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chronique 
Désordre linguistique au Maroc: La situation  Lundi 29 Juin 2009
Une langue est considérée comme menacée si elle risque de ne plus avoir de locuteurs d'ici la fin du XXIe siècle. Une langue qui paraît solide, car utilisée par plusieurs millions de personnes, peut être en danger.
D’après un document Unesco (portal.unesco.org/culture)


Abdelaziz Mouride
Dans une précédente chronique, j’ai soutenu que le pluralisme linguistique au Maroc est moins choisi que subi. En fait nous vivons en la matière, un désordre des plus dangereux qui explique à lui seul nombre de nos déboires à commencer par le peu de performance de notre système éducatif, et plus que tout, le trouble identitaire des marocains qui ne savent plus dans quelle langue s’exprimer.
Depuis l’indépendance nous prétendons officiellement être un pays bilingue, l’arabe et le français. Et nous nous en accommodions tant que toute contradiction était exclue. Aujourd’hui, on est forcé de reconnaître que la situation est un peu plus compliquée que le ne le suggèrent nos œillères. Nous nous efforçons de nous rattraper en accordant une petite place –en fait un strapontin- à la langue amazigh, en pensant nous tirer d’affaire de la sorte.
Eh bien non, malheureusement. Les choses sont beaucoup plus compliquées que nous le pensons.
Voici en quelques points comment la situation se présente :
1- L’arabe classique et le français sont les deux langues écrites utilisées dans l’enseignement, les médias et l’administration, alors que dans leur vie quotidienne les marocains utilisent des langues complètement différentes : l’amazigh et l’arabe marocain ou la darija.
2- La fonction de toute langue est d’être un facteur d’intégration des citoyens dans leur société. Au lieu de ça, nous sommes en train d’en faire, en raison de notre aveuglement, un instrument d’exclusion de pan entier de la population. L’exemple le plus représentatif de cette exclusion est le fait que quotidiennement des millions de citoyens analphabètes, peu instruits ou encore ne connaissant pas la langue française, sont interdits de suivre des programmes de télévision ou da radio, qui souvent parlent d’eux, mais en français ou en arabe classique, qu’ils ne connaissent pas.
3- L’arabe classique, pourtant décrétée langue officielle, n’est pas pour autant sortie d’affaire. Exclue en tant que langue de des cycles supérieures de l’enseignement notamment dans les branches scientifiques et des grandes écoles, dévalorisée dans les établissements privés dans le secondaire, exclue en tant que langue d’expression dans les institutions de la recherche scientifique et dans les milieux d’affaires dont la langue d’usage et le français, l’arabe classique est en train de perdre de plus en plus d’usager, après avoir perdu tout locuteur. Plus clairement, elle est menacée de disparition dans notre pays au cours du siècle en cours.
4- De ce fait nous sommes en train par cette politique insensée, de préparer notre société qui a eu beaucoup de mal à surmonter le tribalisme, à d’autres formes de déchirures peut-être beaucoup plus grave : le communautarisme linguistique entre francophone et non francophone. Deux communautés qui se tournent le dos en s’ignorant royalement.
5- Nous jurons nos grands dieux, la main sur le cœur, de vouloir faire une grande place à l’amazigh en tant que langue nationale d’apprentissage à l’école, mais nous ne faisons rien pour qu’elle le devienne vraiment, c'est-à-dire en en faisant une langue capable de soutenir la concurrence des autres langues. Il est regrettable à ce propos de constater que les ténors de l’amazighité eux même préfèrent produirent dans d’autres langues, notamment en français et en anglais, que dans la langue amazigh. Aujourd’hui encore, connaître ou ne pas connaître l’amazigh n’a aucune importance.
6- Nos peurs des tabous, notre aveuglement par l’idéologie pan arabe, nous empêche jusqu’à présent d’engager, comme le réclament de plus en plus beaucoup de jeunes aujourd’hui, un débat courageux sur la langue la plus utilisée par l’écrasante majorité des Marocains à savoir la darija. Qu’est ce qui nous empêcherait en effet de débattre sur la possibilité d’utiliser cette langue en tant que moyen d’apprentissage en lieu et place, disons le franchement, de la langue classique ? Et d’abord, qu’est-ce qui nous empêcherait de la codifier et d’en faire usage en tant que langue d’écriture et de communication dans les médias ?
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