made man bien de chez nous. Il a fait des études dans une école coranique. Des études qui ne l’ont pas mené sur le siège d’un quelconque ministère mais tout simplement sur le strapontin du portail de la Régie de distribution des Eaux et Electricité (RAD). Je m’amusais tant devant ce portail. J’y passais beaucoup de temps mais j’avais la certitude que je ne perdais pas mon temps. Je regardais mon père trimer pour une misère. Avec dignité. J’apprenais en le regardant le vrai sens des choses et de la vie.

J’avais une revanche à prendre sur les portails. Une obsession. J’ai fini par travailler dans un portail, celui de 2M cette fois. Avec mon père on a partagé outre le sang, le fait de veiller sur un portail. Sauf que lui avait sa Zerwata (bâton) pour dissuader les éventuels voleurs et moi ma plume. Et avec un minimum de lucidité je réalise que sa zerwata valait mieux que ma plume. Car lui il m’a fait. Et moi je n’ai rien fait.

Passée cette digression je me rappelle que mon père avant d’enfourcher sa Mobylette rouge me disait de ne pas faire les "bitize"(4) (et je n’en ai jamais fais d’ailleurs car j’étais plutôt un garçon sans problème). Car à l’époque "Chabakouni"(5) avait un vrai pouvoir.

A présent on les appelle "L'’boulice, lehnache, kerwatia…) et personne ne le redoute plus. Même les pires malfrats osent braver un agent de l’autorité en se gargarisant du mot ana mowatine "Citoyen". C’est vrai que la citoyenneté est devenue un chewing-gum pas cher et de mauvais goût que tout le monde mâche mais dont personne ne réalise le véritable goût.
Mon père prend soin de mettre sa blouse et son "caskrote"(6) dans le "mozete"(7) de sa moto, pince les pans de son "serwal palma"(8) avec des pinces à linge. Il n’oublie pas de me donner "achra deryal"(9) pour acheter un bonbon "Jabah" et quelques billes.

A demain (ou dans une semaine je ne sais pas) pour un nouveau billet sur les mots oubliés. Vous saurez ce que voulait dire la pofissi, motor rout , kafer , Karafich , aram dchich , dahouki et karoudi.

Mais d’ici là je vous dis. "J’EN AI MARRE!!! MAIS JE VEUX RESTER 9DIM" .


Glossaire
(1) Chmakh hna : tape la
(2) Lmokhira : mot emprunté de mujer en espagnol qui signifie petite amie
(3) l’mutcho : mot emprunté de l’espagnol Muchach qui signifie enfant
(4) bitize : mot emprunté du français qui signfie bêtise
(5) Chabakouni : mot emprnté de l'expression française "ça va cogner" désignant les policiers
(6) Caskrote : mot emprunté du français pour qualifier un casse-croûte
(7) Mozete : mot désignat une paire de sacoches de chaque côté d’une moto
(8) Serwal palma : pantalon en patte d’éléphant
(9) Achra deryal : 50 centimes

Rachid Zaki
Rédigé par Rachid Zaki le 13/07/2005 à 23:32 | Permalien | Commentaires (467)