J'avais coutume de penser qu'en matière d'alignement aveugle sur Israël, aucun pays ne pouvait tomber plus bas que les Etats-Unis. Lourde erreur. La France semble s'ingénier, depuis la deuxième intifada, à me démentir sur ce point: on n'avait eu
une membre du conseil d'administration du
Consistoire central (Union des communautés juives) de France
secrétaire d'Etat du gouvernement Raffarin; le
dîner annuel du
CRIF (qui a dit
dîner de cons ?) devenir quasiment un
rendez-vous institutionnel obligatoire , gouvernement au complet; le
garde-frontière israëlien Arno Klarsfeld se voir confier des missions officielles par son ami Nicolas Sarkozy, notamment sur la réhabilitation de la colonisation (son expérience de praticien lui provenant de son service militaire israëlien) et enfin
les déclarations de Mr Royal sur la nécessité de revoir le mode de recrutement du quai d'Orsay et de l'ENA afin d'en éliminer les éléments nassériens et baathistes.
Mais je crois que la France a atteint, le 1er février 2007, un record difficilement dépassable. C'est en effet un ancien président d'honneur de l'
association France-Israël (1) - association qui compte en son sein
une floppée de parlementaires et dignitaires , y compris des ministres en exercice
comme le ministre du budget, Jean-François Copé - qui été nommé comme successeur à l'octogénaire
Yves Guéna à la tête de l'Institut du monde arabe (
IMA ) - oui, vous avez bien lu!
Pour ceux qui ne le sauraient pas, l'IMA est une fondation de droit français,
créée en 1980 , dont les fondateurs sont la France,
21 pays arabes ainsi que la
Ligue arabe . L'article 6 de l'acte de fondation de l'IMA prévoit que la France nomme le président, le vice-président et le trésorier de l'IMA, troi autres vice-présidents et le secrétaire-général étant nommés par les Etats arabes, dont on voit combien ils sont réduits à la portion congrue, d'autant que le directeur de l'IMA est nommé par le président, les Etats arabes n'ayant que voix consultative (article 8 de l'acte de fondation). Le financement de l'IMA est conjoint, chaque Etat fondateur apportant son obole - certains Etats arabes étant
notoirement négligents sur ce point.
Précisons que Dominique Baudis fût
très en pointe dans
le combat victorieux des
partisans d'Israël en vue d'obtenir
l'interdiction de la chaîne de télévision satellitaire du Hezbollah (dont je rappelle qu'il est un parti libanais légal disposant d'un groupe parlementaire),
Al Manar , qui était diffusée sur le satellite européen Eutelsat - qui a son siège à Paris - avant d'en être exclue
sur décision du
Conseil supérieur de l'audiovisuel , dont Baudis fût le président juste avant d'occuper son nouveau poste. Le Conseil d'Etat
avalisa cette interdiction. Au passage, cette
entorse à la liberté d'expression, que certains présentent pourtant comme absolue, fut suivie d'une campagne contre
une autre chaîne satellitaire , iranienne cette fois,
ainsi qu'une chaîne séoudienne (hachek).
Pour couronner le tout, Dominique Baudis vit son nom mêlé aux
ballets roses dénoncés par des prostituées toulousaines, avant que celles-ci se rétractent, le tout dans le cadre des meurtres en série commis par Patrice Alègre (voir le site de l'ONG locale
Stop à l'oubli ). On retiendra de cette obscure affaire que le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, chargé notamment du respect de la déontologie journalistique, aura été
condamné pour
diffamation ...
Bref, un président irréprochable - qui déclare sans rire que "
le président de la République connaît mon intérêt pour le Proche-Orient "! Félicitations aux Etats arabes pour leur silence, ils ont le président qu'ils méritent!
(1) Comme par hasard, le site Internet de cette association, qui a pignon sur rue, ne contient plus aucune mention du nom de Dominique Baudis - on peut estimer que c'est fort opportun...