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Abdelaziz Mouride
Peut-on parler de classes moyennes au Maroc ? Une enquête conduite par Ahmed Lahlimi, patron du Haut Commissariat au Plan, répond plus ou moins confusément, par l’affirmatif. Ce qui ne manque pas d’étonner lorsqu’on se rappelle que le rapport sur le développement humain, réalisé il y a quelques années hésite à aller dans le même sens au motif de l’extrême hétérogénéité des couches sociales concernées : « Il est difficile d’affirmer que ces couches représentent une classe homogène, ayant une conscience d’appartenance commune et un système de valeurs et de comportements uniforme- lit-on dans 50 ans de développement humain au Maroc. Ils s’agirait plutôt d’une nébuleuse qui regroupe un large spectre de catégories socioprofessionnelles dont les conditions sociales et le mode de vie sont variables : cadres, professions libérales, fonctionnaires et cadres moyens, commerçants, petits et moyens entrepreneurs, agriculteurs, artisans, prestataires de services, etc.. »
D’où vient l’écart d’appréciation ?
Du fait que l’équipe de « 50 ans de développement humain » conduite par Meziane Belfkih, aborde la question de la classe moyenne en tant que concept sociologique bien déterminé, alors que pour Lahlimi classe moyenne n’est qu’une donnée statistique qui se situe entre deux, une sorte de catégorie intermédiaire qui se définit essentiellement par le niveau de ses revenus et de la structure de ses dépenses de consommation, critères sur lesquelles le Rapport de Meziane émet des réserves du fait que les classes moyennes sont « définit principalement par défaut et de manière résiduelle : sont considérées comme couches moyennes de la société toutes celles qui n’appartiennent ni à l’élite supérieure ni aux pauvres et aux vulnérables. »
L’enquête de Lahlimi pêche en effet par sa confusion entre classes moyennes et couches intermédiaires . Le premier est un concept sociologique qui confère à cette catégorie sociale une conscience collective, un système de valeurs communes et un rôle de locomotive de la société vers le progrès. La couche moyenne est ainsi une classe tampon dont la fonction est de cimenter la société et de déjouer le risque de polarisation autour des deux classes qu’un abîme sépare. Le terme de « couches intermédiaires » par contre, n'est rien d'autre qu'une notion descriptive qui désigne ce qui se situe au milieu sans autre forme de procès. Ce qui n’est pas sans intérêt pour savoir la structure des répartitions des revenus et des dépenses etc, en tant que données statistiques, mais ne nous est que partiellement secourable, quant à la élucidation de la dynamique sociologique dans notre pays.
Ainsi, après une longue enquête menée depuis 2007, Lahlimi et son équipe ne nous apprennent pas plus que nous ne savons déjà depuis bien longtemps et que le Rapport sur le développement humain de Meziane rapporte avec quelques variations, sans trop s’y attarder.
Que nous apprend Lahlimi ? Des chiffres : les couches intermédiaires représentent 53% de la population contre 13% de nantis et 34% de pauvres. 28% de cette population intermédiaire a un revenu mensuel par ménage supérieure au revenu moyen (5308 dhs) alors que 42% a un revenu mensuel situé entre 5308 dhs et 3500 dhs .
D’autres chiffres concernent la structure des dépenses de consommation, les niveaux d’endettement etc.
Peut-on arguer de l’existence d’une classe moyenne avec ça ? On s’en doute. Peut-on classer un ménage avec un revenu autour de 5000 dhs par mois, dans la catégorie de la classe moyenne ? Certainement pas et encore moins un ménage dont le revenu tourne autour de 3500dhs mensuels. Ces population sont sans doute des « couches intermédiaires » entre l’extrême misère et l’opulence, mais eux-mêmes se situent entre le dénuement extrême et la pauvreté.
Loin d’éclaircir la problématique de la classe moyenne au Maroc, l’enquête de Lahlimi a simplement mis le doigt sur l’ampleur de la pauvreté dans notre pays.
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