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BlogMouride

Dans la vie il faut avoir deux idées, l'une pour tuer l'autre (Amartya Sen, philosophe indien)

Dictionnaire en ligneVoyage dans le Maroc ancien : cartes postales, photos, gravures, affiches, monnaies et documents d'époque. MarocAntics, le site des arts traditionnels du Maroc. Egypte
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chronique 
Désordre linguistique au Maroc: La situation  Lundi 29 Juin 2009
Une langue est considérée comme menacée si elle risque de ne plus avoir de locuteurs d'ici la fin du XXIe siècle. Une langue qui paraît solide, car utilisée par plusieurs millions de personnes, peut être en danger.
D’après un document Unesco (portal.unesco.org/culture)


Abdelaziz Mouride
Dans une précédente chronique, j’ai soutenu que le pluralisme linguistique au Maroc est moins choisi que subi. En fait nous vivons en la matière, un désordre des plus dangereux qui explique à lui seul nombre de nos déboires à commencer par le peu de performance de notre système éducatif, et plus que tout, le trouble identitaire des marocains qui ne savent plus dans quelle langue s’exprimer.
Depuis l’indépendance nous prétendons officiellement être un pays bilingue, l’arabe et le français. Et nous nous en accommodions tant que toute contradiction était exclue. Aujourd’hui, on est forcé de reconnaître que la situation est un peu plus compliquée que le ne le suggèrent nos œillères. Nous nous efforçons de nous rattraper en accordant une petite place –en fait un strapontin- à la langue amazigh, en pensant nous tirer d’affaire de la sorte.
Eh bien non, malheureusement. Les choses sont beaucoup plus compliquées que nous le pensons.
Voici en quelques points comment la situation se présente :
1- L’arabe classique et le français sont les deux langues écrites utilisées dans l’enseignement, les médias et l’administration, alors que dans leur vie quotidienne les marocains utilisent des langues complètement différentes : l’amazigh et l’arabe marocain ou la darija.
2- La fonction de toute langue est d’être un facteur d’intégration des citoyens dans leur société. Au lieu de ça, nous sommes en train d’en faire, en raison de notre aveuglement, un instrument d’exclusion de pan entier de la population. L’exemple le plus représentatif de cette exclusion est le fait que quotidiennement des millions de citoyens analphabètes, peu instruits ou encore ne connaissant pas la langue française, sont interdits de suivre des programmes de télévision ou da radio, qui souvent parlent d’eux, mais en français ou en arabe classique, qu’ils ne connaissent pas.
3- L’arabe classique, pourtant décrétée langue officielle, n’est pas pour autant sortie d’affaire. Exclue en tant que langue de des cycles supérieures de l’enseignement notamment dans les branches scientifiques et des grandes écoles, dévalorisée dans les établissements privés dans le secondaire, exclue en tant que langue d’expression dans les institutions de la recherche scientifique et dans les milieux d’affaires dont la langue d’usage et le français, l’arabe classique est en train de perdre de plus en plus d’usager, après avoir perdu tout locuteur. Plus clairement, elle est menacée de disparition dans notre pays au cours du siècle en cours.
4- De ce fait nous sommes en train par cette politique insensée, de préparer notre société qui a eu beaucoup de mal à surmonter le tribalisme, à d’autres formes de déchirures peut-être beaucoup plus grave : le communautarisme linguistique entre francophone et non francophone. Deux communautés qui se tournent le dos en s’ignorant royalement.
5- Nous jurons nos grands dieux, la main sur le cœur, de vouloir faire une grande place à l’amazigh en tant que langue nationale d’apprentissage à l’école, mais nous ne faisons rien pour qu’elle le devienne vraiment, c'est-à-dire en en faisant une langue capable de soutenir la concurrence des autres langues. Il est regrettable à ce propos de constater que les ténors de l’amazighité eux même préfèrent produirent dans d’autres langues, notamment en français et en anglais, que dans la langue amazigh. Aujourd’hui encore, connaître ou ne pas connaître l’amazigh n’a aucune importance.
6- Nos peurs des tabous, notre aveuglement par l’idéologie pan arabe, nous empêche jusqu’à présent d’engager, comme le réclament de plus en plus beaucoup de jeunes aujourd’hui, un débat courageux sur la langue la plus utilisée par l’écrasante majorité des Marocains à savoir la darija. Qu’est ce qui nous empêcherait en effet de débattre sur la possibilité d’utiliser cette langue en tant que moyen d’apprentissage en lieu et place, disons le franchement, de la langue classique ? Et d’abord, qu’est-ce qui nous empêcherait de la codifier et d’en faire usage en tant que langue d’écriture et de communication dans les médias ?
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chronique 
J’étais gros fumeur et j’ai vaincu la cigarette  Lundi 01 Juin 2009
39 ans. Oui, 39 ans de cigarette. Un paquet par jour il y a 20 ans, 2 à 3 paquets après. Depuis 2 ans la cigarette pour moi, c’est de l’histoire ancienne. Depuis juin 2007 plus exactement. Et voici mon histoire.
Abdelaziz Mouride
J’étais donc gros fumeur, gros buveur de café aussi. Je n’imaginais pas ma vie sans cigarette ni café. Ces deux ingrédients rythmaient mes mouvements de chaque instant, ponctuaient chacun de mes gestes du quotidien, chez-moi, dans la rue et au journal ou je travaille. Je finis de prendre mon petit déjeuner, j’allume une cigarette, je monte en voiture pour le travail, j’allume une cigarette, je m’installe devant mon ordinateur, automatiquement, ma main tire une autre cigarette. Je dis une cigarette, en fait, la première cigarette est généralement suivie de plusieurs autres à intervalle de plus en plus réduit au fil du temps. Bref, je fumais beaucoup sans me contrôler et même sans me rendre compte de mon geste. Je ne parle pas du nombre de tasses de café que j’ingurgitais au cours d’une journée pour faire passer la cigarette. Au bas mot, cinq, six tasse dans la journée. La cigarette appelle le café, et le café appelle la cigarette. L’enfer quoi ! Mais à l’époque, c’était le paradis pour moi. Je fumais réellement avec plaisir, bien que souvent je fumais de manière machinale. Surtout lorsque j’étais en train d’écrire, ce que je faisais quotidiennement. Je ne supportais pas que quelqu’un me conseillait de couper la cigarette. C’était la meilleure manière de me mettre en colère. Bien sûr, comme tout grand fumeur, il m’arrivait de culpabiliser, d’avoir mauvaise conscience, et par conséquent de penser à en finir avec la cigarette. Comme tout le monde, moi aussi je m’inquiétais pour ma santé, moi aussi j’avais peur de la mort. Cependant à chaque fois que je me trouvais dans cette situation, mon désir de cigarette au lieu de faiblir, augmentait encore plus, je fumais plus de cigarette qu’à l’accoutumée.
Résultat. J’étais maigre comme un clou, je ne portais pas mes vêtements, j’y flottais en fait. Je me sentais en état de fatigue permanent, je mangeais peu, je dormais mal et difficilement. Bref, la mal vie, avec tout ce qui s’ensuit, la mélancolie, la nérvosité, le stress, la culpabilité et le sentiment d’être dépourvu de volonté, d’être d’une petite nature, faible et sans consistance.
Et puis il y a eu ce jour du mois de juin 2007. Le 15 je crois. Je descendais de voiture, une cigarette au bec comme d’habitude, lorsque je fus pris d’une petite douleur sous l’aisselle. La petite douleur devient de plus en plus grande, de plus en plus insupportable et de plus en plus tentaculaire. Bref, on dut appeler une ambulance et me voilà à l’hôpital dans une salle d’attente pleine de monde. C’est à ce moment précis, dans ce lieu de tristesse et de douleur que ma décision de mettre fin à la cigarette est prise. Avec une détermination et une fermeté que je ne me connaissais pas auparavant. Ce qui m’a décidé ? C’était moins la douleur insupportable que je ressentais alors que l’état déplorable de l’hôpital où j’étais déchu.
Je m’étais dit : « Peut-être qu’un jour je vais me retrouver dans un lit d’hôpital, mais je ferai tout pour que ce soit le plus tard possible, et en tout cas, que ce ne soit pas par ma faute ». Ce fut la dernière fois que je mettais une cigarette aux lèvres. Le paquet que je venais d’acheter une heure auparavant était encore plein. Je le mis sans hésiter dans la poubelle. Ma volonté était sans faille . Il fallait que j’adopte une d’hygiène de vie la plus irréprochable possible. J’avais 58 ans. L’âge limite pour prendre les rênes de sa propre vie. Il me fallait mettre fin à la cigarette. Une heure auparavant, j’étais un fumeur convaincu, et me voilà transformé de manière imprévue en ayatollah de l’anti tabac.
Deux ans aujourd’hui se sont écoulés. J’ai pu tourner la page de la cigarette avec succès. La cigarette, et le café à l’occasion, ne font plus partie de mes habitudes, je les ai évacué de ma vie quotidienne. Sans effort pour le café, très difficilement pour la cigarette qui comme je l’ai dit, rythmait mes gestes quotidiens depuis l’âge de 20 ans.
Aujourd’hui, à 60 ans, j’ai le sentiment d’être un jeune homme de 40 ans. Je mange comme trois personnes, je dors du sommeil des justes. Fini le sentiment de fatigue permanent, la mélancolie ; fini les maux de têtes répétés, la bouche sèche à longueur de journée, l’haleine fétide et le reste. Pour ne rien cacher, même sur le plan sexuel, les performances sont nettement meilleures.
Il m’a fallu batailler dur pour en arriver là. Il ne faut pas se raconter des histoires. Pour quelqu’un qui fumait depuis plusieurs années, passer au régime d’abstinence complète n’est pas une entreprise facile. C’est un changement radical de mode de vie et de fonctionnement au quotidien. Ce n’est pas le jeun de ramadan que l’on rompt au coucher du soleil, c’est un jeun pour la vie. Il faut une volonté de fer, et une forte mobilisation psychologique à chaque instant durant plusieurs mois. Votre ennemi dans ce corps à corps contre la cigarette, ce n’est pas un tiers, c’est vous-même. Vous vous prenez à vous mentir, à vous jouer des tours diaboliques pour renoncer à votre décision. C’est une lutte de chaque instant, la cigarette devient votre sujet favori de discussion, vous ne cessez pas d’y penser durant la journée, vous y rêvez la nuit. Et il faut compter près d’une année pour que vous l’oublier.
Vous commencez à mettre en doute, la nocivité de la cigarette, vous vous dites : « ce n’est pas sûr que la cigarette tue, à preuve, il y a des fumeurs qui ont plus de 80 ans » ou encore : « d'accord, la cigarette est peut-être dangereuse, mais pas pour tout le monde surtout pas pour ceux qui fume peu ». Etc …
La plupart des gens qui reviennent à la cigarette cèdent à ce genre d’arguments séduisants, quoique fallacieux pour quelqu’un qui tient à améliorer la qualité de sa vie et celle des siens.
Pour renforcer ma volonté, j’ai commencé à faire du sport en salle, avec une assiduité sans faille. Je paie la salle avec une petite partie de l’argent que je dépensais auparavant pour la cigarette et le café.
Est-il possible que je récidive un jour ? Jamais, je n’y pense même pas. Aujourd’hui, c’est la première fois que j’évoque mon histoire avec ce poison que j’ai complètement oublié il y a un an. Pourquoi ? Pour dire au fumeur ceci : se débarrasser de la cigarette, c’est possible, il suffit de le vouloir et de le vouloir fermement.
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chronique 
Les classes moyennes selon le rapport Lahlimi: L'ampleur de la pauvreté.   Samedi 09 Mai 2009
Abdelaziz Mouride
Peut-on parler de classes moyennes au Maroc ? Une enquête conduite par Ahmed Lahlimi, patron du Haut Commissariat au Plan, répond plus ou moins confusément, par l’affirmatif. Ce qui ne manque pas d’étonner lorsqu’on se rappelle que le rapport sur le développement humain, réalisé il y a quelques années hésite à aller dans le même sens au motif de l’extrême hétérogénéité des couches sociales concernées : « Il est difficile d’affirmer que ces couches représentent une classe homogène, ayant une conscience d’appartenance commune et un système de valeurs et de comportements uniforme- lit-on dans 50 ans de développement humain au Maroc. Ils s’agirait plutôt d’une nébuleuse qui regroupe un large spectre de catégories socioprofessionnelles dont les conditions sociales et le mode de vie sont variables : cadres, professions libérales, fonctionnaires et cadres moyens, commerçants, petits et moyens entrepreneurs, agriculteurs, artisans, prestataires de services, etc.. »
D’où vient l’écart d’appréciation ?
Du fait que l’équipe de « 50 ans de développement humain » conduite par Meziane Belfkih, aborde la question de la classe moyenne en tant que concept sociologique bien déterminé, alors que pour Lahlimi classe moyenne n’est qu’une donnée statistique qui se situe entre deux, une sorte de catégorie intermédiaire qui se définit essentiellement par le niveau de ses revenus et de la structure de ses dépenses de consommation, critères sur lesquelles le Rapport de Meziane émet des réserves du fait que les classes moyennes sont « définit principalement par défaut et de manière résiduelle : sont considérées comme couches moyennes de la société toutes celles qui n’appartiennent ni à l’élite supérieure ni aux pauvres et aux vulnérables. »
L’enquête de Lahlimi pêche en effet par sa confusion entre classes moyennes et couches intermédiaires . Le premier est un concept sociologique qui confère à cette catégorie sociale une conscience collective, un système de valeurs communes et un rôle de locomotive de la société vers le progrès. La couche moyenne est ainsi une classe tampon dont la fonction est de cimenter la société et de déjouer le risque de polarisation autour des deux classes qu’un abîme sépare. Le terme de « couches intermédiaires » par contre, n'est rien d'autre qu'une notion descriptive qui désigne ce qui se situe au milieu sans autre forme de procès. Ce qui n’est pas sans intérêt pour savoir la structure des répartitions des revenus et des dépenses etc, en tant que données statistiques, mais ne nous est que partiellement secourable, quant à la élucidation de la dynamique sociologique dans notre pays.
Ainsi, après une longue enquête menée depuis 2007, Lahlimi et son équipe ne nous apprennent pas plus que nous ne savons déjà depuis bien longtemps et que le Rapport sur le développement humain de Meziane rapporte avec quelques variations, sans trop s’y attarder.
Que nous apprend Lahlimi ? Des chiffres : les couches intermédiaires représentent 53% de la population contre 13% de nantis et 34% de pauvres. 28% de cette population intermédiaire a un revenu mensuel par ménage supérieure au revenu moyen (5308 dhs) alors que 42% a un revenu mensuel situé entre 5308 dhs et 3500 dhs .
D’autres chiffres concernent la structure des dépenses de consommation, les niveaux d’endettement etc.
Peut-on arguer de l’existence d’une classe moyenne avec ça ? On s’en doute. Peut-on classer un ménage avec un revenu autour de 5000 dhs par mois, dans la catégorie de la classe moyenne ? Certainement pas et encore moins un ménage dont le revenu tourne autour de 3500dhs mensuels. Ces population sont sans doute des « couches intermédiaires » entre l’extrême misère et l’opulence, mais eux-mêmes se situent entre le dénuement extrême et la pauvreté.
Loin d’éclaircir la problématique de la classe moyenne au Maroc, l’enquête de Lahlimi a simplement mis le doigt sur l’ampleur de la pauvreté dans notre pays.
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chronique 
Démocratie au Maroc: Le dilemme  Mardi 21 Avril 2009
« Les partis politiques ont perdu leur crédibilité auprès des citoyens parce qu’ils ne savent plus mentir » déclare sans rire, un spécialiste de la chose sur une radio marocaine sur laquelle je suis tombé en surfant sur les ondes à la recherche d’une bonne musique.
« Mentir » dans la bouche de notre analyste c’est évidemment faire rêver, promettre un monde meilleur, bref présenter une vision enchantée du monde qui mettrait un peu d’enthousiasme sous la dent du citoyen.
J’avais entendu de tels propos chez un politique français qui parlait des partis politiques de son pays, il y a des mois déjà, à la télévision française. Probablement notre spécialiste maison les a piraté de là, comme il est d’usage dans la classe politique de chez-nous à l’instar des politiciens des pays anciennement sous tutelle française, qui n’arrivent pas à couper le cordon ombilical avec l’ancienne puissance dominatrice. Tout ce qui sort de la bouche d’un Français, est bon à prendre et surtout à promener de plateau de télé en réunion mondaine ou en colloques bidons, afin d’épater la galerie.
Nos partis politiques ne savent-ils donc plus mentir ? Ils ne savent faire que ça me diriez-vous. Peut-être mais à qui mentent-ils sinon à eux même ?
Le citoyen lui, sait que nous vivons depuis toujours, je ne dirais pas dans le mensonge, mais dans une sorte de leurre qui consiste à nous faire croire que nous sommes dans un démocratie où les partis politiques, une fois au gouvernement, ont le pouvoir de décider des choix politiques et économiques du pays. Ce qui est loin d’être le cas. « Que l’on vote ou pas, ça ne change rien, quelque soit le parti qui forme le gouvernement, il n’a d’autres choix que d’appliquer la politique du roi », me dit un chauffeur de taxi qui n’avait pas l’air d’avoir fait sciences po.
Abbas El Fassi, après son investiture, n’en a pas dit autre chose lorsqu’il a affirmé : « Ma politique est celle du roi ».
En clair, le programme dont Si Abbas s’est efforcé au nom de son parti, de convaincre les Marocains lors des dernières législatifs, c’était du baratin, et rien que du baratin question de faire un peu d’animation, de faire croire que nous aussi, comme dans d’autres pays, nous sommes en démocratie, que les électeurs ont le pouvoir de choisir le gouvernement qui déciderait de leur avenir.
La réalité du pouvoir est en fait au main du roi, d’après les termes mêmes de la constitution, le gouvernement étant réduit à assurer l’intendance.
S’il y a une explication au manque d’empressement du citoyen à aller déposer son bulletin de vote, c’est là qu’il faudrait la chercher et non ailleurs. Pourquoi donc aller voter quand les enjeux sont nulles, quand les dès sont jetés bien avant les élections.
Y a-t-il espoir d’une embellie des urnes ? Je ne crois pas. Pourquoi ? Pour une raison qu'aucun analyste ne semble devoir prendre en considération. C’est la grand popularité dont jouit le roi Mohamed VI auprès des Marocains qui, s’ils ne sont pas toujours rassurer quant à leurs conditions sociales, n’en sont pas moins convaincus qu’ils ont un bon roi qui fait de très bonnes choses et qui les change de la sclérose sous Hassan II.
Un sentiment qui, on s’en doute, n’est pas en faveur de l’empressement vers les urnes. Pourquoi allez voter quand on est en bonnes mains, notamment aux mains d’un bon roi ?
Or, un bon roi, c’est bien connu, est très mauvais pour la démocratie en tant de mode de participation des citoyens, à travers les urnes, à la gestion de leur destin commun. Il est en conséquence, très mauvais également pour les partis et leur aura dans la population.
C’est un vrai dilemme au Maroc : Faudrait-il consolider la démocratie en réduisant le pouvoir du roi ? Ou alors soutenir un bon roi qui gagne au prix de l’affaiblissement de la démocratie ?
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chronique 
L'anarchie linguistique au Maroc  Jeudi 26 Mars 2009
Abdelaziz Mouride

Si la Constitution du pays prend le parti de la langue arabe classique comme langue officiel, sur le terrain, les choses sont beaucoup plus différentes comme tout un chacun sait. Il suffit en effet de tourner le bouton de votre poste radio pour constater la multiplicité des idiomes qui se livrent bataille pour se faire une place dans la jungle de la médiation. L’arabe classique bien sûr, mais aussi le français, l’arabe darija, l’amazigh dans ses différentes variantes, voire l’anglais et l’espagnol.
Ce qui ne manque pas d’étonner les visiteurs étrangers, surtout originaires de pays développés où, malgré le cosmopolitisme très prononcé où il a appris à vivre, il est habitué à l’usage d’une seule langue, la langue national sensé être l’un des marqueurs essentiels de son appartenance nationale et culturelle dans un monde où il est difficile de se retrouver.
Ce fait suscite-t-il débat chez nous au Maroc ? Non. Soumettons-nous, tout un chacun à part soi, ce pluralisme linguistique plutôt subi que vraiment décidé, à la rigueur du questionnement et de la raison ? Peut-être, mais sans trop toucher mot au voisin de pallier et encore moins à la réflexion du grand public. Tabou ? crainte du péril de la dissension ? Ou alors diktat de l’habitude, de l’allant de soi, de l’évidence social ou pire encore, un pis-aller qui nous dispense de la pénible tâche de faire travailler nos neurones ?
Je pense pour ma part, qu’il y a un peu de tout ça, mais qu’importe. Le fait est que le Maroc, par son silence, ses dérobades, son laisser aller, prend le risque de se retrouver un jour dans une situation ridicule où il n’aura le maîtrise d’aucune de ses langues.
On en est déjà un peu là du fait que beaucoup de Marocains (à commencer par des parlementaires, des cadres d’entreprises et autres, les élites donc) ne s’expriment correctement dans aucune langue. En fait on ne parle pas, on baragouine dans plusieurs langues en même temps.
Mieux : Au Maroc nous sommes totalement tributaire de la production lexicale qui se fait totalement ailleurs, c’est-à-dire dans les pays avec lesquels nous partageons certaines des langues en usage chez-nous. Des exemples ? Il suffit de constater d’où nous puisons notre vocabulaire pour désigner de nouveaux produits tels un ordinateur ou un téléphone portable. De France pour le vocabulaire français, de l’Egypte et du Liban pour les mots arabes. Non seulement nous ne sommes pas producteurs des dictionnaires des langues que nous utilisons, mais en plus, nous dépendons d’autres pays pour pouvoir nommer les choses, les produits et les concepts nouveaux.
Si ça n’est pas perdre sa langue, qu’est-ce que ce serait alors ?
Certains croient régler le problème en dissertant sur le thème de l’ouverture et du bilinguisme. « Un individu qui ne parle qu’une seule langue est un analphabète » répète-t-on à l’envi. Or, notre problème au Maroc n’est pas le monolinguisme ou le bilinguisme, notre problème c’est qu’en voulant à tout prix mettre plusieurs langues au même rang, et de les parler toutes, on en est réduit à n’en maîtriser aucune, et à prendre notre baragouin pour de la grande éloquence.
Loin d’être une spécificité marocaine, le bilinguisme, voire le multilinguisme est la chose la plus partagée au monde. Les pays scandinaves, le Japon, l'Allemagne, la Hollande entre bien d’autres pays, utilisent en plus de leurs langues nationales respectives, la langue anglaise comme moyen de communication avec le reste du monde.
La différence entre le Maroc et ces pays, c’est que dans ces pays, la langue nationale occupe une place centrale en tant que langue de l’enseignement et de la communication à l’échelle du pays, tandis que les langues étrangères occupent une place secondaire , et ne sont utilisées que pour répondre à la nécessité de commercer avec le reste du monde, une sorte de prothèse pour surmonter l'handicap de la communication. Un Hollandais ne parle pas une autre langue que le hollandais avec un compatriote hollandais. Un étranger résidant en Hollande n’a pas d’autre choix pour se faire comprendre et être accepté, que d’apprendre le hollandais. En même temps, tous les hollandais étudient l'anglais. C’est tout le contraire au Maroc. Au lieu d’encourager les étrangers vivant parmi nous, à parler notre langue, nous préférons baragouiner dans la leur pour nous faire comprendre. Mieux, chez nous les étrangers non français, apprennent le français au contact des Marocains. Juan Guatisolo, l’écrivain espagnol résidant à Marrakech, se plaignait une fois dans une émission de télé, des difficultés pour lui, à apprendre notre parler, parce que ses interlocuteurs marocains croient devoir lui parler en français que lui, ne maîtrise pas.
Un dernier exemple qui témoigne de la débilité linguistique au Maroc. Nous sommes peut-être le seul pays au monde où à la télévision et dans les radios, on procède à la traduction de notre propre langue, l’arabe, en français, pour un public ne comprenant pas en grande majorité le français.
On le voit, le problème n’est pas celui de la pratique de plusieurs langues dans un pays. Personnellement, je pense même, qu’il y a encore de la place dans la grille des idiomes en usage, pour d’autres idiomes comme l’anglais et l’espagnol. Le problème, celui du Maroc, est dans la hiérarchisation entre ces différentes langues.
Il n’y a rien à inventer à ce sujet, il suffit de faire ce qui se fait partout dans le monde : Dans tous les pays en effet, il y a une langue central qui cimente l’ensemble des citoyens et utilisée dans les écoles, les médias, l’administration et les entreprises, et à côté, une ou plusieurs langues locales ou étrangères pour les besoins locaux ou internationaux.
Certains pays pluricommunautaires comme la Belgique ou la Suisse, le Canada, chaque communauté pratique sa propre langue comme langue principale en plus d’une langue étrangère secondaire.
Toute la question est de savoir quelle langue principale à utiliser au Maroc. Selon la Constitution du pays, c’est l’arabe classique qui est seule habilitée à avoir ce statut. Dans les fait, les choses sont sensiblement différentes. Entre la domination du français dans les médias le monde de l’entreprise et dans l’enseignement supérieur ; l’usage majoritaire de la langue darija, et les revendications légitimes de l’amazigh, la situation est un peu plus problématique. D’où l’intérêt d’un débat national franc et profond.

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chronique 
classe moyenne: le goulot d'étranglement  Lundi 27 Octobre 2008
Classe moyenne de plus en plus appauvrie
Abdelaziz Mouride

« Les frais scolaires de mes deux enfants sont un véritable fardeau et le gouvernement ne semble pas en être conscient. Après quoi on vient nous abreuver de discours sur les classes moyennes », se plaint Hassan en écoutant l’un des ministres De Si Abbas, disserter sur la nécessité de renforcer la classe moyenne.
Depuis le discours royal du 20 août où il a soulevé pour la première fois la question, le gouvernement Abbas n’a que la classe moyenne à la bouche. Il faudrait attendre la loi de finances 2009 pour prendre la mesure de ce subit intérêt pour cette couche sociale qui jusque là, n’avait d’autres d’intérêts pour les gouvernement successifs, que celui de souffre douleur, mais d’ores est déjà, Hassan ne voit rien qui augure d’un quelconque changement.
Il faut dire que son argumentaire c’est du béton : « Ma femme est moi avons un revenu net de 20.000 dh dont 5.000 à 7000dh sont affectés rien que pour les frais scolaires dans le privé . Le reste est consacré au remboursement de différents crédits, et à la consommation courante. »
Inutile de dire que Hassan, avec ce revenu tout de même assez consistant relativement au revenu moyen des ménages marocains, vit la plupart du temps dans la gêne financière.
« J’ai des fins de mois très difficiles et depuis quelque temps, de plus en plus prolongées. »
C’est pour cela qu’il n’est pas convaincu de la proposition du gouvernement visant à réduire de deux point le taux d’imposition : "ce ne sont pas ces petites réformettes qui vont régler les problèmes de la classe moyenne. Moi, je dois m’estimer heureux, je n’ai que 2 enfants, d’autres en ont trois ou 4. Je me demande comment ils font avec le même revenu ?"
Le cas de Hassan permet de poser le doigt sur les véritables goulots d’étranglement de la classe moyenne dont Si Abbas et son équipe ne semblent pas s’en apercevoir .
On peut en énumérer plusieurs, mais le plus pesant est certainement lié à l’éducation dont le coût exorbitant n’est pas pour améliorer le budget des familles . Le cas de Hassan n’est pas unique, loin s’en faut. Une bonne partie des familles marocaines, de la classe moyenne notamment, n’a pas d’autre choix que de mettre la main à la poche pour assurer une meilleure formation à ses enfants dans le privé. Pourquoi ? Parce que les gouvernements successifs depuis une trentaine d’années, ont échoué à mettre en place des réformes à même de relever la qualité de l’enseignement public.
C’est ce que Hassan ne comprend pas : « On veut aujourd’hui augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne, et en même temps on la met dans une situation où elle est obligée de se ruiner pour financer l’éducation de ses enfants ! ».
Le meilleur moyen en effet pour améliorer les revenus des gens c’est de les réconcilier avec l’école publique afin de leur faire économiser tant de dépense.
Il ne s’agit pas pour l’Etat de mettre à disposition une éducation gratuite et de qualité, pour tout le monde. Au contraire, il est possible de faire participer les familles qui le peuvent au financement de l’école publique en les faisant payer des mensualités de l’ordre de 500 à 1000 dh par mois selon les niveaux .
Ce qui aurait au moins un triple mérite : Réduire de manière significative, les coûts de l’éduction pour la classe moyenne aujourd’hui saignée à blanc par le coût de l’école privée; donner à l’Etat les moyens financiers nécessaires pour améliorer la qualité de l’enseignement et enfin assurer la gratuité de l’éducation, et dans de meilleures conditions, pour les catégories sociales au revenu modeste.
Mieux que la réduction de l’impôt sur le revenu de quelques points, cette opération ferait économiser aux familles concernées, quelque chose de l’ordre de 3 à 4000 dh par mois. Ce qui n’est pas rien.
(voir aussi ma chronique: Le chaînon manquant dans le développement humain)
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chronique 
Crise financière ? Quelle crise financière ?  Vendredi 17 Octobre 2008
Abdelaziz Mouride

Le Maroc est-il à l’abri de la tempête financière qui fait trembler le monde entier depuis quelques mois ?
A en croire nos responsables gouvernementaux, flanqués de certains analystes de service, la réponse est on ne peut plus affirmative. Malgré les chutes répétées des indices boursiers locaux de ces dernières semaines, d’aucuns continuent à nous faire des câlins rassurants du genre tout va bien, rassurez-vous on s’occupe de tout. Il y a même un certain Khalid Naciri, préposé actuel à la Communication auprès de Si Abbas, pour affirmer –histoire sans doute de nous dérider un brin sans que lui-même ne semble avoir envie de rire- que le gouvernement prévoit une croissance des indices boursiers de 10% d’ici la fin de l’année !
Ce qui a fait dire à un ami qui était avec moi lorsque Si Naciri débitait ses boniments sur 2M : « Je ne savais pas que Si Abbas a engagé Assahaf à la Communication ! ». Et c’est vrai, on jurerait entendre ce jour là l’ancien ministre de l’Information de Saddam Hussein qui, alors que les troupes américains étaient aux portes de Bagdad, continuaient à débiter des propos ridicule à la gloire de l’armée irakienne en débandade.
Après quoi, les médias d’Etat, radios et chaînes de télé, rassurés pour le restant de l’année, ont cru devoir vaquer à leurs niaiseries habituelles anesthésiants, alors que sous d’autres cieux radios et télés ne savent plus où donner de l’antenne pour informer, expliquer, organiser des débats contradictoires entre experts du pourquoi du comment de la crise financière actuelle.
Mus par le respect dû au citoyen et à son droit inaliénable à l’information, les médias occidentaux sont à qui mieux mieux présenter la meilleure brochette d’analystes, la meilleure table ronde, le meilleur reportage sur la question, conformément au devoir qui leur est assigné, celui de doter le citoyen des moyens de sa liberté, à la tête desquels l’information contradictoire.
Ce n’est malheureusement pas la culture usuelle chez-nous. La culture qui a encore cours aujourd’hui chez nous, est celle héritée du passé millénaire fait de soumission aveugle et sans condition au détenteur du pouvoir. Détenir l’information dans ce contexte c’est détenir le pouvoir de décider du destin des gens qui n’en ont pas.
Que sait sur cette crise le citoyen moyen que la barrière linguistique éloigne de la possibilité de s’informer via les chaînes étrangères ? Pas grand-chose assurément.
Notre pays est-il à l’abri de l’actuelle crise ? Notre économie est-elle en mesure de faire face aux risques de récession qui la menace ?
Quelles sont les mesures que le gouvernement marocain compte prendre en cas de récession ?
Quelles analyses les différents intervenants de la politique marocaine, entre autres les partis, font-ils de la crise et quelles sont leurs propositions ?
On ne sait. Et personne ne pourrait jurer de quelque chose dans cette affaire. En raison du caractère inédit de la crise et de sa complexité d’abord, mais aussi en raison de l’absence de tout échange d’idées et de débat public chez nous.
« Si tu ne connais pas ton passé, disait Driss Chraïbi, tu resteras toujours un enfant ». Nous sommes en train de nous enfoncer dans l’enfance pour une autre raison : le refus de nos responsables politiques de nous informer.
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chronique 
Le chaînon manquant dans le développement humain  Lundi 06 Octobre 2008
Le gouvernement déplore aujourd'hui la faiblesse de la classe moyenne au Maroc. Pourtant il hésite à prendre les mesures nécessaires à son renforcement, notamment en matière fiscale, clé de voûte de toute politique sociale.
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Par deux fois le document de synthèse du rapport sur le développement humain publié il y a deux ans, relève la faiblesse de la classe moyenne au Maroc à laquelle il confère, à raison, un rôle structurant de la société et de levier pour le développement de ses ressources humaines et de son développement tout court.
Le mal vient de loin d’après le rapport, le processus de stratification sociale amorcée sous le protectorat « n’a pas donné au pays -lit-on au chapitre consacré à l’évolution du potentiel humain- une véritable classe moyenne au sens de strate homogène ayant une conscience d’appartenance commune, qui aurait pu jouer un rôle moteur dans la dynamique sociale ».
Il en est résulté ce que Paul Pascon a qualifié de société « composite » marquée par une très grande hétérogéïnité à la fois économique, sociale et culturelle et par une polarisation dangereuse autour de deux classes sociales qu’un abîme sépare.
La situation a-t-elle évolué depuis ? Non, déplore le rapport : En face des 8% de la population nantie, se dressent près de 47% de pauvres dont 5 millions d’exclus. Certes, le rapport fait mention de près de 44% de la population qu’il qualifie de couches intermédiaires, mais on est loin d’ « une véritable classe moyenne au sens de strate homogène » indispensable pour insuffler une dynamique sociale significative.
Pour quelle raison ? Il en existe plusieurs dont le caractère atone de la croissance et la dépendance d’un secteur agricole incertain. Mais la plus importante semble être celle-ci : « Le système actuel de répartition des fruits de la croissance n’a pas permis l’émergence d’une classe moyenne entreprenante, capable d’insuffler les réformes et de faciliter la pénétration des technologies et de valeurs de progrès. L’accumulation des déficits sociaux a ainsi été le corollaire de cette situation. »
Voilà ce qui rompt avec un certain discours « économiste », malheureusement dominant, qui ne jure que par la croissance en tant que levier unique du développement. L’un des mérites de ce rapport est d’avoir intégrer la dimension sociale dans le développement ; d’avoir privilégier une approche globale qui prend en compte le facteur sociologique dans la dynamique des mutations vers le haut; d’avoir enfin mis en évidence l’un des agrégats constitutif de tout économie qui se veut intégrée, celui de la répartition des richesses et donc de l’ajustement nécessaire du système fiscale dans le but de donner du pouvoir d’achat au citoyen.
L’émergence d’une « véritable classe moyenne entreprenante », moteur indispensable au développement harmonieux économique et social, a un prix : Une réforme fiscale dans le sens de l’allégement de la pression sur les revenus intermédiaires et une réforme de l’enseignement qui soit à même de favoriser la mobilité sociale.
En hésitant à s'engager dans cette voix, l'actuel gouverneme ne semble pas partager l'analyse des rédacteurs du rapport en question. La réduction du fossé entre riche et pauvre ne semble donc pas le préoccuper outre mesure. Espérons que le temps lui donne raison, mais il est à craindre que le risque est gros pour la stabilité du pays.



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chronique 
Le jeune blogueur condamné: Après la trique, le bâillon  Jeudi 11 Septembre 2008
Abdelaziz Mouride
Deux affaires secouent l’opinion publique marocaine en ce mois de ramadan, rappelant à son souvenir, non sans quelque dépit, que malgré tous les discours, notre pays n’est pas encore sorti de l’auberge, s’agissant du respect des libertés publiques comme celui de la dignité humaine. Il s’agit de la condamnation du jeune blogueur Mohamed Raji à deux ans de prison pour « manquement au devoir de respect dû au roi », en fait pour s’être exprimer librement sur ce qu’il considère comme une culture de l’assistanat que le roi encouragerait, et la seconde bien sûr l'affaire de la fatoua du fquih autorisant volontiers le mariage des filles à l’âge de neuf ans.
La justice dans notre pays étant ce qu’elle est -on rappelle que le roi lui-même en a dénoncé les tares à maintes reprises- il serait naïf de s’étonner qu’elle fasse encore des siennes dans l’affaire du jeune Raji. Il faut bien se le dire : La justice au Maroc n’arrive pas encore, malgré tous les appels à la réforme, à se concevoir en dehors de ce qu’elle a été depuis des siècles : un instrument zélé qui procède du fait du Prince, dont la fonction essentielle, malgré le Prince lui-même parfois, est d’être à son service et rien qu’à son service . Il suffit de se rappeler le nombre de procès qui ont eu lieu durant ces dix dernières années pour offense au roi, pour se rendre compte de la distance qui sépare la réalité de notre pays des discours sur la liberté d’expression et de l’Etat de droit.
Entendons-nous bien : Le devoir de respect dû à la personne du roi est incontestable. L’insulte, le dénigrement, l’atteinte à sa vie privée est condamnable, et il n’y a rien de scandaleux à ce que la justice s’en mêle. Ce qui est scandaleux par contre, c’est l’emballement, le zèle que manifeste la justice à chacune de ces occasions, au point de ne plus s’embarrasser de la procédure légale ou des droits des accusés dont elle est tenue de respecter . Ce qui est scandaleux également, c’est la confusion délibérée des genre dont elle fait preuve à chaque fois, entre atteinte à la personne du roi- ce qui est condamnable- et critique de la politique partielle ou totale du roi, ce qui est du domaine du droit des citoyens.
C’est le cas de ce jeune blogueur condamné, dans la précipitation et en dehors de toute procédure légale, sans la présence d’un avocat qui plus est, à deux ans de prison, pour avoir émis une opinion personnelle sur un aspect de la politique du roi.
Et puis il y a ce fquif apprenti sorcier qui ne s’embarrasse pas d’inciter ouvertement ses ouailles à la pédophilie, en la faisant passer sous des oripeaux de la religiosité. Là aussi, l’étonnement est pour le moins superflu s’agissant de ce genre de discours devenu malheureusement banal grâce aux satellitaires des oligarchies pétrolières d’Arabie et d’ailleurs. Ce qui étonne et scandalise, ce qui est triste, c’est le silence du gouvernement à ce sujet, et notamment du ministère des Affaires religieuses, et le peu d’empressement de la justice dans ce cas, à s’en prendre au mufti autoproclamé.
Il est indéniable que le Maroc, sous la férule du jeune roi, a fait des efforts appréciables en matière de libertés publiques comme en matière des droits de l’homme malgré que ces efforts soient occasionnellement ternis par des nostalgiques zélés de la trique et du bâillon. Faut-il rappeler à l’occasion, ce qui s’est passé dernièrement à Sidi Ifni ?
Ces efforts risquent cependant, de s’annuler, d’être avalés par le trou noir que représente la justice marocaine telle qu’elle est conçue et pratiquée jusqu’à présent .
La valeur de symbole que représente le roi est un fait indéniable, ne serait-ce qu’en raison de sa grande popularité auprès des citoyens, un paramètre que d’aucuns ont tendance à oublier. Mais le roi est également un homme public et un responsable politique qui préside de manière directe à la destinée de note pays et celle de ses citoyens contribuables faut-il le rappeler. A ce titre, les dits citoyens sont en droit non seulement d’avoir leur mot à dire sur sa politique, mais également de demander des comptes sur leur argent. Sinon à quoi sert la démocratie, la liberté d’expression.
De ce fait, s’il y a des gens à qui on se devrait de mettre le holà dans ce pays, ce ne sont certainement pas ces Mohamed Raji dont il faudrait s’attendre à ce qu'il se multiplient à l’avenir -le Marocain d’aujourd’hui n’étant plus ce qu’il était dans les années 60- mais bel et bien à ces zélateurs à la petite semaine, capables de mettre le feu à tout le pays s’il le faut, rien que pour gagner les faveurs du pouvoir.
En vérité s’il y a un coupable de non respect dû au roi, c’est en la personne de ces néandertaliens qu’il faudrait le chercher. Y compris ce fquih pédophile qui essaie de tirer les honnête gens vers le bas. Mais certainement pas Mohamed Raji qui entend exercer son droit de citoyenneté.
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chronique 
Sidi Ifni: le témoignage d'une jeune suppliciée  Vendredi 11 Juillet 2008
Mariam la suppliciée
Abdelaziz Mouride
Y a-t-il eu des actes de viols lors des événements de Sidi Ifni ? Les autorités marocaines, on le sait, nient catégoriquement ces actes tout autant qu'elles nient qu'il y a eu des morts . Et voilà que la presse nous fait part du témoignage d’une jeune fille d’Ifni qui affirme avoir été torturée et violée par des policiers . Mieux, elle affirme avoir reçu le témoignage de filles qui ont été victimes de viol collectif .
Mariam Outmouhine , c’est le nom de la jeune fille, n’est ni une militante associative, ni une affidée d’un quelconque parti extrémiste. Elle n’a pas été parmi les grévistes qui bloquaient les bateaux dans le port de la ville, elle n’était d’aucun combat ni ce jour là, ni jamais. Mariam est l’une de ces nombreuses filles de gens humbles qui n’ont rien à se reprocher, ni à reprocher à personne quant aux difficultés de leur quotidien. Elle n’a, de surcroît, aucun intérêt à accuser qui ce soit d’un viol imaginaire dans une petite ville profondément conservatrice où ce genre de crime est frappé d’omerta. Il fallait donc, en plus du courage, voire de la vaillance, que sa douleur, sa rage , sa révolte, son dégoût aussi soient d’une telle ampleur, d’une telle intensité qu’il lui est impossible de les contenir, de ne pas les crier haut et fort à la face du monde.
Mariam affirme avoir été arrêtée arbitrairement devant chez-elle et emmenée au commissariat où elle a été mise à nu, avant d’être sauvagement torturée et violée . Elle affirme également avoir vue d’autres filles et d’autres garçons dans ce même commissariat subir le même triste sort.
Le témoignage de Mariam comme celui de beaucoup d’autres jeunes de la ville, laisse penser que ce qui s’est passé à Ifni ressemblerait plus à une campagne punitive contre les populations , qu’à une opération ponctuelle de maintien de l’ordre.
Inutile cependant de conclure ici à la véracité ou non de ce témoignage douloureux.
Il faudrait au préalable s’assurer qu’il est bien réel, que la jeune Mariam est elle-même l’auteur et qu’elle l’a bien confié à la presse.
Il faudrait également attendre les conclusions de la commission parlementaire qui vient de rentrer d’un séjour à Ifni.
Et après ?
Oui, et après. C’est à ce moment qu’il faudrait demander des comptes, dans le cas où ces accusations seraient fondées. C’est à ce moment là qu’il faudrait exiger que justice soit faite , pour la jeune Mariam comme pour toutes les autres victimes du despotisme.
Il y va de la crédibilité de l’Etat et de ses institutions. Il y va de son autorité aussi.
Il y va de l’avenir de ce pays.

Lire le témoignage de mariam sur




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chronique 
Misère de la politique et politique de la misère  Lundi 23 Juin 2008
Abdelaziz Mouride
La parabole des aveugles de Bruelgel l'Ancien
« Le mouvement d’Ali El Himma voit d’un mauvais œil la ruée des élus de Casablanca », lit-on dans un journal ce week end. L’occasion, la rencontre tenu à Casablanca en fin de semaine par le mouvement en vue de prendre contact avec le gotha casablancais.
On imagine l’état d’effervescence qu’un tel événement est susceptible de susciter dans « la politicosphère » de la place, à l’instar d’ailleurs des autres places où le mouvement El Himma a , jusque là , jeté l’ancre et fait son plein d’applaudissements et de provision en « démocrates » qui, jusque là, s’ignoraient .
Pourquoi alors le « Mouvement » voit-il subitement d’un mauvais œil un tel élan d’enthousiasme des nouveaux affidés, alors qu’il devrait logiquement se réjouir du succès de sa démarche auprès de bons citoyens avides de servir sous les drapeaux de la démocratie en marche ?
Pour les raisons auxquelles tout un chacun pense tout en s’interdisant de s’y attarder. C’est une vieille tradition marocaine de détourner le regard de la réalité, surtout lorsqu’elle est peu réjouissante, et de fantasmer sur des chimères. Ce que le grand juriste tunisien Yahd Achour résume, en parlant des Arabes en général, dans cette belle phrase : « Nous vivons des choses non pensées et nous pensons des choses non vécues ». Tout le monde sait donc, sans oser se l’avouer, pourquoi le mouvement El Himma a eu le succès qui est le sien jusqu’à présent au point que même les deux chaînes, au mépris de la déontologie, lui accordent une place dont aucune association de même nature, ni aucun parti politique, n’oseraient rêver. C’est parce que El Himma fait partie du cercle très restreint et très fermé qui entoure le roi. On dit même qu’il est le meilleur ami du souverain. En plus, ce monsieur a été pendant de longues années l’un des piliers du ministère de l’intérieur où il a toujours ses entrées.
Ce sont là ses atouts, bien plus important que toutes ses prétentions démocratiques, atouts qui lui attirent la foule aussi bien des simples curieux que celle des candidats à l’embrigadement pour de bonnes raisons peut-être, mais aussi pour de bien mauvaises. C’est ce que confirme ce journal qui rapporte que « certains dirigeants » du mouvement comparent les élus qui se bousculent à ses portillons pour être de la fête, « aux femmes qui font recours au médecins pour se refaire une virginité ». Drôle de comparaison de la part d’un apôtre de la démocratie, mais passons.
C’est pourquoi, selon le même journal, le mouvement insiste, nous dit-on, entre autres conditions d’admission, sur la « propreté » des prétendants. Entendez : la droiture morale, l’incorruptibilité.
En attendant de savoir comment les nouveaux gourous de la démocratie vont-ils s’y prendre, on apprend d’après la presse que sur les 1800 prétendants qui ont exprimés leur volonté d’assister à la rencontre, seulement 600 personnes ont été acceptées.
Pourquoi les 1200 autres ont été jugés non convertibles à la démocratie ?
On ne le saura jamais, mais on pourrait se demander si par hasard, l’ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur n’y est pas pour quelque chose dans la mise à l’écart des indésirables. Ne se serait-il pas servi par hasard des dossiers qu’il instruisait alors sur tout un chacun, pour « rayer les mentionnés inutiles » ?
Il y a quelque chose de pervers dans toute cette histoire. C’est une banalité de le dire puisque la perversité, comme le disait Voltaire, est à la source même de la politique, plus que la grandeur humaine, mais tout de même : Voilà un mouvement qui ne jure que par la démocratie et qui ne trouve cependant aucune gêne à s’érige en juge des mœurs des gens et qui est en train, par ailleurs, de cannibaliser le champs politique par des moyens peu avouable.
En face, une classe politique sans foi ni loi, qui se rue aux brancards pour peu qu’elle flaire la bonne affaire.
Comme misére en matière politique, on en fait rarement mieux.
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chronique 
Une énigme nommée Ali El Himma  Samedi 07 Juin 2008
Abdelaziz Mouride
Osiris émergeant du vase dont le culte s’est répandu chez les Romains. L’expression de son visage est complexe : un mélange de ferveur, de tendresse et de crainte.
Que penser de Ali El Himma et de son mouvement ? Je ne voudrais pas céder à la « raison des sots » comme disait Voltaire parlant des préjugés qui, en nous offrant le confort de la conformité et de l’harmonie avec les évidences ambiantes, n’altère pas moins notre faculté de jugement .
« La raison des sots » dans le cas El Himma , voudrait que ce monsieur soit l’instrument de quelques intérêts obscurs, les mêmes qui ont présidé à la naissance du FDIC au début des années 60, et dont le but ultime aurait été d’affaiblir les partis nationalistes de l’époque sinon de les évacuer, manu militari si nécessaire, du champs politique, et par conséquent provoquer le gâchis dont le pays peine encore à se débarrasser.
Ainsi El Himma ne serait qu’un Guedira bis , à supposer que Guédira fut effectivement mû par ce dont il fut accusé pendant longtemps, c’est-à-dire la volonté de nuire en jouant au trouble fête.
Ce qui est irritant chez les détracteurs de Ali El Himma, c’est moins la sévérité du jugement, attitude qui, après tout, est tout aussi légitimité qu’une autre, que la véhémence qu’ils font à refuser d’y mettre un brin de doute.
Le doute, la capacité de se poser des questions au sujet de ses propres convictions. Voilà l’ingrédient qui manque encore à la culture politique marocaine et qui explique sans doute largement cette engouement pour les raccourcis tel le complot, la conspiration qui seraient en train de se tramer à chaque instant par des forces obscures et innommables.
« Il faut être bien naïf pour ne pas voir ce qu’il y a derrière El Himma ! » entend -t-on ici et là.
Allez, poussons la naïveté jusqu’au bout et demandons-nous si la démarche d’ El Himma et son équipe, ne procéderait-il pas plutôt, d’un sursaut de conscience face à la léthargie endémique qui paralyse la classe politique marocaine et qui risque de faire place vacante devant l’assaut de l’obscurantisme, islamiste ou autre ?
El Himma a expliqué ses raisons : D’après les enquêtes récentes 2% seulement des marocains font confiance aux partis politiques, ce que les dernières élections législatives ont confirmé d’ailleurs.
Second reproche formulé clairement : Voilà maintenant des années que des documents aussi importants que le Cinquantenaire du développement humain ou Les Objectifs du Millénaire pour le Développement, sont publiés sans susciter le moindre commentaire dans la classe politique, ni de la presse nationale et encore moins provoquer un débat sur l ‘avenir du pays.
On peut tout reprocher à El Himma : son passé de suppôt du terrible ministère de l’intérieur, sous la coupe d’un comique tel un Basri ; de faire partie des cercles restreints et fermés du pouvoir, etc. On ne peut pas lui reprocher sa franchise à confronter les politiques à leur vacuité ou de se soucier à bon droit, de l’avenir de ce pays ; lui qui semble faire écho à la parole du bon vieux Voltaire : « N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas? .» Ceci étant, l’énigme El Himma n’en est pas moins entière. Au moins sur quatre point :
-Comment en effet, dans un système aussi cloisonné, aussi réfractaire à toute liberté de ton, à toute improvisation, surgit soudain, un homme aux allures d’un militant gauchiste, aux propos débridés, tel un électron libre dans une structure qui fonctionne selon des codes précises et rôdés ?
-El Himma et son personnel jurent leurs grands dieux qu’ils ne cherchent pas à prendre la place des partis en créant un nouveau parti, mais en même temps, El Himma en tant qu’élu fonctionne comme un parti en organisant un groupe parlementaire et en se positionnant sur l’échéquier politique.
-Comment Ali El Himma a-t-il pu mettre ensemble tant de monde qui n’aurait jamais pensé se croiser même dans la rue, s’il ne jouissait pas du statut qui est le sien comme ancien de l’Intérieur, ami du roi entre autres sucreries. En fait ce qui fait la force d’El Himma fait également sa faiblesse, car qui pourrait garantir que sa capacité de mobilisation tient de la force de ses idées ou au contraire, de motivations triviales de ses affidés. Sans doute El Himma n’a pas eu vent de cet autre parole de Voltaire (eh, oui encore lui) : « La politique a sa source dans la perversité plus que dans la grandeur de l'esprit humain».
-Enfin El Himma, la main sur le cœur, ne jure que par le changement, la refonte, et autres bousculades des habitudes politiques, Ce qui est à son honneur, et ce dont le pays a besoin effectivement. Mais peut-on mener une mission aussi titanesque en s’attelant à un quartier général qui compte deux ou trois anciens gauchistes repentis, un journaliste en mal de retour, en plus d’illustres inconnus qui n’ont été d’aucune bataille , ni d’aucune conviction ?
Voir !
*Légende photo : Osiris émergeant du vase dont le culte s’est répandu chez les Romains. L’expression de son visage est complexe : un mélange de ferveur, de tendresse et de crainte.
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chronique 
A propos des caricatures de Mohamed  Jeudi 27 Mars 2008
La réapparition dans les médias des caricatures danoises du Prophète Mahomet, à la suite de l'arrestation de trois musulmans accusés de comploter l'assassinat de l'un des caricaturistes, a relancé entre l'Occident et le monde musulman le débat sur la liberté d'expression de l'artiste.
Il est regrettable que des manifestations violentes dans diverses parties du monde musulman en réaction à des formes d'expression artistique de ce genre aient souvent masqué l'opinion de la majorité silencieuse des musulmans qui ne partagent pas cette perception limitée de l'islam.
La presse danoise a expliqué que, par la publication de ces caricatures, elle manifestait sa réprobation contre les tentatives déployées par les musulmans de bâillonner leur liberté d'expression par des tactiques d'intimidation. De leur côté de nombreux musulmans de par le monde, estimant que les caricatures constituaient un affront à leurs convictions religieuses, ont exprimé leur colère dans des explosions passionnées et des scènes d'émeute.

Ce n'est pas la première fois que l'Occident et les musulmans s'empoignent sur la question des rapports entre liberté d'expression et religion. Les œuvres d'écrivains et d'artistes tels que Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Nasr Hamid Abu Zayd, Naguib Mahfouz et d'autres ont mis le monde musulman en fureur.

Il est attristant de constater que la réponse donnée aux caricatures par les musulmans adeptes d'interprétations étriquées de l'islam va de pair avec les bains de sang insoutenables commis chaque jour par des personnes portant le nom de Mohammed, dans les rue de Karachi, de Kandahar, de Bagdad et d'autres villes au cœur du monde musulman.

A mon avis, ces musulmans devraient se livrer à une bonne introspection et balayer devant leur porte avant d'aller faire la morale aux autres et de critiquer leurs valeurs.

Pour y parvenir, le mieux est encore de revisiter l'art dans le monde musulman à travers le prisme de l'histoire. La façon dont les musulmans perçoivent l'art en général, et l'art représentatif en particulier, provient sans doute des origines de la religion musulmane. Contrairement à la plupart des autres grandes religions, dans lesquelles les signes, les symboles, la sculpture, la peinture jouent un rôle essentiel dans la transmission du message spirituel, l'islam a été fondé sur l'abolition de l'adoration des idoles.

C'est sans doute la raison pour laquelle certains musulmans sont restés relativement indifférents à la destruction par les Talibans des statues de Bouddha dans la province afghane de Bamiyan.

D'un point de vue historique, rappelons aussi que de nombreuses formes d'expression artistique se sont manifestées un peu partout dans le monde musulman –empire ottoman, al Andalous et autres.

Aujourd'hui encore, l'art existe presque partout dans le monde musulman, encore que le degré de liberté dont jouissent les artistes pour décider de ce qu'on peut ou non représenter dépend fortement des différentes écoles et pratiques islamiques.

On s'accorde généralement à reconnaître que si, en Occident, l'écrivain et l'artiste peuvent laisser libre cours à leur vocation en fonction de leurs valeurs individuelles, l'écrivain et l'artiste musulman ont souvent été contraints d'adhérer à certaines conventions telles que prescrites par les valeurs religieuses dominantes.

Mais ce conformisme n'a pas toujours été le statu quo; de nombreux artistes au cours des temps ont donné suite à leurs talents créateurs en s'exprimant dans la poésie, dans le dessin, voire dans des tableaux représentant Mahomet.

Le problème n'est peut-être pas celui de la liberté de parole à proprement parler, mais plutôt celui de l'interprétation de l'art que chacun fait à travers son éducation, ses convictions, sa culture et son histoire.

Ce qui serait de l'histoire ancienne en Occident fait encore partie de l'actualité contemporaine quand il s'agit de définir le présent dans le monde musulman. Les croisades, le colonialisme et de longues années de domination culturelle occidentale ont laissé leur empreinte sur le psychisme de la nation musulmane. Et les situations regrettables observées de nos jours en Afghanistan, en Irak, en Palestine et ailleurs n'ont fait que raviver ces anciennes blessures.

Malheureusement, c'est à travers ce prisme kaléidoscopique que certains musulmans voient dans tous les actes de l'Occident un affront à leur religion, une menace à leur identité et une insulte à leur fierté. Et avec un islam jouant le rôle de force centrifuge dans de nombreux pays musulmans, c'est par les yeux de la religion que ces musulmans voient et mesurent toute chose, convaincus que l'art et autres quêtes intellectuelles doivent se soumettre à sa loi.

Il est temps que les musulmans acceptent le fait qu'il est malavisé et discourtois pour un invité d'imposer ses propres règles à son hôte - le Danemark en l'occurrence. On ne voit pas chez nous des Américains ou des Européens se livrer à des émeutes et brûler des ambassades lorsque les journaux musulmans conservateurs se moquent de l'Occident ou lorsque des religieux musulmans extrémistes jettent l'insulte et l'anathème sur l'Occident.

Pour reprendre les termes de la sculptrice polonaise Magdalena Abakanowicz, "l'art ne résout pas les problèmes mais il nous fait prendre conscience de leur existence. Il ouvre nos yeux à la vue et notre esprit à l'imagination".
Bashir Goth (CGNEWS)

* Bashir Goth est poète et journaliste somalien renommé. Il est auteur de nombreux articles portant sur des thèmes culturels, religieux et politiques.
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chronique 
Mohamed Reggab : la génération des vétérans  Lundi 22 Octobre 2007
27 ans après sa mort le 16 octobre 1990, l’expérience cinématogrphique de Mohamed reggab continue de susciter de l’intérêt.
Que reste-il de l’héritage de la génération de Mohamed Reggab ? La question mérite d’être posée en ce mois d’anniversaire de la mort du réalisateur de l’un des films qui a marqué le cinéma marocain des années 80, et son unique long métrage, « Le Coiffeur du quartier des pauvres ».
Né en 1942 à Safi, Mohamed Reggab a fait ses études primaires et secondaires à Casablanca. Baccalauréat scientifique en poche, il part en France pour terminer ses études supérieures, comme il était courant à l’époque. Avait-il en tête de faire une spécialité cinéma ? On ne sait pas. Toujours est-il qu’il se retrouve à l'Ecole de cinéma de Vaugirard à Paris puis à Moscou au VGIK (l'Institut d'État des Études Supérieures Cinématographiques), jusqu'en 1964 . Après quoi, il se retrouve à Bruxelles pour, cette fois, étudier la psychologie à l'Université libre de Bruxelles.
Reggab était loin d’être le seul à choisir la filière cinématographique à l’époque. D’autre l’ont fait bien avant lui ou en même même temps que lui. Il faut se rappeler le contexte de l’époque. Le pays venait de conquérir son indépendance, il y a moins d’une dizaine d’année, on imagine l’enthousiasme de la jeunesse d’alors, à vouloir accéder à des domaines d’activité exclusifs à l’occupant jusque là. Entre autre le cinéma qui de surcroît, faisait rêver. Y a-t-il une carrière plus excitante que le métier de cinéaste ? D’autant plus que la place était vide, depuis que les français qui étaient les maîtres incontestés du Centre Cinématographique Marocains étaient sur le départ .
Sous le nouveau directeur Omar Ghannam, nommé à la tête du CCM en 1960, Un programme de formation de cadres a été établi et approuvé par le gouvernement de l’époque. Il s’agissait de combler le vide laissé par les Français.
C’est à l’IDEC (Institut des Hautes Etudes Cinématographique) que la majorité des cinéastes nationaux ont été affectés pour une formation dans les différentes spécialistes du cinéma. Prise de vue, montage, réalisation, décor etc..
Parmi les lauréats de l’époque on trouve : Abdelmajid Rechiche, Abdellah Bayahia et Mohamed Abderrahman Tazi, Ahmed Bouanani, Abdellah Remili, Abdeslam Sefrioui, Latif Lahlou, Mohamed Lotfi, Hamid Bennani, Moumen Smihi, Mohamed Tazi, Noureddine Gounjar et Abderrahman Khayat. Hakim Noury , entre autres.
D’autres cinéastes étaient affectés ailleurs. C’est le cas de Souheil Benbarka, lauréat du Centre expérimental de Rome, les frères Mustapha et Abdelkrim Derkaoui, et Abdelkader Lagtaâ, lauréats de l’école de LODZ et bien sûr Mohamed Reggab du VGI (Institut supérieur du cinéma de Moscou).
Le résultat ne s’est pas fait attendre. Ce n’est pas un hasard que les premiers films datent des années 60 qui furent particulièrement fructeuses en productions de courts métrages notamment. Pas moins de 200 films en effet, ont été produits durant ces années grâce à cette première génération. Des films de vulgarisation, des documentaires surtout, mais également des fictions, telles : « Pour une bouchée de pain » (1960) ; « Nuits andalouses » (1963) de Larbi bennani ; « Tarfaya ou la marche d’un poète » (1966) de Bouanani ou encore « Silhouette au fil d’or » (1967) d’Ahmed mesnaoui entre quantité d’autres.
C’est à cette époque que datent les premières productions de Reggab pour le compte de la TVM qu’il rejoint en 1967. Son moyen métrage, « Histoire de verre » est réalisé deux ans après.
Ce sont les années 60 aussi qui furent le point de départ véritable, si l’on excepte l’expérience Ousfour dans les années 50, des premiers longs métrages dont « Al Hayatou Kifah d’Ahmed Masnaoui en 1968, et « Quand mûrissent les dattes » de Larbi Bennani, et « Soleil de printemps » de Latif Lahlou en 1969 ; et plus tard « Le Facteur » de Hakim Noury ; « Mirage » de Bouaanani et bien d’autres.
Que reste-il donc de cette première expérience dont Reggab fit partie ?
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chronique 
Désertification culturelle  Samedi 13 Octobre 2007
Tahar Ben Jelloun

C’était il y a longtemps. Je prenais un café avec Jean Genet dans le centre ville à Tanger. La Marche Verte venait d’avoir lieu. Nous parlions de cet enthousiasme du peuple marocain, puis Genet s’arrêta et posa son regard sur un groupe de jeunes qui étaient là en train d’attendre quelque chose ou quelqu’un.

Ils s’ennuyaient. Après un moment de silence, il me dit :
--Tu sais qu’en ce moment a lieu à Paris une très belle exposition de Van Gogh ; le ministre de la culture marocain devrait organiser des charters pour emmener ces jeunes voir ces magnifiques peintures. Ce serait rendre un grand service au Maroc.

Certes Genet était connu pour son esprit de provocation. Mais là, ce n’était pas une de ses idées dérangeantes et malintentionnées. A bien réfléchir il avait raison. L’idée du charter est une métaphore. On pourrait imaginer d’offrir un voyage aux étudiants les plus méritants pour visiter le musée du Prado à Madrid ou le Louvre à Paris. Encore faut-il avoir un ministère digne de ce nom et un intérêt sincère pour la jeunesse de ce pays. On pourrait aussi imaginer une telle exposition se tenir dans un grand musée du royaume. Il n’y a pas de musée ? Ah, bon. Pas de musée national ? Rien ? Des projets ? Passons.

Nous assistons de plus en plus à une avancée du désert culturel dans notre pays. Cette désertification est une réalité criante. Certes, il existe un ministère avec un ministre et des fonctionnaires. On me dit que son budget est tellement misérable qu’on n’en parle même pas. Mais ce qu’il y a de pire que l’absence de moyens financiers c’est l’absence de volonté politique. La culture a certes besoin d’argent pour se produire. Mais elle a surtout besoin de considération et de réelle volonté afin de lui ouvrir un espace assez large pour exister. Le peuple a sa culture, encore faut-il la valoriser et lui donner les moyens de s’exprimer.

On a pris l’habitude de confier la culture du pays aux centres culturels étrangers comme les instituts français, allemand, espagnol. Heureusement qu’ils existent, d’abord parce qu’ils sont utiles et nécessaires, ensuite parce qu’ils démontrent la faiblesse voire l’inexistence d’initiatives nationales qui répondraient aux attentes d’une jeunesse qui comme toutes les jeunesses du monde a besoin de consommer de la culture qu’elle soit classique ou moderne, provocatrice ou simplement traditionnelle.
Laisser cette jeunesse livrée à elle-même dans un contexte politique mondial marqué par l’extrémisme meurtrier, est une erreur, une faute dont on ne mesure pas les conséquences à court ou long terme.

Les politiques devraient comprendre que le développement économique du Maroc est incomplet et lourdement handicapé sans le développement culturel. En quoi consiste-t-il ? Le chantier culturel devrait être aussi important que celui de l’enseignement ou du moins qu’il en fasse partie.
Je me souviens lorsque Mohamed Benaïssa avait été nommé ministre de la culture, je lui avais conseillé, en tant qu’ami, de lancer la construction de plusieurs centres culturels dans les villes du royaume. Je lui avais donné l’exemple du Centre Beaubourg à Paris qui est un véritable champ de bouillonnement culturel. Des milliers de visiteurs quotidiennement. Une réussite formidable dans une capitale qui ne manque pas de musées ni de lieux où les nourritures culturelles sont aussi importantes que les nourritures terrestres.
Evidemment nous n’avons pas les moyens de la ville de Paris. Mais avons-nous des idées ? des initiatives simples pour développer les potentialités créatrices de notre jeunesse ? Benaissa avait acquiessé avec un sourire en coin du genre « cause toujours ».

Longtemps j’ai cru que le Maroc serait différent des autres pays arabes. Il est vrai qu’il est actuellement le seul pays arabe qui avance et se distingue par la volonté d’en finir avec les vecteurs de l’arriération et de l’immobilisme. Le monde arabe est entré dans une période de déclin et de décadence que plus personne ne conteste. Regardez le statut de la femme dans la majorité des sociétés arabes, regardez l’état des droits de l’homme, l’état des libertés individuelles et générales. Le Maroc essaie d’échapper à cette fatalité de la régression, mais on ne peut pas dire que les choses se passent vraiment bien. La presse est relativement libre, mais de temps en temps on s’en prend à cette liberté pour lui imposer des limites, ce qui réjouit les ennemis du Maroc qui ne se privent pas de le matraquer par des éditoriaux cinglants. La presse a son rôle à jouer dans le bouillonnement culturel. C’est un média qui rend compte et amplifie ce qui se produit. Or, regardez l’espace que la presse réserve à la culture : minable. Peut-être parce qu’il n’y a rien à rapporter, peut-être parce que les directeurs de rédaction sont eux-mêmes convaincus que la culture est la dernière roue de la charrette. Qu’importe, une opinion publique se nourrit de ce qu’elle consomme et aussi de ce qu’elle espère. Or le niveau zéro est atteint dans les deux cas.

Durant le Salon du Livre de Casablanca de février 2006, j’ai vu le ministre de la culture Mohamed Acha’ri. Comme pour son prédécesseur je lui ai demandé de créer davantage d’espace et de lieux culturels dans le pays. Il m’a dit tu as raison, il faudra en parler en haut lieu.

Est-ce que ce qu’il appelle le haut lieu aurait été contrarié ou révulsé de voir son ministre prendre l’initiative de faire construire des centres culturels dans les quartiers populaires de Casablanca et autres villes du pays ? Vous me direz avec quoi ? L’argent, ça se trouve. Ce n’est pas cela qui a empêché notre ministre poète d’agir, non, ce qui l’a empêché d’agir c’est sa vieille conception du pouvoir consistant à ne pas bouger, à ne pas faire de vagues et à rester dans une discrétion lui garantissant son maintien au pouvoir. Il n’a pas de mauvaises idées, mais pire que tout il est inhibé, de peur de déplaire, de peur de déranger un ordre bien calme, insignifiant et tranquille, aussi tranquille qu’un cimetière où la mémoire des morts se fane et se désespère.

A quoi sert un centre culturel ?
L’extrémisme enrobé de discours religieux est ravi que ces centres culturels n’existent pas. C’est le vide qui lui permet d’agir, qui lui donne la possibilité de s’engouffrer dans des lieux où des jeunes attendent. Ils sont disponibles, prêts pour n’importe quelle aventure qu’elle soit celle de l’intelligence et de la découverte ou celle de l’obscurantisme qui remue des instincts primitifs et meurtriers.
Cioran disait qu’il ne faut pas s’étonner de voir le fanatisme s’emparer de la jeunesse, c’est normal qu’un jeune soit tenté par l’extrémisme. Le sachant, on pourrait éviter à un pays quelques catastrophes.

Le fanatisme se nourrit de l’ignorance. Ce qui est pire que l’ignorance, c’est la prétention de pouvoir tout expliquer, tout comprendre et d’aller répandre ce discours là où la culture multiple et ouverte n’existe pas.
« L’intelligence c’est l’incompréhension du monde » aimait dire André Gide qui reprenait une pensée de Henri Bergson. On pourrait la remplacer par « la bêtise est la prétention de comprendre le monde, de tout expliquer et d’être content de soi ». Non que le monde est incompréhensible, mais il est complexe parce qu’il est divers et riche et que l’être humain n’est pas toujours aussi transparent qu’il pense l’être.

Comme on a lancé le chantier des auto-routes, des ports et des aéroports, on aurait pu, dans le foulée lancer le chantier des centres culturels dans les petites et grandes villes. Quand on veut on peut, dit l’adage populaire. Au Maroc, aucun responsable sérieux ne conteste l’importance voire l’urgence d’équiper le pays en centres et espaces culturels. Oui, je sais, il y a les festivals, les moussems, les célébrations etc. Ce sont des moments exceptionnels. Il faut qu’ils continuent mais ce dont nous avons besoin c’est de la culture au quotidien et à la portée de tous. Le succès de ces festivals prouve combien la jeunesse a soif de culture. Il faut l’entendre, il faut décrypter ses messages et en tenir compte.

Prenons le cas du livre. En dehors du salon de Casablanca, le livre sommeille dans des caisses ou sur quelques pauvres étagères. La lecture ne cesse de se raréfier dans le monde arabe. Dans un ensemble de pays qui ont en commun la langue arabe classique, un roman best-seller ne dépasse pas le nombre de trois mille exemplaires ! Les Arabes lisent de moins en moins. C’est un des signes de la crise que vit cet ensemble de pays déchirés, mal développés, non démocratiques et ruinés par des guerres intestines et des dictateurs du genre Saddam ou aujourd’hui Kadhafi.
Au Maroc, ceux qui ont envie de lire n’ont pas les moyens d’acheter des livres et ceux qui sont aisés n’achètent pas de livres ou à quelques rares exceptions. Regardez les maisons des gens riches ; l’architecte pense à tout sauf à une bibliothèque. Ce n’est pas de sa faute, mais celle du propriétaire pour qui la lecture est un vague souvenir de ses années d’études où il se devait de lire des extraits de livres au programme. La lecture, « ce vice impuni » est de moins en moins pratiquée. Prenez le train et vous verrez que peu de gens utilisent ce temps pour lire. Je donne cet exemple parce que la première chose qu’on remarque quand on prend les transports en commun en France, c’est que toutes les têtes ou presque toutes sont plongées dans un livre.
L’état de la lecture est alarmant. Si vous le contestez allez faire un tour dans les rares librairies qui résistent encore. Dans une ville comme Tanger (un million d’habitants en moyenne), existe deux librairies principales dont l’une, quasi historique, est en train de mourir. Le livre se vend dans des papeteries, des kiosques à journaux. Seules les librairies de la pensée islamique ont l’air de survivre dans ce désert où personne ne s’inquiète de l’état du livre.
Cependant les Marocains lisent …des journaux, des magazines, des hebdos à scandale. Ils adorent, certes l’information, mais ce qu’il y a autour comme par exemple la rumeur, les pseudo scoops, les racontars etc.

Je ne ferai pas le tour de tous les domaines culturels dans ce pays, je vais juste faire quelques remarques. La musique poursuit son chemin avec quelques surprises, je pense notamment à certains groupes de Rap. Le cinéma se fait dans des conditions et avec des moyens pathétiques. De plus en plus de salles de cinéma ferment pour cause de non fréquentation. Le DVD piraté fait des ravages. Et cela au détriment de la lecture. Les Ciné-clubs qui ont formé plusieurs générations de cinéphiles ont tous disparu. Le théâtre n’a que la télévision pour s’exprimer. Quant à la peinture, il y a pléthore ! Dans le tas et avec le temps, il en sortira bien un ou deux grands peintres. Mais là aussi l’Etat n’y est pour rien. Ce qui n’a pas empêché des faussaires et des usurpateurs d’apparaître et de faire illusion. Ce qui est tout à fait normal dans un pays où n’existe pas de tradition critique ni de tradition d’un marché de l’art. Vendre ne veut pas dire avoir du talent. Or il se passe au Maroc un phénomène étrange qui perturbe les valeurs : un peintre qui a plus de talent pour vendre que pour créer parvient à se faire une petite carrière commerciale qui trompe énormément. Pendant ce temps-là les valeurs sûres refusent de se plier à ce jeu de massacre où l’argent est devenu le critère du talent.

Dans un article paru il y a quelques temps dans Tel Quel, le poète Abdellatif Laâbi attirait notre attention sur le fait que le Maroc néglige la mémoire de son patrimoine culturel. Il a eu raison de signaler cette culture de l’oubli. Mais qui l’a entendu ? Qui a fait quelque chose depuis pour sauvegarder cette mémoire qui vient de loin et dont le pays a besoin si l’on veut continuer d’exister sur la scène culturelle ?
Il n’y a pas que l’oubli, il y a aussi une absence de prise de conscience. Le niveau de l’enseignement, vecteur essentiel pour accéder à la culture, y est pour beaucoup dans cette désertification culturelle. Mais là nous touchons un domaine qui a fait pleurer plus d’un.



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