On ne lit pas assez la presse algérienne au Maroc - non, je ne compte pas parler des récurrentes commandes téléguidées par "
the powers that be " contre le Maroc, mais
d'un autre journaliste algérien que j'apprécie -
Abed Charef , auteur d'une bonne chronique des premières années de la récente guerre civile algérienne - "
Algérie, autopsie d'un massacre " (1). Dans
sa dernière chronique dans le Quotidien d'Oran, il revient sur le
boycott du
Salon du livre de Paris , qui avait jugé important de célébrer Israël en ce soixantième anniversaire de cet Etat, créé sur les vestiges de la nation palestinienne, colonisée depuis.
Il revient particulièrement sur les positions diamétralement opposées de Boualem Sansal (il y a quelques temps que je souhaitais parler de cet energumène), écrivain algérien en France, et de Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine là-bas, par rapport au boycott du Salon du Livre.
Tout d'abord, Boualem Sansal:
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Le premier, écrivain à succès, a découvert un fond de nazisme dans la violence qui domine la gestion des relations sociales au sein de la société algérienne. Du mouvement national, qui aurait offert le refuge à des anciens SS et autres officiers de la Wehrmacht, à la violence des années 1990, qui aurait elle aussi des racines dans une volonté de purification, Boualem Sansal a tissé un roman qui l’a définitivement introduit dans un autre monde politique et culturel. Il fréquente philosophes et grands penseurs, il a droit à des articles dans des revues prestigieuses, et il est très à la mode dans des milieux naguère considérés dans le monde arabe comme sionistes ".
Ensuite, Mohamed Chérif Abbas, ministre antisémite non-repenti:
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De son côté, Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine, constitue une sorte de preuve que Sansal a raison. Ses propos, tenus à la veille de la visite de Nicolas Sarkozy en décembre dernier à Alger, lui ont assuré la célébrité. L’Algérie, anti-juive et raciste, décrite par l’écrivain, est là, dans les propos du ministre. L’intolérance de la société algérienne, et par extension celle de la société arabe et musulmane, est publique et officielle. Impossible de l’occulter. La déclaration de M. Mohamed Chérif Abbas a fait le tour du monde, grâce notamment à l’internet. Elle est désormais sur la célèbre encyclopédie en ligne Wikipédia.
Que disait exactement M. Mohamed Chérif Abbas dans cette fameuse interview à un quotidien algérien ? Ceci : « Vous connaissez les origines du président français et les parties qui l’ont amené au pouvoir. Saviez-vous que les autorités israéliennes avaient mis en circulation un timbre à l’effigie de Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale ? Le gouvernement d’ouverture que dirige M. Sarkozy, qui a vu plusieurs personnalités de gauche rejoindre un gouvernement de droite, soulève plusieurs interrogations, comme pourquoi Bernard Kouchner a décidé de sauter le pas. Cela ne s’est pas fait pour des croyances personnelles. Ceci était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France ». Comme dans un mauvais feuilleton, M. Mohamed Chérif Abbas avait contraint le Président Abdelaziz Bouteflika à téléphoner à Nicolas Sarkozy pour présenter ce qui s’apparente à des excuses. Les adversaires du ministre l’avaient violemment attaqué, et Bernard Kouchner l’avait publiquement humilié. Ses propres amis, ceux qui étaient eux aussi convaincus que Nicolas Sarkozy est effectivement un produit du lobby juif, avaient amicalement reproché au ministre ses propos, estimant que toute vérité n’est pas bonne à dire ".
Abed Charef embraye ensuite sur la question du boycott:
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Survient alors la question du boycott. M. Mohamed Chérif Abbas ne se rendra évidemment pas au Salon du livre de Paris. Tout comme les écrivains et éditeurs de la plupart des pays arabes. Ceux-ci ont avancé des arguments de plusieurs types : non-reconnaissance pure et simple d’Israël, refus d’une manifestation glorifiant les écrivains d’un pays qui continue le massacre en Palestine, absence des écrivains palestiniens vivant en Israël, etc. Les argumentaires sont très variés, et le célèbre Tarik Ramadhan s’y est mêlé à son tour, appuyant le boycott du Salon du livre de Paris et celui de Turin, en Italie. Arguments religieux ? Non, philosophiques, dit-il. Il a précisé qu’il ne conteste pas l’existence d’Israël, ni son droit d’avoir une littérature, mais soutient que le boycott est une décision légitime.
Cet apport en faveur des partisans du boycott n’a pas changé le rapport de forces. Les amis d’Israël restent surpuissants, avec une force de frappe redoutable. Quand Israël fait la guerre, les généraux prennent les leviers. Mais quand Israël fait de la culture, les pacifistes prennent le relais. C’est David Chemla, le président de l’association « La Paix maintenant », un véritable label pour les pacifistes du monde entier, qui a été choisi pour répondre à Tarik Ramadhan . Le boycott, lui dit-il, est un non-sens. Et il accuse Tarik Ramadhan de dénier à Israël « le droit à un territoire, le droit à une langue et à une identité ».
Que restera-t-il du duo constitué par Mohamed Chérif Abbas et Boualem Sansal ? Le premier a eu droit à un traitement très dur, mais une partie des Algériens le considèrent comme leur porte-parole. Le second est considéré comme un révisionniste au sud de la Méditerranée, comme un homme éclairé au nord de la Méditerranée. Chacun a fait son choix. Cela ne veut pas dire qu’un choix est toujours respectable. Faire l’histoire ne signifie pas forcément qu’on écrira les livres d’histoire. Inversement, écrire des livres ne signifie pas qu’on fait l’histoire ".
Je vous le disais, certains titres algériens valent le détour...
PS: Je n'oublie pas notre
Mouna Hachim nationale, dont
la dernière chronique est consacrée - entre autres - à l'application par le Gabon du principe de réciprocité en matière d'expulsion de Français en situation irrégulière.
(1) Je vous conseille d'ailleurs la lecture de l'étude "
WANTON AND SENSELESS? THE LOGIC OF MASSACRES IN ALGERIA " de
Stathis N. Kalyvas . Vous trouverez d'ailleurs une foule de documents et d'études passionnants sur
le site du tribunal permanent des peuples consacré à la guerre civile algérienne .