Samedi 22 Mars 2008
|  | Au pays de la liberté d'expression, un sous-préfet est limogé pour crime de lèse-sionisme
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Les défenseurs de la liberté d'expression en France, si nombreux pour défendre le commentateur sportif Alain Finkielkraut, les caricaturistes danois, la sociologue des banlieues Hélène Carrère d'Encausse , l'islamophobe obsessionnel Michel Houellebecq, le surhomme Georges Frêche et consorts, vont pouvoir se mobiliser à nouveau.
On apprend en effet que le sous-préfet Bruno Guigue_ , auteur notamment de " Proche-orient: la guerre des mots ", dans lequel il dénoncait la disqualification sémantique de la revendication palestinienne, vient d'être révoqué par la ministre de l'intérieur. La révocation, avec ou sans suspension des droits à la pension, est la sanction disciplinaire la plus lourde qui puisse être prise à l'encontre d'un fonctionnaire, tel que l'est un sous-préfet comme Bruno Guigue. Elle présuppose que soit établie une faut lourde dans le chef du fonctionnaire - on peut présumer qu'ici ce sera le manquement à son obligation de réserve qui lui sera reproché.
Il va de soi que jamais Bruno Guigue n'aurait été révoqué si ses idées étaient mieux en cour - par exemple s'il avait joint son nom à ceux des signataires de l'appel dans Le Monde (" L'ONU contre les droits de l'homme ") que sa tribune - intitulée " Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU " - sur Oumma.com critiquait pour leur aveuglement pro-israëlien. Si on veut considérer que le texte de Bruno Guigue est excessif et outrepasse son devoir de réserve (ce n'est pas mon cas), force est de constater que l'appel paru dans Le Monde est du même tonneau.
Il fallut néanmoins 9 jours de campagne sur les sites et médias communautaires pour que sa révocation soit décidée, le 22 mars.
Désolé de gâcher le suspense, mais ni Pascal Bruckner ni Philippe Val ni Pierre Assouline ne soutiendront ce courageux combattant de la liberté d'expression - il s'est sans doute trompé de cible, le malheureux! |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Samedi 22 Mars 2008 à 23:39 | Permalien | Commentaires (14) |
Vendredi 21 Mars 2008
|  | Le nouveau blog de Gilles Kepel
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Le politologue (j'aime pas ce mot, mais je n'en vois pas de synonyme en français) Gilles Kepel a ouvert un site , et un blog, suite à la parution de son dernier livre, " Terreur et martyre ". Je ne suis pas vraiment un fan: si " Le Prophète et Pharaon " était fascinant, " Fitna " m'est tombé des mains, ayant tout d'un de ces fascicules de préparation des révisions pour étudiants à l' IEP . Je tiens d'une amie, politologue française, que Gilles Kepel aurait formulé l'ambition d'être le " Bernard Lewis " français. En tout cas, il est très proche des pouvoirs politiques successifs, et avait donné un gage à l'orthodoxie intellectuelle et politique en se faisant le très zélé défenseur de l'interdiction du voile à l'école lors de sa prestation en tant que membre de la commission Stasi . Depuis, il est l'attaché de presse du prétendu " modèle français d'intégration ", qui n'a de modèle que la place qu'il occupe dans l'idéologie républicaine française .
A découvrir donc, en ayant cependant en tête ses partis pris. |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Vendredi 21 Mars 2008 à 00:20 | Permalien | Commentaires (14) |
Mardi 18 Mars 2008
|  | 'Boualem Sansal et Mohamed Chérif Abbas forment désormais un duo à appeler à durer'
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
On ne lit pas assez la presse algérienne au Maroc - non, je ne compte pas parler des récurrentes commandes téléguidées par " the powers that be " contre le Maroc, mais d'un autre journaliste algérien que j'apprécie - Abed Charef , auteur d'une bonne chronique des premières années de la récente guerre civile algérienne - " Algérie, autopsie d'un massacre " (1). Dans sa dernière chronique dans le Quotidien d'Oran, il revient sur le boycott du Salon du livre de Paris , qui avait jugé important de célébrer Israël en ce soixantième anniversaire de cet Etat, créé sur les vestiges de la nation palestinienne, colonisée depuis.
Il revient particulièrement sur les positions diamétralement opposées de Boualem Sansal (il y a quelques temps que je souhaitais parler de cet energumène), écrivain algérien en France, et de Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine là-bas, par rapport au boycott du Salon du Livre.
Tout d'abord, Boualem Sansal:
" Le premier, écrivain à succès, a découvert un fond de nazisme dans la violence qui domine la gestion des relations sociales au sein de la société algérienne. Du mouvement national, qui aurait offert le refuge à des anciens SS et autres officiers de la Wehrmacht, à la violence des années 1990, qui aurait elle aussi des racines dans une volonté de purification, Boualem Sansal a tissé un roman qui l’a définitivement introduit dans un autre monde politique et culturel. Il fréquente philosophes et grands penseurs, il a droit à des articles dans des revues prestigieuses, et il est très à la mode dans des milieux naguère considérés dans le monde arabe comme sionistes ".
Ensuite, Mohamed Chérif Abbas, ministre antisémite non-repenti:
" De son côté, Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine, constitue une sorte de preuve que Sansal a raison. Ses propos, tenus à la veille de la visite de Nicolas Sarkozy en décembre dernier à Alger, lui ont assuré la célébrité. L’Algérie, anti-juive et raciste, décrite par l’écrivain, est là, dans les propos du ministre. L’intolérance de la société algérienne, et par extension celle de la société arabe et musulmane, est publique et officielle. Impossible de l’occulter. La déclaration de M. Mohamed Chérif Abbas a fait le tour du monde, grâce notamment à l’internet. Elle est désormais sur la célèbre encyclopédie en ligne Wikipédia.
Que disait exactement M. Mohamed Chérif Abbas dans cette fameuse interview à un quotidien algérien ? Ceci : « Vous connaissez les origines du président français et les parties qui l’ont amené au pouvoir. Saviez-vous que les autorités israéliennes avaient mis en circulation un timbre à l’effigie de Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale ? Le gouvernement d’ouverture que dirige M. Sarkozy, qui a vu plusieurs personnalités de gauche rejoindre un gouvernement de droite, soulève plusieurs interrogations, comme pourquoi Bernard Kouchner a décidé de sauter le pas. Cela ne s’est pas fait pour des croyances personnelles. Ceci était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France ». Comme dans un mauvais feuilleton, M. Mohamed Chérif Abbas avait contraint le Président Abdelaziz Bouteflika à téléphoner à Nicolas Sarkozy pour présenter ce qui s’apparente à des excuses. Les adversaires du ministre l’avaient violemment attaqué, et Bernard Kouchner l’avait publiquement humilié. Ses propres amis, ceux qui étaient eux aussi convaincus que Nicolas Sarkozy est effectivement un produit du lobby juif, avaient amicalement reproché au ministre ses propos, estimant que toute vérité n’est pas bonne à dire ".
Abed Charef embraye ensuite sur la question du boycott:
" Survient alors la question du boycott. M. Mohamed Chérif Abbas ne se rendra évidemment pas au Salon du livre de Paris. Tout comme les écrivains et éditeurs de la plupart des pays arabes. Ceux-ci ont avancé des arguments de plusieurs types : non-reconnaissance pure et simple d’Israël, refus d’une manifestation glorifiant les écrivains d’un pays qui continue le massacre en Palestine, absence des écrivains palestiniens vivant en Israël, etc. Les argumentaires sont très variés, et le célèbre Tarik Ramadhan s’y est mêlé à son tour, appuyant le boycott du Salon du livre de Paris et celui de Turin, en Italie. Arguments religieux ? Non, philosophiques, dit-il. Il a précisé qu’il ne conteste pas l’existence d’Israël, ni son droit d’avoir une littérature, mais soutient que le boycott est une décision légitime.
Cet apport en faveur des partisans du boycott n’a pas changé le rapport de forces. Les amis d’Israël restent surpuissants, avec une force de frappe redoutable. Quand Israël fait la guerre, les généraux prennent les leviers. Mais quand Israël fait de la culture, les pacifistes prennent le relais. C’est David Chemla, le président de l’association « La Paix maintenant », un véritable label pour les pacifistes du monde entier, qui a été choisi pour répondre à Tarik Ramadhan . Le boycott, lui dit-il, est un non-sens. Et il accuse Tarik Ramadhan de dénier à Israël « le droit à un territoire, le droit à une langue et à une identité ».
Que restera-t-il du duo constitué par Mohamed Chérif Abbas et Boualem Sansal ? Le premier a eu droit à un traitement très dur, mais une partie des Algériens le considèrent comme leur porte-parole. Le second est considéré comme un révisionniste au sud de la Méditerranée, comme un homme éclairé au nord de la Méditerranée. Chacun a fait son choix. Cela ne veut pas dire qu’un choix est toujours respectable. Faire l’histoire ne signifie pas forcément qu’on écrira les livres d’histoire. Inversement, écrire des livres ne signifie pas qu’on fait l’histoire ".
Je vous le disais, certains titres algériens valent le détour...
PS: Je n'oublie pas notre Mouna Hachim nationale, dont la dernière chronique est consacrée - entre autres - à l'application par le Gabon du principe de réciprocité en matière d'expulsion de Français en situation irrégulière.
(1) Je vous conseille d'ailleurs la lecture de l'étude " WANTON AND SENSELESS? THE LOGIC OF MASSACRES IN ALGERIA " de Stathis N. Kalyvas . Vous trouverez d'ailleurs une foule de documents et d'études passionnants sur le site du tribunal permanent des peuples consacré à la guerre civile algérienne . |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Mardi 18 Mars 2008 à 18:55 | Permalien | Commentaires (7) |
Mardi 18 Mars 2008
|  | 'Auteurs favoris : Maurice G. Dantec, Alain Finkelkraut, George Steiner'
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Vous avez sans doute lu les excellentes chroniques du blédard du journaliste algérien Akram Belkaïd , qui écrit à la fois pour le Quotidien d'Oran - ses célébres " Chroniques du blédard " - et le quotidien économique français La Tribune, mais aussi pour le site d'informations Bakchich . Il tient plusieurs blogs - dont un général , et un consacré aux affaires internationales . Dans son blog généraliste, en cette période d'élections municipales en France, son pays de résidence, on trouve ce très bref billet :
vendredi 14 mars 2008
Municipales
_
Lu dans la brochure de Philippe Herlin candidat du Front national pour le 15ème arrondissement de Paris :
- "Non à l'immigration et à la tiers-mondisation de quartiers entiers : Je supprimerai toutes les aides aux associations immigrationnistes. Les sans-papiers n'auront pas leur place dans le 15°".
- "Non aux tours : les tours vont défigurer Paris et attirer l'immigration. Stop."
et dans la rubrique "qui suis-je ?" :
"Auteurs favoris : Maurice G. Dantec, Alain Finkelkraut, George Steiner"
Je ne ferai aucun commentaire.
Observation très juste par rapport à Finkielkraut et Dantec, dont l'idéologie raciste se rapporte parfaitement à celle d'un candidat du Front national, en voie de disparition électorale. Pour George Steiner, c'est plus étonnant, je n'ai pas connaissance que ce célèbre critique littéraire et écrivain ait des idées racistes. A moins que ce candidat ne soit raciste sans ostracisme, appréciant même des auteurs non-racistes... |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Mardi 18 Mars 2008 à 17:47 | Permalien | Commentaires (3) |
Lundi 17 Mars 2008
|  | Pour notre compatriote Pierre Assouline, le boycott du Salon du livre de Paris est comparable à du terrorisme
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Je lis souvent le blog de Pierre Assouline. C'est là-dessus que j'avais découvert et eu envie de lire Les Bienveillantes , et avant mon revirement à ce sujet j'appréciais sa défense de l'écrivain - pas l'homme - Céline. J'apprécie sa description du landerneau clochemerlesque qu'est la scène littéraire parisienne, donc française. Souvent, je ne suis pas d'accord avec lui: il a un ton édulcoré vis-à-vis d'écrivains qui ont pour point commun une indéniable hostilité à l'islam et/ou aux musulmans - prenons les cas de Robert Redeker , Maurice G. Dantec , Martin Amis (1), Alain Finkielkraut - et ne parlons même pas des caricatures danoises. Mais il n'a jamais - c'est bien le moins - sombré dans l'islamophobie, prenant - prudemment - ses distances avec les déclarations les plus excitées d'un Robert Redeker . Il fait certes preuve d'un jacobinisme marqué, d'une approche hostile vis-à-vis de ce que l'on présente comme le modèle multiculturaliste anglo-saxon, apprécie vivement l'ancien ambassadeur israëlien en France, Elie Barnavi , et regrette certaines polémiques relatives à la colonisation - toutes des options idéologiques et politiques qu'il est bien évidemment en droit d'avoir.
J'ai donc lu son dernier billet sur le boycott du Salon des livres de Paris, où Israël est invité d'honneur - le président israëlien a inauguré ce salon hier jeudi dans le cadre de sa visite d'Etat en France, durant laquelle il décernera - avec Sarkozy - le prix littéraire de la Fondation France-Israël - preuve s'il en est que littérature et politique n'ont rien à voir, et que la décision de faire d'Israël l'invité d'honneur de ce salon - et de celui de Turin - est une décision obéissant exclusivement à des critères littéraires. D'ailleurs, comme l'écrit judicieusement l'éditorialiste du Monde, le boycott du Salon du livre " par les partisans de la politique du pire " menace la paix en Palestine/Israël - on peut s'inquiéter de la passivité du Conseil de sécurité, auquel le chapitre VII de la Charte des Nations-Unies donne cependant le droit de prendre des mesures - y compris, " au moyen de forces aériennes, navales ou terrestres, toute action qu'il juge nécessaire au maintien ou au rétablissement de la paix et de la sécurité internationales "...
On notera au passage que lors de l'inauguration , le président israëlien a jugé bon de dire que " ceux qui veulent brûler les livres, boycotter la sagesse, empêcher la réflexion, bloquer la liberté, se condamnent eux-mêmes à être aveugle, à perdre la liberté ". Cette remarque est amusante: on peut en effet présumer qu'apprendre à lire, ce qui normalement se fait à l'école, est un pré-requis pour lire des livres. Or voilà que les rapports palestiniens , israëliens, de Human Rights Watch et internationaux s'accumulent sur les violations, par l'occupant israëlien, du droit à l'éducation des Palestiniens dans les territoires palestiniens occupés.
Pierre Assouline avait déjà consacré deux billets au boycott du Salon du livre de Paris et de Turin , prenant ouvertement parti contre - un constat, pas un reproche, tant j'apprécie que les choses soient dites clairement. Dans le premier , de manière biaisée et partiale, mais avec au moins le mérite d'annoncer la couleur, il présente le boycott comme celui non pas de l'Etat israëlien, qui est bel et bien l'invité officiel de ces deux salons, et dont les ambassades coordonnent et déterminent la participation israëlienne à ceux-ci, notamment par la sélection des auteurs faisant partie de la délégation officielle (l'ambassade israelienne à Paris met l'info en tout début; de sa page d'accueil, ce qui prouve sans doute son goût de la littérature), mais des écrivains israëliens, ce qui n'est pas très honnête et surtout n'est pas du tout la même chose. Assouline prête par ailleurs, sur le ton ironique qui est le sien, à Omar Barghouti , militant palestinien et fondateur de la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël , l'intention de commettre un autodafé ou des exécutions sommaires: " Autodafé de leurs livres en place publique, exécution sommaire ou autres, il n’en dit pas davantage sur la nature de la sanction ".
Dans le deuxième billet consacré à la question, Pierre Assouline nous apprend que le pays réel - écrivains et éditeurs arabes - se moque du boycott imposé par la Ligue arabe (le pays légal, si on reprend la distinction de Charles Maurras), on présume sous peine d'autodafé ou d'exécution sommaire. Il y vilipende Tariq Ramadan, qui avait eu le malheur de considérer la délégation de 39 écrivains israëliens invités à Paris bien monocolore au regard des 20% de Palestiniens de nationalité israëlienne, sans compter ceux des territoires occupés en 1967. Assouline fait remarquer que si 38 des 39 écrivains israëliens sont juifs ( Sayed Kashua est le seul écrivain arabe du lot), c'est uniquement parce que le choix a été fait d'inviter que les écrivains écrivant en hébreu. A aucun moment il ne critique ce choix, étrange dans un Etat - Israël - qui a deux langues officielles, l'hébreu et l'arabe (2), et où la situation de la minorité arabophone est, disons, particulière et sans doute différente de celle des russophones, francophones et roumainophones - on ne connaît à ce jour pas beaucoup de camps de réfugiés russophones ou francophones en Israël ou dans les territoires qu'elle occupe, mais je dois être mal informé. Ironiquement, l'ambassade d'Israël, sur sa page officielle consacrée au Salon - preuve éminente du caractère strictement littéraire de l'événement - allègue qu'" à travers les auteurs invités, c’est la société israélienne dans sa diversité, sa complexité, son dynamisme, ses réussites, ses doutes et ses espoirs qui sera représentée. Une société moderne à découvrir et explorer en dehors de tous clichés ". Effectivement .
Son dernier billet constitue le zénith d'une belle série, peut-être encore en cours d'ailleurs: revenant à son inspiration première, Pierre Assouline nous livre un bien beau réquisitoire à l'encontre du boycott, considéré comme un acte terroriste. Oui, vous avez bien lu, refuser de participer au Salon du livre de Paris est un acte terroriste, du moins quand Israël en est l'invité d'honneur. Voici quelques extraits de son réquisitoire:
" On remarquera au passage que les intellectuels français, si prompts à se mobiliser pour les causes lointaines et exotiques, se sont faits remarquablement discrets alors que la liberté d’expression d’écrivains en France était menacée par un chantage (eux ou nous) doublé d’une prise d’otages (si c’est eux, vous êtes complices). (...) Oui, vraiment, très discrets pour une fois les intellectuels français et plus particulièrement parmi eux les éditeurs : dans leur majorité, ils semblent avoir oublié qu’il est de leur devoir de défendre leurs auteurs -et pas seulement les Français de leur catalogue. Ils devraient se souvenir que dans les premiers temps de la fatwa de mort lancée contre Salman Rushdie , ses traducteurs et ses éditeurs, Christian Bourgois s’était senti un peu seul ". Pour rappel, la prise d'otages est interdite par le droit international humanitaire et est également réprimé, au titre de la lutte anti-terroriste , par la Convention du 17 décembre 1979 contre la prise d'otages . En gros, boycott= terrorisme et/ou crime de guerre.
Je passe sur d'autres passages: comparaison entre la Flandre et Israël (" Sans trop se mouiller, puisque c’est aussi le problème, il leur suffisait de rappeler que lorsque la littérature néerlandaise était l’invitée du Salon, les Pays-Bas n’avaient emmené dans leurs bagages que la partie flamande de la Belgique et tout le monde trouvait cela normal ") - comme si la situation des néerlandophones ou des francophones de Belgique était comparable à celle des Palestiniens d'Israël ou des territoires occupés; surtout, la phrase finale - " il faut rencontrer les écrivains d’Israël et leur parler car il y a parmi eux, et d’une manière générale dans les milieux politiques, culturels et religieux de leur pays, des personnalités dont l’esprit critique et l’antisionisme radical sont d’une violence sans commune mesure avec celle, bien timorée en regard, des intellectuels arabes. Insoupçonnables d’antisémitisme et décomplexés vis à vis d’Israël contrairement aux Juifs de la diaspora, ils n’en sont que plus désinhibés. Libres. Ce qui est effectivement assez original dans la bande de terre qui va de Rabat à Beyrouth " - dans le monde selon Pierre Assouline, les écrivains et intellectuels palestiniens brillent par leur inexistence - il est vrai que certains furent tués par le gouvernement israëlien, comme Ghassan Kanafani tué dans un attentat à la voiture piégée à Beyrouth en 1972.
J'ai donc répliqué une première fois à Pierre Assouline:
" Ce billet est assez écoeurant. Je retiendrais notamment la fin: ” Libres. Ce qui est effectivement assez original dans la bande de terre qui va de Rabat à Beyrouth”. Je sais que les Palestiniens sont loin d’être les invités d’honneur de ce salon, mais ils sont assez loin d’être libres dans cette bande de terre qui va de Gaza à Ramallah.
“La liberté d’expression d’écrivains en France était menacée par un chantage (eux ou nous) doublé d’une prise d’otages (si c’est eux, vous êtes complices)” - allons donc: refuser d’assister au Salon du Livre serait donc un acte terroriste? Le Salon du livre est-il obligatoire quand Israël est invité d’honneur? Et la liberté d’expression - que je croyais être chère à Pierre Assouline, du moins m’a-t-il semblé en lisant ses billets sur Redeker - ne vaut-elle pas aussi pour ceux qui souhaitent ne pas se rendre au Salon du livre et expliquer ce choix?
Et comparer la Belgique flamande avec la situation en Palestine/Israël…
Pierre, j’aimais bien vous lire, étant content qu’un Casablancais pouvait réussir dans le milieu littéraire, mais ce billet m’écoeure profondément - vous avez laissé Israël vous aveugler - non pas que vous n’ayiez le droit de critiquer le boycott, mais vos mots font mal ".
Pierre Assouline m'a rétorqué ceci:
" Ibn Kafka, Quel beau pseudo, cher compatriote bidaoui, dommage que l’on se comprenne pas mieux. Où avez-vous lu que refuser d’assister au salon relevait du terrorisme? videmment qu’on est en droit de s’y refuser (relisez le passage sur Shabtaï). Mais surtout relisez les appels officiels au boycottage, ils ont simplement le lexique et la rhétorique du chantage, ce qui n’a guère d’importance. Seuls comptent vraiment les déclarations des écrivains "
Je lui ai répondu , et notre échange s'est arrêté là:
" Pierre, je crains hélas de vous avoir très bien compris. Vous entamez joliment avec un paragraphe d’introduction ironique sur “l’attentat menuisier” du début de l’inauguration du Salon, dans votre tradition - que j’apprécie - d’ironie british. Mais vous embrayez ensuite bien mal sur les menaces terroristes: “alerte à la bombe” spéculativement hypothétique, “menace planante”, “renforcements des mesures de sécurité” - pour asséner ensuite la phrase suivante: “On remarquera au passage que les intellectuels français, si prompts à se mobiliser pour les causes lointaines et exotiques, se sont faits remarquablement discrets alors que la liberté d’expression d’écrivains en France était menacée par un chantage (eux ou nous) doublé d’une prise d’otages (si c’est eux, vous êtes complices)”. Le boycott y est assimilée à une “menace”, un “chantage” et une “prise d’otages”. Vous reprochez ensuite aux intellectuels français de ne pas dénoncer avec véhémence ce boycott, assimilant ce silence à la solitude de Christian Bourgois, éditeur des Versets sataniques, lors de la fatwa de Khomeiny condamnant à mort Salman Rushdie, acte assimilable à du terrorisme d’Etat: “Ils devraient se souvenir que dans les premiers temps de la fatwa de mort lancée contre Salman Rushdie, ses traducteurs et ses éditeurs, Christian Bourgois s’était senti un peu seul”.
Comment pouvez-vous dès lors écrire “Où avez-vous lu que refuser d’assister au salon relevait du terrorisme?”? N’avez vous pas l’impression de cèder au stéréotype et à la facilité du stigmate terroriste?
Je passe sur l’assmilation de la Flandre aux territoires palestiniens occupés, ou sur le fait que le seul boycotteur trouvant grâce à vos yeux soit un écrivain israëlien.
C’est justement parce que nos ancêtres ont une histoire commune (qui ne fut certes pas un merveilleux conte de fées, ni d’ailleurs un cauchemar continu), et que vous êtes bidaoui que je suis très profondément déçu de lire ces lignes - vous devriez savoir, mieux qu’un non-bidaoui, que les très réelles oppositions et divergences politiques sur la Palestine telles que manifestées par les écrivains et intellectuels arabes, israëliens et français sont un conflit d’opinions, et pas de civilisations ou d’organisations terroristes! "
Pour en savoir plus sur le boycott :
- l'excellente chronique de Mouna Hachim, sans doute la meilleure chroniqueuse de la presse francophone marocaine, favorable au boycott
- le ministre des affaires étrangères français semble estimer que la menace contre la paix provient des boycotteurs, et non pas de ceux qui massacrent et colonisent de manière continue le peuple palestinien
- Shimon Peres, écrivain-président , très populaire du côté de Qana , l'inaugurateur apolitique du Salon du Livre, a reproché , histoire de dépolitiser définitivement le débat, aux boycotteurs de violer... les dix commandements) , et surtout " tu ne tueras point ", quelques jours après la boucherie de Gaza !
- l'Union des écrivains palestiniens , Alain Krivine , Tariq Ali , Tariq Ramadan , l'historien israëlien Ilan Pappé , l'écrivaine étatsuno-palestinienne Susan Abulhawa , l'écrivain israëlien Aharon Shabtaï et le rédacteur en chef du supplément littéraire de Haaretz, Benny Ziffer, qui s'en explique longuement appellent au boycott en raison du statut d'invité d'honneur d'Israël
- le par ailleurs remarquable bloggeur Didier Jacob, critique littéraire au Nouvel Observateur, fait un procès d'intention diffamatoire contre les boycotteurs en général et Tariq Ramadan en particulier sur son blog
- l'inénarrable BHL (qui reprend l'accusation de "prise d'otages"), Marek Halter (qui compare le boycott aux autodafés nazis), Olivier Rubinstein & Olivier Rolin (qui assimilent le boycott à l'éradication de l'Etat d'Israël), Boualem Sansal , l'éditeur marocain Abdelkader Retnani (EDDIF) et Tahar Benjelloun dénoncent avec force le boycott
- l'écrivain égyptien Alaa al Asmawy ne boycottera pas, mais exposera des photos de victimes des crimes de guerre israëliens en Palestine et au Liban, et l'écrivain algérien Yasmina Khadra refuse à la fois le boycott et la participation
- l'éditeur Eric Hazan (Editions La Fabrique), incorruptible militant pro-palestinien, ne boycotte pas, et organise au contraire pour la première fois des conférences à cette occasion
- La Ligue des droits de l'homme avait appelé , sans être entendue, à l'invitation d'écrivains israëliens arabophones
(1) Pour vous faire une idée de l'humanisme de ce célèbre écrivain anglais, sachez qu'il se sent "moralement supérieur aux pays musulmans, qui sont moins évolués" et qu'il propose la fouille corporelle de tous les musulmans du Royaume-Uni afin d'expulser les radicaux, et a exprimé " le besoin " (" the urge ") que la communauté musulmane au Royaume-Uni souffre.
(2) Mais la réalité est bien différente, comme le rapporte l'universitaire israëlien Ayelet Harel-Shalev dans une publication de l'ONG arabe israëlienne Adalah en date de juin 2005: " Arabic has a vastly inferior status to that of Hebrew (...) It should be noted that the superior position accorded to Hebrew is not by virtue of a statute or government regulation, such as the Indian constitutional provision relating to Hindi, but results from governmental policy. Pragmatism on the international and diplomatic front was apparently the reason why Arabic was not eliminated as an official language. Whatever the reason, Arabic is not given the same status as Hebrew in practice. It is inferior in status, resources, and opportunity. In daily life, the Hebrew language rules (Smooha, 1996, 282). Despite its honored official status, the government has not created a protective linguistic environment around Arabic and has not set up sufficient collective protections for it. (...) The official status of Arabic provides a constitutional gap for any person interested in promoting Arabic in Israel. The Supreme Court recognizes the use of Arabic based on the right of freedom of expression of the individual and not based on the official status of the language. (...) Research findings show that, in practice, governmental policy attempts to meet its obligation to publish statutes in Arabic, but, for the most part, this is done many months after their publication in Hebrew (A. Rubinstein, 1991, 91). In addition, many official governmental forms are not available in Arabic (Saban, 2002, 265). Stamps, bills of currency, and identity cards appear with an Arabic inscription comparable to the Hebrew, but passports are written only in Hebrew and English. Furthermore, until the 1980s, almost all road signs were produced only in Hebrew, or in Hebrew and English (Rubinstein, 1991, 91). Signs containing Arabic do appear in some public places, but occasionally the translation is incorrect (Report of the Official Commission of Inquiry into the Clashes Between the Security Forces and Israeli Citizens in October 2000, Volume A, Para. 63 (hereafter: “The Or Commission Report”). Even the new air terminal at Ben Gurion Airport does not provide signs in Arabic (D. Rubinstein, 2005) ". |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Lundi 17 Mars 2008 à 21:41 | Permalien | Commentaires (12) |
Samedi 15 Mars 2008
|  | La route de l'apartheid
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Lu dans Le Monde :
" Les flots de voitures ne se mélangent plus. D'un côté les Israéliens, de l'autre les Palestiniens. Ces derniers l'appellent désormais "la route de l'apartheid". "La route de l'apartheid qui conduit au check-point de la honte", font remarquer deux dames d'un certain âge venues constater sur place comment les Palestiniens sont traités. Toutes deux appartiennent à l'organisation Marsom Watch , spécialisée dans la surveillance de ces points de passage. "Je viens d'Afrique du Sud, s'indigne Hannah Darag. J'ai connu l'apartheid. Je ne vois pas la différence. Quelquefois, j'ai honte de ce que nous avons contribué à faire naître." Pour le professeur David Kretzmer, spécialiste de droit international à l'université hébraïque de Jérusalem, "la route 443 est l'exemple de la tyrannie de l'occupation ".
Le Group Areas Act de sinistre mémoire n'est pas loin. |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Samedi 15 Mars 2008 à 21:02 | Permalien | Commentaires (14) |
Lundi 03 Mars 2008
|  | Aux groupies de Barack Obama qui révent les yeux ouverts
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Lisez le toujours aussi lucide Alexander Cockburn, de Counterpunch :
" Will candidate Obama prevail against the racists? There’s a good chance. Against the money power? Against Wall St? His record and his prime donors tells us No. They tell us he’s already bought and paid for ".
Le rabbin Michael Lerner , très critique envers Israël et le lobby pro-israëlien, a ceci à dire à son sujet:
"Will he have the courage to stand up to the Israel lobby and push Israel toward peace?" Lerner asks. "I sincerely doubt it. I see no reason to believe that he will take on that struggle."
Par ailleurs, le Sunday Times nous apprend que s'il était élu président, Barack Obama, qui déclare comprendre l'inhumain blocus israëlien contre Gaza et estime sacrosainte la sécurité d'Israël , désignerait deux sénateurs républicains comme ministres dans son cabinet.
Et pour les fans de Hillary Clinton, ceci :
" Shortly before the New Hampshire primary, Bill Shaheen, a national co-chairman of Clinton's campaign, floated the issue of Obama's youthful drug use. However, Shaheen's rehashing of this old story (which the candidate openly discussed in his biography) failed to garner any traction and he was forced to resign his position. Similarly, prior to the Iowa caucuses, two Clinton volunteers resigned after forwarding a hoax e-mail that falsely said Obama is a Muslim and possibly a terrorist. (Obama is a member of the United Church of Christ and says he has never been a Muslim.) "
PS: Cockburn a raison de souligner le caractère à la fois ridicule et odieux de William F. Buckley. Ridicule, par son accent Oxbridge surfait et feint, qui fait penser à un mélange de Bertie Wooster et de Lord Haw-Haw (et pour ce dernier, pas seulement pour son accent ). Odieux, pour ses idées, lui un des parrains de la droite néo-con étatsunienne, adepte de la politique d'apartheid légalement en vigueur aux Etats-Unis jusqu'en 1965. Je vous conseille cependant un vrai régal, le célèbre débat télévisé Buckley vs. Noam Chomsky à la fin des années 60, où Chomsky nettoie le parquet avec le pauvre Buckley - ici . |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Lundi 03 Mars 2008 à 18:31 | Permalien | Commentaires (30) |
Lundi 03 Mars 2008
|  | Le sionisme est un humanisme
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
| |
Des enfants palestiniens ont été tués par l'armée israëlienne: leur crime, jouer au foot .
On peut se moquer ou s'outrer - comme le fait le casablancais d'origine Pierre Assouline - de ceux - comme Tariq Ramadan, Tariq Ali et les Etats arabes qui boycotteront les salons du livre de Paris et de Turin, où Israël est invité d'honneur - qui refusent la normalisation avec Israël. Souvent, ceux qui se moquent ne proposent d'ailleurs rien d'autre que la normalisation ou le silence - ce qui d'ailleurs est leur droit le plus strict.
Ce n'est pas mon avis: Israël n'est pas un Etat normal, mais un Etat fondé sur la dépossession jusqu'à ce jour absolue du peuple palestinien. Je comprends parfaitement que les Palestiniens cherchent à négocier avec Israël une issue de sortie - même si, comme Edward Saïd, j'estime que le résultat des négociations depuis 1993 est catastrophique - mais en attendant un réglement final de la question par la création d'un Etat binational ou palestinien, je suis à titre personnel contre toute normalisation. Il est clair que tous les boycotts du monde ne suffiront pas à eux seuls à libérer le peuple palestinien, mais ils contribuent à ce que le monde et l'opinion mondiale n'oublient pas qu'Israël n'est ni l'Islande, ni la Nouvelle-Zélande, ni le Portugal.
S'agissant des salons du livre, je n'ai pour ma part aucune objection à ce que des écrivains ou intellectuels israëliens soient invités, y compris au Maroc, car c'est moins le passeport que l'idéologie qui me choque - la venue de Pascal Bruckner au dernier SIEL me choque plus que la venue hypothétique et souhaitable de Gidéon Lévy , Amira Hass , Tom Segev , Avi Shlaïm , Avraham Burg , Michel Warschawski , Lea Tsemel , Felicia Langer ou Uri Avnery . Par contre, désigner Israël comme invité d'honneur en raison de son soixantième anniversaire, c'est là un geste politique contre lequel une réaction ferme s'impose. Je n'oublie pas qu'un Etat comme le Maroc, dont le ministère de la culture a décidé de boycotter le salon du livre de Paris - alors que ledit ministère avait jugé bon d'accepter l'invitation officielle de Pascal Bruckner à Casablanca - trouve parfaitement justifié d'envoyer son ministre des affaires étrangères faire des salamalecs parfaitement stériles et inutiles - sauf pour Israël - avec la ministre des affaires étrangères israëlienne. Et pour ménager mon rythme de pulsation cardiaque, je n'évoquerais même pas les cas de la Jordanie et de l'Egypte...
Ceux que le boycott des salons du livre fait sourire, pourront sans doute surmonter leur hilarité en lisant la presse de cette dernière semaine, ou quelques uns des documents suivants:
- les diverses conclusions de l'ONG arabe israëlienne Adalah en faveur d'une levée du blocus de Gaza
- le dernier rapport de John Dugard, professeur sud-africain de droit, militant anti-apartheid à l'époque où Reagan et Thatcher assimilaient l'ANC à une organisation terroriste, rapporteur spécial de l'ONU sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés en 1967: " Common sense, however, dictates that a distinction must be drawn between acts of mindless terror, such as acts committed by Al Qaeda, and acts committed in the course of a war of national liberation against colonialism, apartheid or military occupation. While such acts cannot be justified, they must be understood as being a painful but inevitable consequence of colonialism, apartheid or occupation. History is replete with examples of military occupation that have been resisted by violence - acts of terror. The German occupation was resisted by many European countries in the Second World War; the South West Africa People’s Organization (SWAPO) resisted South Africa’s occupation of Namibia; and Jewish groups resisted British occupation of Palestine - inter alia, by the blowing up of the King David Hotel in 1946 with heavy loss of life, by a group masterminded by Menachem Begin, who later became Prime Minister of Israel. Acts of terror against military occupation must be seen in historical context. This is why every effort should be made to bring the occupation to a speedy end. Until this is done peace cannot be expected, and violence will continue. In other situations, for example Namibia, peace has been achieved by the ending of occupation, without setting the end of resistance as a precondition. Israel cannot expect perfect peace and the end of violence as a precondition for the ending of the occupation ".
- le rapport de l'ONG israëlienne Btselem sur la ségrégation et persécution raciale dont sont victimes les Palestiniens d'Al Khalil/Hébron
- le rapport de Human Rights Watch sur l'utilisation criminelle de munitions à fragmentation durant la guerre du Liban de 2006
Vous noterez cependant que Human Rights Watch , fidèle à elle-même , place les attaques du Hamas, ayant fait un mort cette semaine passée, en tête d'un communiqué condamnant les attaques indiscriminées contre les civils en Palestine/Israël, avant celles de l'armée israëlienne, qui ont fait plus de 149 morts depuis le 1er janvier .
Pour clore, un large extrait de la tribune de Tariq Ramadan dans Le Monde :
" Le boycottage est le moyen que les défenseurs des droits des Palestiniens ont choisi, en Italie, pour faire entendre une voix de protestation dans l'hymne d'une célébration d'Israël qui cache la sombre réalité des territoires occupés.
J'ai appris récemment que les organisations de défense des Palestiniens avaient, en France, fait un choix inverse : elles ont décidé de s'installer fermement au prochain Salon du livre (du 14 au 19 mars), d'y commémorer les soixante années de l'autre réalité, celle de la Nakba (catastrophe) des Palestiniens, et d'inviter des intellectuels et des auteurs arabes, palestiniens et israéliens à en débattre. Je soutiens cette initiative sans aucune réserve : il s'agit, ici aussi, de défendre la dignité des Palestiniens et de ne pas permettre que la célébration des 60 ans d'Israël puisse faire l'impasse sur le sort d'un peuple réprimé et sacrifié.
Boycottage à Turin, présence critique à Paris, il n'y a rien là de contradictoire. Ce qui compte aujourd'hui, au-delà des stratégies employées, c'est de rompre le silence, de faire entendre des voix qui refusent les manipulations politiques et exigent que la politique des gouvernements israéliens successifs soit jugée comme toutes les autres quand elle est indigne et qu'elle ne respecte pas les résolutions de l'ONU et le droit international.
Il s'agit de rappeler les soixante années de colonisation, de déplacement de populations, d'exil et de morts palestiniens qui sont le miroir négatif de la célébration d'Israël. Contrairement à ce qu'affirme Marek Halter (Le Monde du 15 février), je n'ai jamais appelé à la destruction d'Israël et je ne suis l'idéologue d'aucun Etat ni d'aucune organisation dont ce serait le programme. Ces propos sont consternants et malhonnêtes.
Je continue de penser que le choix d'Israël comme invité d'honneur, au moment où le peuple palestinien se meurt à Gaza, est une maladresse et une faute. Ce geste est exactement à l'image du positionnement politique de l'Europe : on célèbre Israël, on maintient constamment la confusion entre critique politique et antisémitisme et, surtout, on entretient une "conspiration du silence" vis-à-vis de la politique d'apartheid d'Israël. Ce choix "culturel" fait écho au silence "politique" en contribuant à déplacer le problème comme les partisans aveugles de la politique de l'Etat d'Israël savent si bien le faire.
Au moyen du boycottage, ou en organisant une autre célébration, un "autre Salon" au coeur du Salon du livre, l'objectif est le même : dénoncer l'injustice ! Qui donc pourrait aujourd'hui nous reprocher d'utiliser tous les moyens pacifiques que nous avons à notre disposition ? Les excès des réactions verbales auxquelles nous avons eu affaire prouvent que la violence n'est pas du côté que l'on croit.
Notre silence, dans les pays majoritairement musulmans comme en Occident, est l'une des causes de la violence au Moyen-Orient ! Nous sommes nombreux, et parmi nous des Israéliens et des juifs, à avoir décidé de ne pas nous taire à l'heure où l'on célèbre l'anniversaire d'un Etat qui pratique les assassinats politiques ciblés et affame tout un peuple. Je participerais sans aucune hésitation à des panels de discussions et de débats avec des auteurs israéliens sur des questions littéraires et philosophiques ou encore, par exemple, sur le sens et le droit de critiquer Israël ". |
| |
Rédigé par Ibn Kafka le Lundi 03 Mars 2008 à 07:52 | Permalien | Commentaires (16) |
|
Archives
-
Septembre (0)
-
Août (0)
-
Juillet (0)
-
Juin (0)
-
Mai (0)
-
Avril (0)
-
Mars (0)
-
Février (0)
-
Janvier (0)
|
 Nos photos |
|
|
 Infos XML |
 |
 |
|