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Entretiens 
De Jacqueline à Zakia : histoire d’une passion  Jeudi 03 Mai 2007

Ecrivain, journaliste Zakia Daoud dans son dernier livre évoque «les années Lamalif »

Q : Vous êtes généralement identifiée à Lamalif. Vous venez de faire un livre sur ces années. Mais onn voudrait bien connaître, non pas Zakia, mais la jeune fille Jacqueline que vous êtes.
R : Lorsque je suis arrivé au Maroc, j’avais 21 ans, je n’avais donc rien derrière moi. J’avais à peine travaillé, un peu tôt pour payer mes études, j’ai fait comme tous les étudiants, j’ai gardé des gosses, j’ai porté des papiers etc…Et comme j’attendais que mon mari terminait ses études..

Q :il s’agit de Mohamed Loghlam
R :Oui, il avait une année d’avance sur moi –il faisait l’Ecole supérieure de journalisme et le CFJ par la suite- j’ai travaillé dans la pub, je faisais des enquêtes sociologiques. A la naissance de notre premier enfant, nous sommes rentrés au Maroc en 1958. Je n’avais donc aucune expérience professionnelle, je n’avais travaillé qu’une année.

Q :Vous êtes donc au Maroc en 1958, qu’est-ce que vous avez décidé de faire ?
R : Pour commencer, il fallait chercher du travail, d’abord à Casablanca, mais à Casa, il n’y avait que la presse Mas. Et quand nous nous sommes présentés, ils nous ont regardé comme des bêtes curieuses. Il y avait également la presse des partis politiques qui ne faisait que commencer. On était donc obligé d’aller tenter notre chance à Rabat. Loghlam a trouvé un boulot au ministère de l’Information et moi à la radio, à la chaîne française, non sans difficulté au départ. Après la mort de Mohamed V, nous avons quitté Rabat pour venir nous installer à Casablanca.

Q : Pourquoi ?
R : Tout simplement on sentait qu’une tendance qui n’était pas la notre qui prenait les choses en main, et on sentait que le champs des libertés qui rétrécissait. A Casablanca donc, j’ai voulu toujours faire de la presse mais il n’y avait rien. Ce qui amena Mohamed à se sacrifier en allant travailler à l’ONE puis à la formation profesionnelle. Finalement, j’ai travaillé à L’Avant-Garde un journal de l’UMT où je m’occupais d’une page de la femme et de fil en aiguille je me suis retrouvé à l’organisation des femmes. Ça a duré trois ans, puis j’ai commencé à faire des papiers pour Le Nouvel Observateur, ça s’appelait à l’époque France Oservateur, puis à Jeune Afrique qui venait d’être créé. C’était en 1963 ou 64.Voilà ce que j’ai fait avant Lamalif.

Q :Oui, mais avant la rencontre avec votre mari, qui était Jacqueline ?
R : Mes parents étaient des paysans normans, ils avaient une petite ferme, mon père s’appelait Robert David, c’est un nom courant en Normandie. Mon père n’aimait que 4 noms, Jacqueline, c’est moi, Jacques, c’est mon frère et puis Jean, Jean-Jaques.

Q :Comment s’est passée votre enfance ?
R : J’ai été à l’école du village comme tout le monde, mes parents sont des gens très durs, ce sont des paysans normans qui travaillent beaucoup, voilà, il fallait donc travailler. Après, je ne sais pas pourquoi, mes parents, au lieu de me mettre au collège qui se trouvait à une douzaine de kilomètre de notre village, m’ont mis dans une pension catholique à Rouen, très loin de chez-moi. C’était au début des années cinquante, j’avais 13 ans. Par la suite mon père ne pouvait plus payer la pension, j’ai dû donc travailler en suivant des cours à l’Ecole Universelle, puis des cours de langues et d’économie. Après je suis parti à Paris pour faire l’école du journalisme.

Q :Alors vous voilà correspondante de Jeune Afrique, que s’est-il passé par la suite ?
R :Par la suite, il y a eu les évènements de mars 1965, puis l’affaire Ben Barka, alors je ne sais pourquoi, c’était pour le début des tracasseries policières, on m’arrête sans raisons apparentes, on m’interroge, puis on me relâche, et ça a duré six mois. Devant tant de difficulté, Jeune Afrique m’a proposé de m’installer ailleurs et d’être son correspondant pour le Maghreb, mais j’ai refusé ; peut-être que j’ai été bête mais enfin, j’avais un enfant en bas-âge. Sur ce, Mohamed en avait marre de travailler comme fonctionnaire, et c’est là que l’idée d’un journal était née. Le premier numéro de Lamalif est paru en mars 1966.

Q :A combien vous tiriez à l’époque ?
R :Au départ nous tirions à cinq mille et par la suite douze mille.

Q :C’était peu ? c’était beaucoup à l’époque ?
R :Ah oui ! c’était beaucoup, il ne faut pas oublier que Lamalif était un journal mensuel .

Q :Quand on pense à Lamalif, on est impressionné par la qualité des personnes qui y publiaient des articles : Paul Pascon,Tozy, Bruno Etienne, Mohamed Ennaji et d’autres, sans oublier Mohamed Jibril, comment ça s’est passé pour qu’ils vous rejoignent ?
R :Non, Jibril n’avais pas le même statut, il est journaliste lui, on a fait appel à lui parce que nous n’arrivions plus à faire tout à nous deux. Les autres était des professeurs universitaires, ils étaient des collaborateurs extérieurs, des fois on les payait, et des fois pas.

Q :En plus de Lamalif, vous collaboriez également à Maghreb Information …
R :Oui, là on sortait Maghreb Information en association avec l’UMT de 1968 à 69 j crois, en tout cas jusqu’à l’arrestation de Mahjoub Ben Saddik. Après on nous a interdit mais nous avons gardé la partie maritime qui s’appelait Maghreb maritime. Après en 1971 nous avons repris la parution de Maghreb Information jusqu’à fin 72, date à laquelle la société a été scindé en deux, l’UMT a gardé le journal politique et nous, le journal maritime sous une nouvelle appelation Les Nouvelles maritimes, c’était un quotidien et c’était lui en fait qui nous faisait vivre. Après on a acheté le mensuel Le Maroc Agricole, et quand il y avait la foire, on faisait des plaquettes, nous jouions en fait le rôle d’une agence de communication, parce qu’à l‘époque, il y en avait pas, il y avait Havas et c’est tout .

Q :Pour quelle raison Lamalif a été interdite en 1988?
R :Ce n’était pas en fait une interdiction, c’était une mise au pas, mais ce qui justifiait les débuts des ennuis c’était une phrase de Paul Pascon et de Mohamed Ennaji dans leur livre « Correspondance de la Maison d’Illigh avec le pouvoir central au 19e siècle», qui disait : « Les sultan marocains avaient le grand art de faire attendre leurs visiteurs ». Mais jusqu’à présent, la façon avec laquelle Lamalif avait été freiné et poussé à s’auto-détruire, et toujours bizarre pour moi.
Propos recueillis par Abdelaziz mouride
Lamalif.jpg (12.54 KB)
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