Jeudi 27 Mars 2008
|  | Lenin sur la colonisation espagnole au Maroc
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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L'indispensable bloggeur socialiste Lenin's Tomb , particulièrement attentif à tout ce qui touche, l'islam, le Moyen-Orient et le racisme, consacre pour la première fois me semble-t-il un billet au Maroc, et plus particulièrement à la colonisation espagnole du Maroc. L'entame du billet est pas mal: " Supposedly, when Franco was lying on his deathbed, he heard the noise of people gathered outside the window and asked his subordinates what was going on. "It is the people," he was told, "they have come to say goodbye." "Oh," he said, "where are they going?" ".
Dans la foulée d' Aimé Césaire et de Sven Lindqvist (auteur de " Exterminez toutes ces brutes "), le lien idéologique et fonctionnel entre colonialisme et fascisme/nazisme est souligné. Ce n'est pas là une constation révolutionnaire ou islamo-gauchiste: l'historien britannique Michael Burleigh , qui est plutôt très néo-conservateur , avait relevé la parenté dans sa récente et monumentale somme " The Third Reich: a New History ", en se fondant notamment sur des propos de Hitler déclarant s'inspirer de la colonisation britannique des Indes pour son " Drang nach Osten ", son Ostsiedlung et son Generalplan Ost . Même le spécialiste français d'histoire juive Georges Bensoussan, qu'on ne saurait taxer d'antisionisme outrancier, aborde ce lien dans les premières pages de son " Europe, une passion génocidaire. Essai d'histoire culturelle ".
Pour en revenir à Lenin's Tomb, qui s'inspire très largement de l'ouvrage de l'historien britannique Sebastian Balfour " Deadly Embrace: Morocco and the Road to the Spanish Civil War ", que je n'ai pas encore eu le temps de lire, certaines remarques ne valent pas seulement pour la colonisation espagnole du Maroc du début du XXeme - jugez-en:
" Spanish power in Morocco was initially the result of military penetration, on the one hand, and 'peaceful penetration', the injection of capital and particularly of mining capital in the north, on the other. Arising ten years after the defeat of Spain by the United States in Cuba and the Philippines in 1898, known then as the 'Disaster', and in the context of the 'Scramble for Africa', Spain's bid for a resumption of some world power status was frustrated by the manoeuvring of its imperial rivals, England and France in particular, and by the growth of a militant working class and an anti-military culture. Essentially, in negotiations with France in 1909, Spain was permitted a small 'sphere of influence' in the north of Morocco, dominated by the Rif, while France controlled the remainder. Later in 1912, they and the 'international community' agreed that the spheres should become Protectorates, and they awarded themselves the right to intervene militarily. On the face of it, they were committed to defending the rule of the Sultanate - it was pro-sovereignty imperialism - but in reality, the arrival of European troops and commerce both disrupted the delicate balance of tribal society and weakened the already limited grip of political elites. Although the commitment of troops to Morocco stirred mass public opposition, and even led to an anti-war strike in Barcelona when indigenous resistance against mining interests led to a military occupation to pacify the country, it encouraged conservative Catholic constituencies for whom the Reconquest against the Moorish infidel was still a worthy political goal. And, ironically, military disaster seemed to temporarily overcome public scepticism - both in 1909 and in 1921, when resistance inflicted harsh defeats on the Spanish troops, a temporary upsurge in militarism resulted. The political elite, mainly guided by 19th Century Liberalism, oscillated between the 'peaceful penetration' of the neo-colonial business lobby and the strident racialism and conquest policies of the colonial military, tending more and more toward the latter as the situation became more difficult ".
Et ceci sur la gauche républicaine espagnole, guère moins coloniale que les fascistes franquistes:
" The Spanish army undertook a stern enlistment drive among Moroccoans, but while the Nationalists made a careful pitch to the Moroccans, no such effort was made by the Republicans - who might have been expected to liberate the colonies in order to undercut Franco's base. They were so busy trying to put the French and British governments at ease that they could not possibly conceive of stimulating an anti-colonial revolt in the north of Africa. Instead, the Republicans used their airforce to drop shells indiscriminately on Moroccan towns. It should be said that the fascists had no intention of trying to recruit from the anti-colonial rebels, since they knew their chances were slim. The fascist General Mola instead ordered that anyone who had partaken in that rebellion should be arrested. The fascists recruited Moroccans on the basis that they should wage a Holy War for one of the world's great religions against atheists, Jews and Communists who were inherently anti-Muslim. Had the Republicans been anti-colonialists, this would have been exposed as a mirage: but they were not. In fact, the Regulares were used much as they had been in Morocco - to carry out the most dangerous, onerous work, while the Spanish commanders frequently watched from afar. The colonial methods of mass bombardment, repression, summary execution, torture and pacificatory 'total war' had been learned in Morocco and exported to Spain ".
Toute ressemblance avec des pays, des faits et des personnages contemporains etc... |
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Rédigé par Ibn Kafka le Jeudi 27 Mars 2008 à 22:48 | Permalien | Commentaires (18) |
Jeudi 07 Février 2008
|  | Nil novo sub sole
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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Il y au moins un point sur lequel les auteurs et signataires de l'appel pour certaines libertés individuelles seront d'accord avec moi, c'est sur la relativité des bienfaits de la colonisation, en dépit des efforts que déploiera ces prochains jours une éminente personnalité française pour nous convaincre du contraire.
En effet, dans un moment d'ennui indicible, je suis allé divaguer du côté du Code pénal marocain de 1953, donc adopté et mis en oeuvre lors de la bienfaisante action civilisatrice, hélas avortée. Porté par mon intuition, je me suis dit que j'allais vérifier si l'homosexualité n'était pas une infraction pénale à l'époque. " Dis moi pas que c'est pas vrai ", me suis-je dit en lisant l'article 259 dudit Code pénal - sous une terminologie différente, quoique beaucoup plus précise, l'homosexualité était réprimée:
" Article 259 : La sodomie, si elle n'entre dans aucun des cas prévus aux articles précédents, est punie d'un emprisonnement de six mois à trois ans".
Pour les curieux, les articles précédents se rapportent au viol, à l'attentat à la pudeur avec violence et au crime de zina (non défini, mais correspondant aux relations sexuelles hors mariage).
L'actuel article 489 du Code pénal (de 1962) punit donc des mêmes peines - 6 mois à 3 ans d'emprisonnement - les relations homosexuelles, définies cependant plus largement que dans le Code pénal de 1953: sont incriminées les relations impudiques ou contre nature avec un individu de son sexe - la généralité des termes " impudiques " et " contre nature " permet même d'envisager l'incrimination d'actes non sexuels...
Encore un bienfait de la colonisation... |
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Rédigé par Ibn Kafka le Jeudi 07 Février 2008 à 12:47 | Permalien | Commentaires (10) |
Mardi 05 Février 2008
|  | Je vous demande d'applaudir la venue à Casa de Pascal Bruckner, colonialiste non-repenti
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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Le Salon du livre de Casablanca , 14eme du nom (1), sera honoré cette année par la présence de Pascal Bruckner , que des farceurs qualifient parfois de philosophe . Sa venue s'inscrirait dans le cadre de la place d'honneur occupée cette année au salon par la France.
Je dois dire que cette nouvelle, si elle m'exaspère, ne m'étonne guère. Qui au comité organisateur ou au Ministère de la Culture, connaît Pascal Bruckner (ce n'est pas un reproche en soi, sinon qu'une connaissance superficielle de ses oeuvres eût permis d'éviter que soit prêchée en terre marocaine la nostalgie coloniale).
Bruckner - il est peut-être inutile de préciser qu'il collabore au Nouvel Observateur - avait commis, il y a une vingtaine d'années un livre kiplingesque intitulé " Le sanglot de l'homme blanc " (" plutôt modeste dans les analyses et les argumentations mais significatif de tout un mouvement d'opinion ", comme l'a écrit Bernard Ravenel) , dans lequel il vilipendait anti-colonialisme et tiers-mondisme , alors il est vrai plus présents sur la scène intellectuelle qu'aujourd'hui. Il a récidivé il y a deux ans, avec la publication d'un pamphlet intitulé " La Tyrannie de la pénitence - Essai sur le masochisme occidental ", une reprise réchauffée de son opus sanglotant , qu'il va venir dédicacer à ses hordes d'admirateurs marocains. Je vous rassure tout de suite: vos neurones ne seront pas mis à rude épreuve par ce "philosophe" (2), qui croit encore en UN " Occident " et UN " Orient " ou UN " tiers-monde ", blocs granitiques à l'essence irréductible et éternelle, et qui écrit comme si jamais Edward Saïd ou la théorie post-coloniale n'existaient, lui dont les options droitières - pour la guerre d'agression étatsunienne en Irak notamment - tiennent lieu de pensée. Pas de repentance, mais surtout aucune responsabilité - ou comme l'écrit François Burgat, " ce sont les colonisés qui nous ont trahis et non l’inverse ! Ce sont ces ingrats (et leurs enfants devenus Français) qui ont l’insolence de bouder aujourd’hui la Marianne généreuse qui a condescendu à les civiliser ".
Son rejet non seulement de la critique coloniale , mais également son refus à voir le moindre lien entre le passé et le présent (sauf s'agissant de l'islam, où tous les musulmans sont tenus responsables de tout ce qui a pu se faire à un moment quelconque dans un quelconque des pays de culture musulmane), son appel à " l'esprit de résistance " face à l'islam et aux immigrés , ce pourfendeur de l'" immigrationnisme " et du multiculturalisme , chantre remarqué de l'extrême-droite xénophobe suisse , sergent recruteur de la guerre en Irak , partisan de la repentance en Chine , défenseur acharné de l' islamophobe néo-con(ne) Ayaan Hirsi Ali , sniper vigilant de l'islamo-gauchisme, aficionado du gouvernement étatsunien, réfutant le terme même d'islamophobie , admirateur de l'art danois de la caricature (3), tout cela fait de lui, " moraliste anti-totalitaire " et " intellectuel éternel ", un des idéologues de la nouvelle droite, lui qui fût, avec BHL, André Glucksmann et Alain Finkielkraut (dont il est un défenseur inconditionnel ), un " nouveau philosophe " (d'où son succès sur les sites de la droite dure).
Il est particulièrement illustratif d'un courant de pensée liant rejet de la " repentance " coloniale (une repentance imaginaire , au même titre que les oeuvres prétendument subversives de Goldstein dans " 1984 "), critique de l'islam, étatsuno- et israëlophilie et rejet du " communautarisme " (autre épouvantail à moineaux de l'orthodoxie idéologique française), expliquant tant l'antisémitisme - réel et supposé, l'islamisme, le terrorisme , le pacifisme (dans le lexique bruckneresque, c'est un mal: " les manifestations « antiguerre » de 2003 ont été particulièrement néfastes "), la résistance palestinienne , le communisme et l'élimination de la CAN 2008 par la culture: nul besoin de sociologie, d'économie, de sciences politiques, d'anthropologie ou autre billevesées islamo-gauchistes, car tout s'explique par la haine, le ressentiment, la victimisation , la frustration, la violence innée, l'atavisme, la honte, le masochisme (si!) et tutti quanti.
Guère étonnant dès lors que ses mâles intonations guerrières - récemment contre l'Iran - figurent en bonne place sur le site de l'ambassade israëlienne à Bruxelles (4). Car ce nouveau réactionnaire donne corps au lien implicite fait entre des phénomènes aussi différents que la colonisation, l'islam, l'immigration et la résistance palestienne - lien par ailleurs parfois fait de manière tout à fait explicite . Et il est à ce titre louangé dans des sites d'une droite plutôt décomplexée , ainsi que sur des sites d'un sionisme très peu humaniste. Peu étonnant dès lors qu'il fasse partie, avec d'autres camarades de combat, du comité éditorial du Meilleur des mondes , revue politique ouvertement néo-conne.
Voilà donc l'intellectuel remarquable que le ministère marocain (?) de la culture, par le biais du SIEL 2008 - et l'ambassade de France au Maroc - nous convient, dans leur incommensurable sagesse, à mieux connaître, Robert Redeker et Claude Imbert étant sans doute pris par la CAN 2008. Un bien beau moment de dialogue civilisationnel en perspective, que ne manqueront sans doute pas de louer nos plumitifs nationaux. Amusant en tout cas de voir un pourfendeur de la prétendue " haine de soi " - en Occident - venir inciter les Marocains à pratiquer ce qu'il dénonce...
Ah, au fait, Bruckner a bien une qualité aux yeux des organisateurs du SIEL 2008 - il aime bien feu Hassan II, qu'il cite dans Tribune juive : " le rejet d’Israël est l’aphrodisiaque le plus puissant des musulmans ".
(1) Sur le site du Ministère de la culture, la page relative au SIEL n'a pas été mise à jour depuis 2007, et ce, à quatre jours de l'ouverture du SIEL 2008 ...
(2) Une facilité de langage, assurément, car ce n'est pas en écoutant de la musique que l'on devient musicien...
(3) " La seule chose qu'on puisse reprocher à ces dessins, ça n'est pas leur mauvais goût, c'est, hélas, leur vérité, et qu'ils sont moins des caricatures que des portraits très ressemblants d'un prophète qui fut aussi un chef de guerre sanglant, et tua, sans scrupule, au nom de la vraie foi ".
(4) " De nos jours, la peur aime à se camoufler sous l'alibi de la sagesse. Depuis des mois, le régime de Téhéran menace l'Europe de ses foudres si celle-ci ne rompt pas avec l'État d'Israël et n'embrasse pas la religion du Prophète Ahmadinejad, l'apocalyptique, ne fait pas mystère de ses intentions : construire la bombe atomique pour dominer la région, éradiquer l'État hébreu et voir prédominer sa conception de l'islam.
Face à cela, nos dirigeants continuent à prôner un dialogue qui tourne à la farce puisque Téhéran poursuit sa politique d'enrichissement de l'uranium et se moque bien de nos sanctions jamais appliquées ". |
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Rédigé par Ibn Kafka le Mardi 05 Février 2008 à 22:47 | Permalien | Commentaires (22) |
Lundi 31 Décembre 2007
|  | Sarkozy, l'homme du discours de Dakar, souhaite une politique de civilisation
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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Coincé devant la télé, j'ai regardé la cérémonie des voeux présidentiels , ayant entendu que Sarkozy promettait la rupture et me demandant s'il allait discourir habillé en chanoine , faire venir Rachida en bas résille ou porter un casque colonial . Finalement, la dernière supputation était assez proche de la réalité.
Tout d'abord, je tiens à relever une formule qui m'a rendu le reste du discours franchement ridicule: " Alors, que la France montre la voie - c'est ce que depuis toujours tous les peuples du monde attendent d'elle ". " Depuis toujours ", " tous les peuples " - je ne sais pas pour tous les peuples, mais ceux que je connais bien - à l'exception peut-être de la frange bourgeoise francophone du peuple marocain - n'ont certainement pas le regard braqué vers la France, et n'en attendent pas plus qu'ils n'attendent de la Suède, du Canada ou de l'Allemagne. Je comprends bien que ça flatte l'égo français, mais c'est tellement peu crédible pour un étranger que ça rend le reste du discours risible. Mais on me rétorquera à juste titre que ce discours est pour consommation locale...
Dans la même partie de l'allocution, l'homme du calamiteux discours de Dakar , saturé de nostalgie coloniale , a évoqué sa "politique de civilisation" - un terme connoté, pour utiliser un euphésmisme, et qui colle parfaitement avec la création d'un ministère de l'identité nationale - pour une politique qui prétend viser l'avenir et l'exemplarité internationale, ça fleure bon soit le casque colonial , soit les chemises brunes, selon les références de chacun...
Par ailleurs, un petit coup de chapeau au blog " Le petit lexique colonial ", que je viens de découvrir. |
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Rédigé par Ibn Kafka le Lundi 31 Décembre 2007 à 20:34 | Permalien | Commentaires (7) |
Dimanche 30 Décembre 2007
|  | Il y a cent ans: boucherie à Casablanca après un bombardement de la marine française
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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Le quotidien de l'Istiqlal L'Opinion rappelle opportunément, sous la rubrique " droit de mémoire ", le bombardement de Casablanca par la marine française, qui eut lieu du 5 au 7 août 1907, qui fit entre 600 et 7.000 victimes marocaines (1), principalement civiles, et qui fût le prélude au débarquement de troupes françaises et espagnoles dans la ville. Ce rappel vient à l'occasion de la parution de l'ouvrage en arabe « Intervention étrangère et résistance, les événement de Casablanca de 1907 » (Editions Afrique-Orient, Casablanca, 2007) de l'historien marocain Allal Lakhdimi.
Le prétexte invoqué pour cette agression avait son siège dans les travaux publics entrepris par les puissances européennes au Maroc en vertu de l' Acte d'Algéciras de 1906. La société Compagnie marocaine, société française en dépit de son nom, travaillait à l'extension du port de Casablanca, et ses travaux passaient à travers un cimetière musulman - citons Jean Jaurès : " la voie ferrée destinée à rejoindre les travaux du port, de la rade à la carrière d'où la pierre était extraite, a été pratiquée à travers un cimetière musulman - M. Bourdon l'affirme pour l'avoir vu - , les ossements marocains sortent des talus des tranchées et il constate que cette violation de sépultures marocaines par des étrangers à produit dans ce peuple la plus douloureuse émotion " (2).
Allal Lakhdimi estime plutôt que c'est l'occupation d'Oujda par la France qui incita les tribus de la Chaouïa à intensifier leur résistance à l'invasion française:
" Un médecin diplomate a été tué à Marrakech le 19 mars 1907 et Oujda est occupée le 29 mars, soit dix jours après. Un vent d’incitation à résister à l’envahisseur était à l’œuvre. Une délégation des tribus est venue pour annoncer que si les Français ne se retirent pas de Casablanca et n’arrêtent pas leur activité au port, les tribus prendront l’initiative d’agir. Officiellement, les autorités locales de la ville ont rapporté l’information aux autorités centrales. Mais les solutions se sont fait attendre. Les tribus ont agi de la manière qu’elles voyaient la meilleure, c’est-à-dire arrêter les activités des français par leur propres mains. Ils ont donc chassé les contrôleurs financiers français et ont suspendu les travaux au port. Au cours de ces interventions, il y a eu des victimes de part et d’autres : des Marocains tués ainsi que des ouvriers européens ".
Il estime que si l'épisode de la profanation des sépultures du cimetière musulman de Sidi Belyout a pu être un élément déclencheur, c'est en fait la volonté marocaine de refouler un envahisseur étranger qui était à l'oeuvre:
" Il y a eu aussi les travaux de la voie ferrée passée à travers les tombes du cimetière de Sidi Belyout qui a suscité la révolte des habitants... On a fait mention de ça pour monter en épingle la version de la religion et du fanatisme. Des faits avérés existent, la voie ferrée est passée en effet par le cimetière sans respect des tombes. Mais c’est trop simplificateur de faire de ces faits une question de fond. Sur ce chapitre justement, la question de fond c’est que le train a été considéré par les habitants de la Chaouia et les Marocains en général comme un instrument de pénétration des Français, considérés comme des occupants, vers des zones comme Berrechid, Settat et Marrakech. C’est une erreur de sous-estimer la conscience chez les Marocains de cet aspect des choses. Le fait de ne pas respecter les sépultures, peut-être que cela a été un élément mais un élément marginal sans plus, pas principal. Ce qui est par contre bizarre, c’est que certains journaux français et même des écrivains ont considéré que les Marocains sont surpris, effrayé par le sifflement du train. Tous les journaux l’ont écrit et cela été répété comme une vérité. On s’est dit que le peuple a considéré le sifflement du train comme quelque chose de satanique. Pourtant, beaucoup de Marocains allaient en pèlerinage à la Mecque bien avant cette période, avaient entendu la sirène du bateau, avait vu des trains. La réalité c’est comme si on refuse, côté français qu’il y ait une conscience chez les Marocains du danger imminent de l’occupation. Il y avait pourtant une pression forte et claire sur le Makhzen et un peuple qui veut résister. Donc, l’élément capital et déterminant c’est les contrôleurs financiers et, un mouvement de résistance contre la présence française dans la Chaouia couvait et se préparait, d’autant que les Européens et leur protégés avaient main mise sur les richesse céréales, cheptel etc "
Des échauffourrées se produisirent, qui dégénerèrent en affrontements armés - la Chaouïa était un foyer de résistance à la colonisation étrangère - faisant neuf morts parmi le personnel européen de la Compagnie marocaine. Le prétexte pour une intervention française à Casablanca, et une occupation militaire de la ville, était ainsi tout trouvé. Le diplomate français Henri Cambon se félicita ainsi de ce " hasard providentiel " qui fournissait à la France l'occasion, " au prix modique de neuf victimes dont quatre françaises, de prendre pied sur un sol intangible " (3). Rappelant le rapport de force entre agresseur et agressé des guerres coloniales contemporaines en Palestine et en Irak, les forces d'invasion françaises eurent à déplorer deux morts, et aucun "Européen" résidant à Casablanca ne fût tué pendant les trois jours - 5, 6 et 7 aoüt du bombardement et débarquement français à Casablanca (4).
Profitant de la dévastation et du massacre causé par le bombardement français, des tribus avoisinantes se lancèrent dans une course au pillage et aux enlèvements, faisant trente morts parmi la communauté juive et un nombre inconnu parmis les musulmans.
Concluons par un extrait de l'ouvrage du journaliste français de l'époque, Georges Bourdon, "Les journées de Casablanca" (1908):
" Ce que j’ai vu est indescriptible. C’est une boucherie des plus horribles, que l’on puisse imaginer. Souvenez-vous du camp des mercenaires dans " Salammbô", imaginez les cadavres jonchant le sol, les mouches qui se bousculent, pour trouver un endroit sur les corps, les odeurs nauséabondes des cadavres ? Oui je les ai vus et sentis. Après le déluge des bombes de l’escadrille, c’est au tour des légionnaires de débarquer, pour terminer le travail. Ils ont semé la terreur au sein des populations qui n’ont pu fuir, un massacre collectif des marocains musulmans et juifs s’en suivit, une vraie razzia sur les personnes et les biens pris dans la tournure d’un carnage ! "
Pour ceux qui voudraient en savoir plus, vous aurez un compte-rendu de la campagne militaire française d'invasion et d'occupation de la Chaouïa par le capitaine Grasset, " A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de Casablanca (1907-1908) ", paru en 1911 et disponible gratuitement en pdf chez Gallica - ne vous attendez pas à y trouver une autocritique éxagérée cependant...
Tel Quel a consacré quelques lignes et images au bombardement de Casablanca, et l'inestimable site Maroc Antan contient un riche fonds photographique, dont près d'une vingtaine de photos et cartes postales consacrées à cet événement.
Enfin, un blog est spécifiquement consacré à l'invasion et occupation française de la Chaouïa - mais je dois dire que je ne partage pas du tout l'accusation de génocide qui y est formulée à cet égard - on peut sans aucun doute, même si ces notions sont anachroniques (5) - parler de crimes de guerre voire de crimes contre l'humanité, mais en aucun cas de génocide - néanmoins, il semble à première vue que les articles 25 à 28 de la Convention de La Haye concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre (et son Annexe: Règlement concernant les lois et coutumes de la guerre sur terre) du 28 juillet 1899 aient été enfreints par l'armée française.
PS: Je vois que Maroc Pluriel a eu le même réflexe que moi.
PPS: Pan sur le bec, comme dirait Le Canard enchaîné! Al Maghribi du blog Maroc Pluriel me rappelle que "la parution de son ouvrage "a tadakhol al ajnabi wa al mo9awama bi al Maghribn, 7aditat a dar ala Baida wa i7tilal chaouia" [date de] 1994 et c'était déjà la 2eme édition. Je posséde ce livre qui a été edité par Afrique/Orient. C'était sa thèse qu'elle a soutenu en juin 1985 sous la direction de l'historien Marocain Germain Ayache". Merci!
(1) Cette estimation émane pour partie de l'éminent et regretté historien français Charles-André Julien, dans son magistral ouvrage " Le Maroc face aux impérialismes 1415-1956 ", Editions Jeune Afrique, Paris, 1978, p. 73 - il estime les pertes marocaines entre 600 et 1.500 morts. L'historien marocain Allal Lakhdimi estime quant à lui les pertes marocaines à 7.000 morts, d'après des documents internes du makhzen de l'époque
(2) Propos tenus par Jaurès à la tribune de l'Assemblée nationale le 27 mars 1908, cités dans Julien, op. cit., p. 73.
(3) Cf. Julien, op. cit., p. 73.
(4) Cf. Julien, op. cit., p. 74.
(5) La réglementation juridique des opérations militaires ne date pas des Conventions de Genève de 1949, mais leur est bien antérieure . Les notions spécifiques de "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" sont cependant postérieurs au bombardement de Casablanca de 1907. |
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Rédigé par Ibn Kafka le Dimanche 30 Décembre 2007 à 00:58 | Permalien | Commentaires (5) |
Samedi 13 Octobre 2007
|  | 'J'en connais qui devraient plutôt être heureux d'avoir été colonisés'
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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Tiré de l'ouvrage "François" (Editions du Seuil, 1997, page 119), de la journaliste suédoise Christina Forsne, qui fût, soyons délicats, une amie de François Mitterrand:
" François s'énerve. "J'en ai par-dessus la tête de tous ces discours sur les dommages de la colonisation, sur la dette que nous devrions payer pour l'éternité. Ecoute: j'en connais qui devraient plutôt être heureux d'avoir été colonisés. Où en seraient-ils maintenant, sans cela? La décolonisation a bouleversé bien des choses, c'est vrai, mais peu à peu les Français apprendront à porter un regard plus nuancé, plus équilibré sur l'histoire qui les a menés ici et qui les en a fait partir. Non, tous les malheurs de ce continent ne peuvent nous être imputés... ".
Qui a dit qu'en France, droite et gauche ne pouvaient se mettre d'accord sur les fondamentaux?
Pour ceux qui étaient trop jeunes à l'époque, François Mitterand fût un homme politique français de gauche qui fût fonctionnaire à la Légion française des combattants et des volontaires de la Révolution nationale sous Vichy, ministre de la justice alors que la République guillotinait des résistants algériens et président de la République au moment de la fusillade de la grotte d'Ouvéa et du génocide rwandais . Ce fût un grand homme de gauche. |
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Rédigé par Ibn Kafka le Samedi 13 Octobre 2007 à 20:56 | Permalien | Commentaires (12) |
Dimanche 07 Octobre 2007
|  | Les bienfaits matériels de la colonisation française au Maroc
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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En feuillettant l' Annuaire statistique de la zone française du Maroc (1949), émanant du " gouvernement chérifien, service central des statistiques ", on y trouve moult confirmations de ce que la colonisation fût une félicité - de trop courte durée, hélas - pour le Maroc en général et les Marocains en particulier.
Reportez-vous par exemple à la page 13, qui récapitule la composition nationale et ethnique de la population au Maroc (zone française exclusivement, et donc pas les zones espagnoles du Nord, de Tarfaya, d'Ifni ou du Rio de Oro, ni la zone internationale de Tanger). Selon le recensement de 1947, le Maroc comprenait 8.617.400 habitants, dont 8.088.600 Marocains musulmans (93,86% de la population totale), 203.800 Marocains israélites (2,36% de la population totale), 266.100 Français (dont un nombre substantiel d'Algériens, sujets français à l'époque - 3,09% de la population totale), 28.100 Espagnols (0,33%), 14.400 Italiens (0,17%) et 16.400 étrangers d'autres nationalités, principalement européennes (0,19%).
Page 189, nous voilà arrivés au registre du commerce, dont les statistiques sont édifiantes: sur 46.704 commerçants inscrits en 1949, 16.057 (34,38%) étaient marocains (cette fois-ci, les statistiquent ne font pas de distinction confessionnelle), 21.656 (46,37%) étaient français, 3.003 (6,43%) espagnols et 2.528 (5,41%) italiens, le reste (3.460, soit 7,41%) étant de diverses autres nationalités étrangères.
Page 213, voyons la composition des effectifs des chemins de fer marocains. Au 31 décembre 1949, sur 433 postes de direction, 147 (33,95%) étaient tenus par des Marocains et 286 (66,05%) par des étrangers. Pour les postes d'exploitation, 1.325 (42,52%) des 3.116 employés étaient marocains, et 1.791 (57,48%) étrangers. Pour les postes "matériel et traction", 1.228 (50,89%) Marocains sur 2.413 postes (les étrangers, au nombre de 1.185, représentant 49,11% du total de cette catégorie). Enfin, le personnel de voie était majoritairement marocain - 2.309 (80,20%) sur 2.879, seulement 570 (19,80%) étrangers. Au total, les étrangers (3,78% de la population totale) avaient 3.832 postes (43,49%) sur 8.811.
Page 229, on apprend que les postes récepteurs de TSF (radio) étaient au nombre de 108.745 en 1949, dont 64.024 (58,87%) détenus par des étrangers (européens), 36.853 (33,89%) par des Marocains musulmans et 7.868 (7,23%) par des Marocains israélites.
Page 245, ce sont les statistiques foncières qui attirent l'attention. Sur les 26.557 propriétés urbaines enregistrées à la date du 31 décembre 1949, 12.972 (48,85%) représentant une superficie de 7.416 hectares (52,14%) étaient détenues par des Français, 3.216 (12,11%) représentant 1.411 hectares (10,88%) étaient détenues par d'autres étrangers tandis que les Marocains (sans distinction de confession cette fois, les statistiques coloniales étaient erratiques sur ce point) détenaient 10.369 propriétés (39,04%) représentant 5.396 hectares, soit 37,94% de la superficie totale des propriétés urbaines immatriculées.
Pour les propriétés immatriculées en zone rurale, les Français en détenaient 11.170 sur 42.943 (soit 26,01%) représentant 736.194 hectares (45,11% de la surface totale des propriétés rurales immatriculées), les autres étrangers 1.417 (3,30%) représentant 33.557 hectares (2,06% du total des propriétés rurales immatriculées), tandis que les Marocains détenaient 30.356 propriétés rurales (70,69%) représentant 862.392 hectares (52,84%).
Au total, zones urbaines et rurales confondues, les Français détenaient 24.142 propriétés sur 69.500 (34,74%) représentant une superficie de 743.610 hectares (45,17%), les autres étrangers détenaient 4.633 propriétés (6,67%) avec une superficie de 34.968 hectares (2,12%), tandis que les Marocains détenaient 40.725 propriétés (58,60%) pour une superficie de 867.788 (52,71%).
Si on se penche sur la valeur des propriétés immatriculées (page 246), la valeur des titres établis par la conservation foncière durant le courant de l'année 1949 était, zones urbaines et rurales confondues, de 1.605.000.000 de francs d'époque pour les propriétés détenues par des Français (66,07% de la valeur totale des titres établis en 1949), 122.000.000 de francs pour les titres détenus par d'autres étrangers (5,02%) et 702.000.000 de francs (28,90%) pour les titres détenus par des Marocains. Les achats de propriétés immatriculées opérées par des Français s'élevaient (page 247) à 5.850.000.000 de francs (66,83% du montant total des achats de propriétés immatriculées en 1949), celles opérées par d'autres étrangers à 483.000.000 de francs (5,52%) tandis que celles opérées par des acheteurs marocains 2.420.000.000 de francs (27,65% du total des achats en 1949).
Paradoxalement, les contribuables marocains contribuèrent de très loin le plus aux impôts ruraux en 1948 et en 1949 (page 289), avec 3.402.300.000 de francs d'impôts payables en 1948 (90,17% du total) contre 370.700.000 de francs payables par les propriétaires terriens étrangers (9,83% du total), les chiffres de 1949 étant peu ou prou identiques (89,68% du montant total de l'impôt rural était payable par des Marocains).
Pages 274 à 277, c'est le récapitulatif des accidents du travail qui est détaillé: sur les 1.065 accidents de travail mortels ayant eu lieu entre 1946 et 1949, 873 concernaient des Marocains musulmans (retour de la distinction confessionnelle), soit 81,97% du total des accidents répertoriés ces années-là, 22 des Marocains israélites (2,06%), 131 des Français (12,30%) et 39 d'autres étrangers (3,66%).
Quand je pense à tant d'ingratitude vis-à-vis de la bienfaisante colonisation, je ne vous cache pas avoir honte d'être marocain... |
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Rédigé par Ibn Kafka le Dimanche 07 Octobre 2007 à 22:44 | Permalien | Commentaires (19) |
Dimanche 29 Juillet 2007
|  | The White Man Goes to Senegal
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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Christopher Hitchens a au moins l'excuse de son taux d'alcoolémie; Sarkozy, buveur d'eau malgré quelques doutes à ce sujet, ne l'a pas pour son discours d'un autre âge à l'université de Dakar. Une longue enfilade de perles essentialistes et paternalistes, qui n'auraient pas dépareillé dans une allocution du gouverneur général de l'Afrique occidentale française. L'accueil du public étudiant dakarois, et aussi de certains bloggeurs , a été en conséquence .
Florilège:
" Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères " - sur ce point, je serais plutôt d'accord avec lui: je ne crois pas à la responsabilité collective, encore moins à titre héréditaire.
Puis:
" Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.
Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.
Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.
La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution ".
Cette comptabilité, passif/actif, est assez intéressante - on notera que Sarkozy ne l'a pas osé dans son passge, quelques paragraphes plus tôt, sur l'esclavage. On peut se demander s'il l'appliquerait à d'autres périodes de l'histoire contemporaine française, même si certains commentateurs estiment qu'il est aussi mal à l'aise pour ces périodes-là. On rajoutera que l'incapacité à reconnaître sans ambages ni restrictions le caractère criminal de la colonisation rapproche le gouvernement français - je dirais même l'élite politico-médiatique française - du gouvernement japonais , qui a également un mal fou à reconnaître et assumer sans ambages ni restrictions les crimes de son armée en Asie de 1937 à 1945. Je le répète pour la énième fois, la dénonciation française de la " repentance ", portée par le président de ce pays, ne me semble avoir aucun parallèle dans d'autres pays européens - même si la gène australienne et étatsunienne à évoquer officiellement l'extermination des populations autochtones peut aussi s'en rapprocher.
On se demandera enfin combien de kilomètres d'autoroutes, de mètres carrés de salles de classe ou de dispensaires de santé doivent être construits pour chaque indigène de tué, de violée, de torturé - quel est le cours de la vie humaine selon la comptabilité de Sarkozy, qui revient à chosifier l'indigène? Le raisonnement rappelle le " bilan globalement positif " que tirait le regretté Georges Marchais, défunt secrétaire général du PC français, de l'avènement du communisme en URSS, opinion qui lui fût vertement reprochée, et de façon brillante par Jean Ferrat ...
" La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur " - Aimé Césaire disait autre chose : " Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en gardechiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production "...
Puis vient l'apothéose, qui aurait eu toute sa place dans les manuels de sociologie coloniale destinés aux administrateurs coloniaux et autres officiers des affaires indigènes, ou dans un discours sur l'Afrique de Victor Hugo, républicain, humaniste et colonialiste (2):
" Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.
Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.
Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir (1). Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.
Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là ".
Les commentaires sont superflus, sauf peut-être "tissu de conneries", pour guider les mal-comprenants. Quoique la conclusion de l' éditorial de Sylvie Chalaye dans Africultures - qui ne traite pas de ce discours - ne serait pas mal non plus: " “Le Noir est la dernière grande superstition de l’homme blanc ” dit Négus dans Cette vieille magie noire de Koffi Kwahulé. Or, il faut en effet sortir de la superstition pour entrer dans l’espace de la connaissance. Et ne dit-on pas en France “ ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ” ? ".
Et voilà donc ce que pense le chef de l'Etat français de 2007, près de cinquante années après la décolonisation. Ca rend optimiste, non?
Je salue au passage les plumes libres de la presse sénégalaise qui ont réagi avec verve (la presse gouvernementale, par contre , rappelle plus la pitoyable histoire des tirailleurs ...), contrastant avec les robinets d'eau tiède ouverts à pleines vannes quand la presse francophone marocaine se sent contrainte de commenter l'obsession coloniale de Sarkozy. La presse sénégalaise s'est même offerte le luxe de donner une belle leçon de déontologie journalistique à ses confrères français, chose qui, il est vrai, n'est pas hors de portée...
(1) Et pourtant, le juriste gabonais Joseph John-Nambo relève, dans son étude " Quelques héritages de la Justice coloniale en Afrique noire ", à propos de l'univers juridique traditionnel africain, que " l’univers traditionnel est un univers où l’avenir est créé par la société elle-même " - sans doute un repentant extrémiste...
(2) Voir " Regards sur la colonisation de l’Afrique et du Congo ", du chercheur luxembourgeois Frank Wilhelm, qui écrit, au sujet de la vision coloniale de l'histoire telle qu'elle ressort notamment du discours précité de Victor Hugo: " On y trouve certaines des idées convenues de son temps, comme : « l’Afrique n’a pas d’histoire » ". Cette dernière citation est tirée du " Discours sur l'Afrique " du 18 mai 1879 de Victor Hugo. On peut en savoir plus sur Victor Hugo et la colonisation de l'Algérie ici . L'anti-esclavagisme, incontestable chez Hugo, allait à l'époque de pair avec l'idéologie coloniale - la colonisation du Congo belge fût ainsi justifiée par la nécessité de lutter contre l'esclavagisme "arabe"... |
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Rédigé par Ibn Kafka le Dimanche 29 Juillet 2007 à 23:08 | Permalien | Commentaires (1) |
Vendredi 13 Juillet 2007
|  | Apartheid et politique coloniale française
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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La dernière page du Monde contient une rubrique récurrente, reprenant un résumé d'un article marquant du Monde du même jour d'il y a cinquante ans. Le Monde daté du vendredi 13 juillet contient un petit extrait que je vous livre sans commentaires:
" Venant de Londres où il représentait M. Strijdom à la conférence du Commonwealth , M. Loüw , ministre sud-africain des affaires étrangères, tint à démentir formellement qu'une quelconque répugnance à y siéger aux côtés de M. Nkrumah ait pu être la cause de l'absence du premier ministre. Questionné sur la future représentation diplomatique de l'Afrique du sud au Ghana, M. Loüw précisa qu'elle ne saurait être organisée avant un certain temps, ne serait-ce que pour accoutumer l'opinion publique européenne de son pays à l'idée de reçevoir des diplomates noirs.
Précisément, M. Eric Loüw a tenu à s'entretenir avec M. Gérard Jaquet (1), ministre de la France d'outre-mer, des questions d'intérêt commun à l'Union sud-africaine et à la France au sud du Sahara. C'est peut-être cette conversation qui l'amenait à définir ce matin devant les journalistes le but ultime de la politique d'apartheid comme une formule du type appliqué en Afrique française aujourd'hui: autonomie de territoires bantous séparés, le gouvernement sud-africain conservant l'exercice de la souveraineté, la défense, les finances, etc (2). M. Loüw tint à rappeler que cette politique d'apartheid avait été celle de tous les gouvernements sud-africains: "Nous sommes déterminés, précisa-t-il, à ce que le pouvoir politique en Afrique du Sud reste entre les mains des Blancs. Mais il n'y a pas d'oppression pour autant" ."
(1) Ministre socialiste, il faut le préciser...
(2) L'article du Monde, publié le 13 juillet 1957, décrivait le statut applicable aux colonies au sein de l' Union française , en vigueur de 1946 à 1958. L'Union française fût à cetter dernière date remplacée par la Communauté , qui périclita rapidement avec l'indépendance de la grande majorité des colonies françaises d'Afrique en 1960. |
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Rédigé par Ibn Kafka le Vendredi 13 Juillet 2007 à 13:28 | Permalien | Commentaires (6) |
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