C'est la saison des appels (et je ne compte pas
l'appel citoyen de 2005 , déjà
critiqué à l'époque): après
celui de
moul traktor en faveur de la refondation de la scène politique marocaine, il y a eu
celui d'Ahmed Benchemsi de Tel Quel et de Khadija Rouissi -
nouvelle alliée de
moul traktor (1) - pour "
les libertés individuelles ". Il semble planer une malédiction sur ces appels: vous vous rappelez sans doute du
calamiteux appel lancé - officiellement - par Abdellatif Laabi (et émanant en fait du PPS et de quelques ministres et membres de la coalition gouvernementale sortante de Driss Jettou), lancé une semaine à peine avant les élections du 7 septembre, clairement dirigé contre les islamistes tout en restant allusif quant au groupe islamiste réellement visé: le
PJD ,
Al adl wal ihsan , la Salafia jihadia, et qui n'eut aucun effet concret?
L'appel de Benchemsi et consorts (2) est axé sur les questions de moeurs et de liberté religieuse. On relève déjà que son intitulé est donc inexact: ce ne sont pas "
les" libertés individuelles qui y sont défendues, mais certaines d'entre elles seulement, celles qui seraient menacées par des "
campagnes de stigmatisation religieuse, suscitées et relayées par divers groupes intégristes ". On le voit, pas question ici d'évoquer
les prisonniers d'opinion du 1er mai , les
avocats radiés de Tétouan , les
insuffisances entourant le régime des écoutes téléphoniques,
l'interdiction de conférences de presse, la
violation endémique du droit par l'administration, les
nombreuses atteintes à la
liberté de la presse, la
privation de facto du droit de vote des MRE - sans parler du
sort terrible des migrants subsahariens, des
arrestations massives de sympathisants d'Al adl wal ihsan, des
violences policières massives contre des
manifestants pacifiques , des violences policières
de pure routine , de l'
impunité en cas de violations des droits de l'homme, de la
torture des suspects dans des
affaires de terrorisme (torture dont l'expertise marocaine pousse les pays occidentaux à lui
sous-traiter ce type d'interrogatoires de suspects entre leurs mains) et encore moins des sujets sociaux tels que
la situation des petites bonnes ou
le traitement des émigrés clandestins mineurs. Je ne parle même pas non plus de cette violation grave des droits de l'homme que constitue la corruption au sein de l'administration, qui n'est
peut-être pas étrangère à la
mort de 18 personnes dans l'effondrement d'un immeuble il y a peu à Kénitra. Et je passe sous silence
l'entretien récemment accordé par Khadija Ryadi, présidente de l'
AMDH , dans lequel elle détaille la liste des
détenus politiques au Maroc.
Masquant son intention réelle - critiquer vivement l'islamisme - l'appel s'affiche comme cherchant à défendre "
les " libertés individuelles -réduites dans l'entendement de ses auteurs à celles menacées par les "
islamistes ", groupe indisitinct allant sans doute de
Rachid Nini à
Abou Hafs dans l'esprit des rédacteurs de l'appel, islamistes d'ailleurs qualifiés d'"
intégristes", d'"
inquisiteurs", et "
propagateurs de haine". Etrangement, alors que les violations des libertés dénoncées par les signataires de l'appel - criminalisation de l'homosexualité, du prosélytisme non-musulman entre autres - sont pourtant le fait du législateur - et ce depuis 1962, année d'adoption du Code pénal, et des institutions policières et judiciaires, seuls les intégristes sont pris à partie. Si l'Etat est interpellé, c'est notamment pour... réprimer encore plus durement les islamistes. Pour ceux qui vivraient sur une autre planète, si le PJD et deux autres petits partis islamistes ont pignon sur rue, leur légalisation pleine et entière a mis une dizaine d'années, et le principal concurrent du PJD dans l'islam politique,
Al adl wal ihsan , a subi l'arrestation de centaines de militants
ces deux dernières années . Pendant ce temps, les terroristes islamistes, les vrais, ont subi
tortures et procès inéquitables après le 16 mai 2003. Et nos amis des libertés individuelles appellent à une répression accrue, sans aucune clause de style relative à une répression respectueuse des droits individuels (protection absolue contre la torture, droits de la défense, droit à un procès équitable) des personnes qui en feraient l'objet (3).
L'Etat, en tant qu'auteur principal de violations des libertés individuelles, est donc le grand absent de cet appel. Cela se comprend à la lecture des signataires: on imagine mal des serviteurs de l'Etat en exercice tels que Mohamed Chafik, membre de l'Académie royale et ex-président de l'
IRCAM , Noureddine Saïl, directeur du Centre cinématographique marocain, Samira Sitaïl, directrice de l'"
information " sur 2M, Hicham Abkari, directeur du Théatre Mohammed VI, Abdeslam Aboudrar, directeur général adjoint de la
CDG , M'Hammed Grine, Président Délégué de l'Institut CDG et de la Fondation CDG,
Mohamed Soual , Directeur du Pôle Dépôts et Consignations à la CDG,
Abdelkader Alami , directeur de l’Office du développement de la coopération, Ilias Omari, membre du conseil d'administration de l'IRCAM, Larbi Jaïdi, membre du Conseil de la concurrence et
Mustapha Naïmi , membre du
CORCAS . Le CCDH, qui n'est
pas vraiment un
nid de subversifs , compte plusieurs membres qui l'ont signé:
Najat M'jid , Mohamed Soual,
Abdelah El Ouelladi (OMDH),
Abdelkader El Alami et
Mustapha Iznasni (OMDH). Des anciens de l'IER figurent également parmi les signataires: Salah El Ouadie, poète, et Mustapha Iznasni.
On notera entre parenthèses que le
comité de direction de la CDG semble être une véritable pépinière de militants subversifs, puisque près de la moitié de ses membres (quatre sur neuf) ont signé un des deux derniers appels, celui de moul traktor et celui pour "
les " libertés individuelles. Mustapha Bakkoury, réputé très proche du Palais, a signé l'appel de moul traktor mais pas celui pour "
les " libertés individuelles - pas grave, trois membres du comité de direction l'ont fait à sa place...
Mais ce ne sont pas seulement des responsables d'institutions publiques qui ont apposé leur signature sous cet appel: cet appel, partial et partiel pour reprendre
l'expression de Larbi , est un appel des élites - administratives, politiques, économiques, culturelles, médiatiques et associatives - à l'Etat pour une réaction encore plus forte contre "les" islamistes, qui ne sont pas nommément désignés. Précisions: chacun des signataires ne fait pas forcément partie de ces élites, et certains sont en outre des militants ou citoyens n'ayant pas hésité à critiquer vertement les violations des libertés individuelles par l'Etat marocain, beaucoup plus fréquentes que celles à mettre au débit des islamistes. Ces élites se chevauchent (comme des bêtes): certains signataires ont trois casquettes (associative, partisane, médiatique, étatique ou économique), et des réseaux - parfois familiaux, autour par exemple de Noureddine Ayouch - relient les individus de catégories différentes. Rajoutons que l'élitisme très prononcé de cet appel est accentué par sa publication en seule langue française (à ma connaissance du moins), et l'origine géographique de ses signataires, dont moins d'une dizaine doivent résider en dehors de l'axe Kénitra/Rabat/Casablanca...
Le patronat est ainsi fort bien représenté, y compris par des membres d'organes dirigeants du CGEM:
Abdelmalek Kettani ,
Abdeslam Aboudrar ,
Omar Slaoui et
Saïd Sekkat , ainsi que l'ancien directeur délégué de la CGEM et ex-secrétaire général de la
FNBTP ,
Mouhcine Ayouche , également militant du PSU. On y trouve également Bachir Rachidi, PDG d'
Involys , secrétaire-général de l'Association des Professionnels des Technologies de l'Information (
APEBI ), et ancien secrétaire général de Transparency Maroc. Saluons enfin au passage Karim Tazi, richissime homme d'affaires,
qui estime que le salaire minimum légal, de l'ordre de 1866 dirhams (environ 170€) par mois, est trop élevé. Neuf des signataires signent en tant que "
chef d'entreprise ", et l'on devrait y rajouter d'autres signataires ayant signé à d'autres titres mais étant également chefs d'entreprises - Noureddine Ayouch et Nabil Ayouch notamment. Notons également la présence de nombreuses professions libérales (avocats et médecins principalement) ou indépendantes (consultants).
De nombreux patrons de presse, principalement francophone, ont également signé l'appel: La Vie Economique (Nasreddine El Afrit, président du groupe Caractères, Fadel Agoumi, directeur, Jaouad Mdidech, journaliste), L'Economiste (Abdelmounaïm Dilami, président du groupe Eco Médias), Tel Quel (Ahmed Benchemsi, directeur du groupe Tel Quel/Nichane, Karim Boukhari, rédacteur en chef, Reda Allali, journaliste), La Gazette du Maroc (Kamal Lahlou, directeur du groupe La Gazette), Aujourd'hui Le Maroc (Khalil Hachmi Idrissi, directeur, Jamal Berraoui, chroniqueur), La Vérité (Abdallah El Amrani, directeur), La Nouvelle Tribune (Fahd Yata, directeur), Femmes du Maroc (Aïcha Sakhri, directeur), Le Reporter (Bahia Amrani, directeur). Du côté arabophone, on trouve Nichane, propriété du groupe Tel Quel (Ahmed Najim, rédacteur en chef adjoint), Al Michaal (Driss Chahtane, directeur), Prologues (Mohamed Sghir Janjar, directeur), Al Ahdath al maghribia (Mohamed El Brini, directeur), Al Hayat al jadida (Mohamed Hafid, directeur), Al Ousbouia al jadida (Abdelaziz Koukas, directeur), Al Ayam (Noureddine Miftah, directeur) et Al Watan al an (Abderrahim Ariri). On notera qu'Ali Amar, directeur du Journal Hebdomadaire, donné comme signataire de l'appel, est revenu - c'est tout à son honneur - sur sa signature dans son éditorial du 19 janvier, de même que trois signataires (Me Abderrahim Jamaï, Me Abdelaziz Nouaydi et Mohamed Hafid), qui ont déclaré au Journal Hebdomadaire du 26 janvier n'avoir rien contre les formations islamiques opposées à la violence et imputer à l'Etat marocain la responsabilité première des manquements au respect des droits de l'homme.
Le champ culturel est également présent en force:
Abdellatif Laabi ,
Tahar Benjelloun (tient, le revoilà, celui-là), Hassan Nejmi, Salah El Ouadie,
Bigg ,
Réda Allali , Mostafa Nissabouri, Saad Chraïbi et Rachid Fekkak, entre autres. Celui de l'université l'est également - citons notamment trois chercheurs spécialisés dans l'islam politique - Mohamed Tozy, Said Lakhel et Mohamed El Ayadi, la célèbre sociologue Soumaya Naamane-Guessous (auteur d'"
Au-delà de toute pudeur ", seul livre de sociologie marocain a être devenu un best-seller), l'anthropologue sahraoui Mustapha Naïmi, l'historien Jaama Baïda, le spécialiste mondialement reconnu d'Ibn Khaldoun Abdeslam Cheddadi, ainsi que le professeur de droit Mohamed Mouaquit.
La présence de représentants d'ONG, que l'on qualifie parfois, sous un vocable qui me déplaît, de "
société civile ", est également très importante: beaucoup de fonctionnaires ou responsables patronaux s'affichent d'ailleurs sous cette étiquette, tandis que d'anciens responsables d'ONG s'affichent paradoxalement sous des étiquettes moins valorisantes dans le contexte d'un tel appel - je pense à l'ancien vice-président de l'AMDH Fouad Abdelmoumni, également directeur général de l'organisme de micro-crédit
Al Amana ainsi qu'à Bachir Rachidi, ancien secrétaire-général de Transparency Maroc, qui se présentent tous deux comme "
chef d'entreprise ". Parmi les plus reconnus du milieu associatif casablanco-rbati, on retrouve Kamal Lahbib (Espace associatif, Forum des Alternatives Maroc), Mohamed M'jid (
FRMT ), Najat M'jid, fille du précédent (
Bayti ), Hakima Himmich (
ALCS ), et bien évidemment l'incontournable Khadija Rouissi, ancienne militante d'extrême-gauche désormais bien en orbite autour de Fouad Ali El Himma.
Notons cependant la présence en force des
dirigeants du
Collectif Démocratie et Modernité (délicieusement et involontairement appelé "
Collectif Démocratie et Impunité " dans
un article de la Gazette du Maroc) - j'en ai relevé treize dans la liste des signataires (Nabil Ayouch, Nouredine Ayouch, Mouhcine Ayouche, Driss Moussaoui, le président Nacer Chraïbi, Kamal Lahbib, Saïd Saadi, Bachir Rachidi, Karim Tazi, Saad Benkirane, Saad Chraïbi, Mohamed El Ayadi et Mohamed-Sghir Janjar). Ceci n'a bien évidemment rien de scabreux, l'appel cadrant fort bien avec l'orientation politique du Collectif, mais souligne bien la force des réseaux.
Résumons donc: voici un appel prétendant défendre "
les " libertés individuelles mais occultant les violations imputables à l'Etat marocain, pourtant plus nombreuses, pour ne cibler que celles imputables aux islamistes, rédigé en langue étrangère, signée par une partie non négligeable des élites casablancaises et rbaties, y compris des représentants de l'Etat et de partis gouvernementaux (4), totalement muet sur les droits sociaux et politiques - comment ne pas le comprendre comme un appel de bourgeois francophones occidentalisés (4) contre la plèbe arabophone islamiste, un appel des
bobos agdalo-raciniens des Lumières contre les barbus obscurantistes de Sidi Moumen ou de Salé? Il ne s'agit pas de leur refuser, à ces bobos (et je m'inclus bien évidemment dans cette catégorie, avec laquelle j'ai sans doute plus de points communs que bien des signataires), le droit de revendiquer leurs droits, mais de s'étonner de l'autisme politique, idéologique et social de signataires pourtant loin d'être stupides, et dont certains sont en contact quotidien avec les réalités sociales et politiques du Maroc, face aux libertés bafouées - par ce même Etat auxquels nos bobos réclament une répression accrue - de leurs concitoyens moins favorisés.
Car cet appel oublie que ce ne sont ni Attajdid ni le PJD qui ont adopté ou fait adopter l'article 489 du Code pénal (adopté en 1962), selon lequel "
est puni de l'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 120 à 1000 dirhams, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe ". Certains signataires de l'
appel sont à cet égard des anciens ministres (Larbi Messari, Istiqlal, Abderrahim Harouchi, sans étiquette, Mohamed El Gahs, USFP, Saïd Saadi, PPS) ou des membres de partis siégeant au gouvernement (Abdelkader Alami, Istiqlal, Ali Bouabid, USFP, Simon Lévy, PPS, Mohamed Soual, PPS, Mohamed Mrabet, PPS, Driss Khrouz, USFP, Larbi Jaïdi, USFP, Mohamed El Brini, USFP,
Omar Balafrej , USFP, Hassan Nejmi, USFP, Mohamed Benabdelkader, ex-directeur de cabinet de Lyazghi, USFP) ou au parlement (Najib Akesbi, PSU, Khalid Mohamed Souhnoun, PSU, Mehdi Lahlou, PSU, Mohammed Hafid, PSU, Kamal Lahbib, PSU,
Brahim Zerkdi , Mouvement populaire) - que n'en ont-ils profité pour soumettre directement au parlement les réformes qu'ils demandent dans cet appel, ou demander à leurs partis de le faire?
Je croyais être allé suffisamment loin dans
la parodie , au sujet du combat résolu de L'Economiste
pour les droits fondamentaux des Pères Noël casablancais , mais la lecture de
l'article de Tel Quel accompagnant me confirme dans ma conviction que la réalité dépassera toujours la fiction, et souligne l'effarant décalage social et culturel entre certaines élites et le vécu de la majorité de leurs concitoyens (5). Les auteurs de l'article pratiquent un amalgame assez surprenant: un fait divers où un fils lapide sa mère à mort est pris comme exemple de la violence islamiste - à ce titre, des rixes entre ivrognes sur la Corniche de Casablanca pourraient donc être imputés aux signataires de cet appel. La persécution débile des hard-rockers beidaouis dans l'affaire des t-shirts sataniques était le fait de la police et de la justice, mais est ici mise sur le compte des seuls islamistes, par ailleurs jamais identifiés ni distingués, comme si
Lahcen Daoudi et
Hassan Khattab étaient comparables. Par ailleurs, l'article semble également amalgamer opinions religieuses, y compris sur l'homosexualité, et appels à la violence ou actes violents. Les deux seraient ainsi autant répréhensibles, ce qui est un non-sens, et dont la seule conséquence est de pousser tous ceux qui ont un référentiel islamique dans les bras des intégristes radicaux et violents. L'article va jusqu'à citer des concours Miss Maroc ou Miss Fashion TV, tenus ailleurs que sur la place publique comme signe indubitable d'établissement d'un émirat islamique au Maroc (ah mince, il existe déjà...) - alors que l'auteur de ces lignes a le souvenir, et ce ne sont pas des souvenirs d'avant-guerre, de concours Miss Maillot à Tahiti ou Miami sur Aïn Diab. Les concours ou des jeunes filles sont jugées sur leurs mensurations érigés en symbole de l'avant-garde de la modernité... Oserait-on conseiller aux signataires de cet appel la lecture de "
Al Qaeda and what it means to be modern " de John Gray, pour une approche moins religieuse (au sens d'idolâtre) de la modernité? Peut-être alors que leur dénonciation des très réels appels à la haine et à l'intolérance émanant d'islamistes pourrait être plus utile, voire même des chances d'être entendue au-delà des cénacles de l'élite, si tant que cela entre parmi les objectifs des auteurs et signataires...
CORRIGENDUM:
Najlae m'apprend qu'une traduction en arabe de l'appel a été diffusée par
Nichane .
(1) Rappelons que Khadija Rouissi n'a pas vu, depuis trois ans, d'appel officieux ou makhzénien qu'elle n'ait signé: cela va de l'appel citoyen de 2005 à celui du PPS et d'Abdellatif Laabi de septembre 2007 à celui de moul traktor du 18 janvier et du présent appel pour "
les " libertés individuelles.
(2) Dans son éditorial du 26 janvier 2008, Benchemsi précise que l'appel en question n'est pas le sien, qu'il a été rédigé par six personnes et qu'il a été lancé sous l'égide de l'association Beyt el hikma (Maison de la sagesse) de
Khadija Rouissi .
(3) Je précise ici que je suis partisan de la répression pénale de l'appel à la haine et à la violence - une faille dans le régime pénal marocain est d'ailleurs la difficulté de réprimer les avis religieux aboutissant à déclarer infidèles des musulmans dont les opinions ne plaisent pas à celui qui émet cet avis religieux. Idéalement, le fait d'émettre de tels avis devrait être réprimé, et si des violences s'ensuivent contre la ou les personnes désignées comme infidèles, l'auteur de cet avis devrait être puni comme s'il avait lui-même commis ces violences. Sur ce point, je partage la préoccupation des signataires de l'appel. Mais bien évidemment, le droit de réprimer ces agissements implique le respect des droits de la défense, du droit à un procès équitable et de l'absence de toute violence policière.
(4) Encore une fois, il convient ici de distinguer entre certains signataires, dont les prises de position publiques n'ont rien de complaisant pour le makhzen, de la majorité des signataires, qu'on a guère entendus au sujet par exemple des prisonniers d'opinion du 1er mai.
(5) Il ne faudrait cependant pas croire que les signataires de l'appel sont responsables de l'article guignolesque de Tel Quel qui l'accompagne, puisquil apparaît, à en croire Ali Amar du Journal Hebdomadaire, qui est revenu sur sa signature, que seuls les principes généraux de l'appel auraient été soumis à signature, et non l'appel sous sa forme finale et publique.