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Dans la vie il faut avoir deux idées, l'une pour tuer l'autre (Amartya Sen, philosophe indien)

Dictionnaire en ligneVoyage dans le Maroc ancien : cartes postales, photos, gravures, affiches, monnaies et documents d'époque. MarocAntics, le site des arts traditionnels du Maroc. Egypte
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« L’Homme nomade » de Jacques Attali: La fin des empires sédentaires  Lundi 15 Décembre 2008
Comment naissent les civilisations humaines ? Quels sont les ressorts qui leur procurent force et vigueur ou au contraire entraînent leur déclin, voire leur disparition ? Comment expliquer l’ingéniosité dont ces civilisations ont fait preuve et qui a conduit aux développement des cultures, des sciences et des technique au fil des l’histoire ?
Les historiens sont unanimes à lier la civilisation au passage de l’homme du nomadisme à la sédentarité à la suite de l’invention de l’agriculture. De chasseur cueilleur, appelé à se déplacer à la poursuite du gibier ou à la recherche d’arbres fruitiers, l’homme, en inventant l’agriculture et l’élevage, devient producteur de sa propre nourriture sur un territoire dont il se fixe désormais et dont il devient le propriétaire. Devenant sédentaire dans une communauté d’autres sédentaires, l’homme est obligé d’élaborer une langue pour communiquer, des lois pour gérer ses rapports avec les voisins, un chef pour diriger la communauté, punir, et collecter les impôts, une organisation sociale pour distribuer les responsabilités, une architecture pour organiser l’habitat etc..
C’est donc la sédentarité qui est à la base de la civilisation, le nomadisme étant la barbarie, voire la sauvagerie ennemi de la civilisation.
Rien n’est moins vrai, affirme Jacques Attali dans son dernier livre, édité chez fayard, sous le titre « L’Homme nomade » qui en dit long sur les intentions de l’auteur : déclarer la guerre à un préjugé qui n’a que trop duré et qui fait du nomade un primitif, un danger pour les civilisations qu’il faille surveiller, combattre ou astreindre à la sédentarité. Pour lui, c’est le nomadisme, la mobilité, qui est à l’origine de toutes les civilisations humaines avant même l’invention de l’agriculture. Pour lui, l’histoire de l’humanité n’a été que l’histoire de civilisations nomades dont l’une chasse l’autre : « (…) tout au long des cinq millénaires où l’agriculture a cru régné en maître, l’Histoire n’a été qu’une succession de batailles menées par des peuples voyageurs contre d’autres, anciennement nomades, arrivés là peu avant eux et devenus les propriétaires jaloux d’une terre prise à d’autres ». écrit-il. Plus, pour Attali : « La sédentarité n’est qu’une brève parenthèse de l’histoire humaine. Durant l’essentiel de son aventure, l’homme a été façonné par le nomadisme… », écrit-il. Plus loin, il ajoute : « contrairement à ce que laisse croire l’histoire telle que la racontent les sédentaires, il n’a pas fallu attendre l’agriculture pour que débute la civilisation. Au contraire, c’est pendant des centaines de millénaires nomades qu’ont été faites les principales innovations dont les sédentaires se sont ensuite servis : le feu, les rites, les vêtements, la chasse, les outils, l’art, les langues, la musique, la peinture, la sculpture, le calcul, le péché, l’éthique, l’arc, le commerce, les marchés, la loi, le bateau, la métallurgie, la céramique, l’élevage et l ‘écriture sont là bien avant que des nomades décident de s’établir paysans. Et ce sont d’autres nomades encore, un peu plus tard, qui inventeront l’équitation, la roue, Dieu, la démocratie, l’alphabet, le livre, la marine, entre bien d’autres chose encore ».
Ce furent les nomades et les hommes du voyage qui ont été à l’origine des tous les grands empires de la Chine à Rome et de l’Egypte à l’Empire américain d’aujourd’hui ; ce furent eux qui représentaient les véritables forces d’innovations et de création contrairement aux sédentaires dont la stabilité et l’immobilisme finit par engourdir. On retrouve là une idée d’ Ibnou Khaldoun qui pourtant, était loin de porter les tribus nomades dans son cœur. Lui qui accuse les Banou Hilal d’être des barbares destructeurs de civilisations, ne manque pas de relever toutefois que : « Le nomadisme est une vigueur qui produit une force combative et impulsive à même de faire naître l’Etat. Mais lorsque commence, dans le groupe initialement nomade, l’emprise de la jouissance provoquée par l’urbanité et l’usage de la luxure, cet Etat, et par la suite toute la nation, perd ses moyens de défense ».
Tout au long des pages de son livre, Jacques Attali ne fait que développer cette idée en la confortant par des faits.
Il se propose de « faire revenir aux premiers rangs de l’Histoire ces acteurs jusqu’ici ignorés ou oubliés, peuples nomades bergers, marchands, cavaliers, créateurs, découvreurs et migrants, qui furent les inventeurs de ce qui fait encore le substrat de toutes les civilisations, du feu à l’art, de l’écriture à la métallurgie, de l’agriculture à la musique, de Dieu à la démocratie. »
Pour ce faire, Attali n’hésite pas à nous entraîner dans un voyage à travers les continents pour un tour d’horizon dans l’histoire de l’humanité depuis les premières communautés de primates jusqu’à nos jours à l’heure de la mondialisation en marche. Des empires qui se sont succédés en Mésopotamie : Babylonien, Assyriens, Perse, à ceux qui se sont lancés à la conquête du monde à partir de la Méditerranée : Grec, Carthaginois, Romains, Arabes, ou encore ceux qui ont pris leurs origines du fin fond de l’Asie : Turcs, Mongols, Wisigothe, tatars et autres tribus nomades, sans oublier les empires indiens d’Amérique et D’Afrique, tous, martèle l’auteur, ont été fondés par des hommes de voyage, des nomades qui se sont sédentarisés.
Polémique d’érudits ? Spéculation de spécialistes ? Pas du tout. S’il est toujours bon de redresser les préjudices de l’histoire, il s’agit ici de l’interroger pour mieux se projeter dans l’avenir et avoir une meilleure intelligence des mutations en cours en tant que préludes.
L ‘enjeu est de taille : Dans quelle société seront nous appelés à vivre dans les décennies à venir ? Quelles seront les transformations majeurs qui marqueront les rapports internationaux ? Quel type de citoyen peuplera le monde ? Que signifiera des notions tels le travail, l’identité, le mariage, les rapports aux enfants, l’amour …Autant de questions qui préoccupent les hommes à l’échelle universelle.
Pour Attali, si l’homme a été façonné par le nomadisme, il est en train de devenir voyageur. Des centaines de millions de personnes peuvent être considérées comme des nomades de travail, de la politique : immigrés, réfugiés, expatriés, « sans domicile fixe » et migrants de toutes sortes. Un milliard d’individus voyagent chaque année par plaisir ou par nécessité, des millions de nomades se déplacent chaque jours à l’intérieur de leurs pays pour exercer leur travail ou en chercher.
Imaginons les sociétés du futur :
La délocalisation des entreprises va être le trait caractéristique dans les économies de l’avenir, ils seront organisés sur le modèle des troupes de théâtre qui se dispersent après la représentation. « La mondialisation finit par désarticuler les services publics les plus sédentaires. Les nations ne sont plus que des oasis se disputant le passage de trop rares caravanes ; les solidarités géographiques ne fonctionnent plus ; le pouvoir réel est hors du contrôle de la loi ; Trop minoritaires pour y imposer la réduction de leurs charges, les élites quittent les pays où les impôts sont les plus élevés. Les partis politiques opposent ceux qui acceptent ces mouvements et ceux qui les refusent.
Ce n’est là que quelques uns des phénomènes de la société internationale de demain. Bien sûr, à ces « hypernomades », il faudrait ajouter la cohorte des « infranomades » faite de miséreux qui représentent l’essentiel de l’humanité. « Ils seront traversés de toutes les violences, de toutes les fois, de toutes les espérances ».
Pour Attali, les Etats-Unis sont le dernier empire sédentaire que l’histoire aie engendré. Il n’y aura pas de place pour un autre empire sédentaire. Le 11 septembre 2001 est l’acte fondateur d’une nouvelle ère, celle « des guerres opposant des rebelles nomades à l’actuel empire ».
En fait l’empire américain est menacé par trois « empires nomades ». En plus de la foi, ce sont le marché et la démocratie. Si l’auteur ne dit rien sur la façon avec laquelle se déroulera la bataille, il est par contre certain sur la façon dont elle va se terminer : c’est une nouvelle civilisation qui naîtra du chaos, « faite de résidus glorieux de l’empire en déclin et des valeurs nouvelles, prises aux nouveaux nomades : le monde de demain sera à la fois démocrates, religieux et marchand. A la fois nomade et sédentaire ». Une sorte de démocratie « transhumaine » à l’échelle planétaire. « Se dessinera alors, au-delà d’immenses désordres comme la promesse d’un métissage planétaire, d’une Terre hospitalière à tous les voyageurs de la vie »
Abdelaziz Mouride

L’Homme nomade de Jacques Attali
Ed. Fayard –486 p.
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Cinéma Marocain : Le professionalisme en question  Samedi 14 Juillet 2007
Marrock de Leïla Marrakchi, le film qui bouscula les préjugés des Marocains
Avec une quinzaine de longs métrage et une quarantaine de courts par an, le Maroc est-il en passe de devenir « une puissance » cinématographique à l’échelle arabe et africaine ? C’est du moins ce que pense le premier responsable de la production filmique national, le directeur général du Centre cinématographique marocain Noureddine Saïl. En tout cas, d’après lui « le secteur cinématographique se professionnalise énormément ».
Noureddine Saïl tient compte non seulement de la production nationale, mais l’ensemble de l’activité relier à la production cinématographique dont les productions étrangères sur le sol marocain qui semble en passe de devenir une destination très prisée par les producteurs internationaux. «Le Maroc constitue toujours une destination intéressante pour les producteurs étrangers et ce phénomène va aller en s'améliorant, vu le nombre de demandes de tournage parvenues au CCM»
Il fait allusion par ailleurs à l’importance que prend d’année en année le festival international du film de Marrakech devenu un rendez-vous incontournable sur le plan international, ajoutant du coup à la ville rouge un supplément d’âme qui lui manquait tant.
Fallait-il également rappeler le nombre de sociétés de productions, une trentaine, qui se partagent un marché prometteur.
En cinéphile averti, en critique cinématographique bien avant d’être un responsable administratif, Saïl ne peut pas non plus oublier la production nationale proprement dite. En 2005 lors du festival de Tanger il déclarait déjà :«nos cinéastes prouvent de plus en plus, par la diversité de leurs œuvres, la richesse de leur imaginaire, qu'ils sont en train de jeter les fondements d'une véritable cinématographie nationale. Lors de cette édition, le 7e art national s'est présenté dans toute sa réalité, sa diversité et sa fécondité», assurant que 2005 aura été «une année de confirmation pour le cinéma national par excellence».
On ne saurait en effet ne pas reconnaître à notre cinéma, dans la masse d’images produites depuis une dizaine années, d’avoir eu quelques petits joyaux : En vrac, pour ne citer que les plus récents « Mille mois » de Fawzi Bensaïd ; « les yeux secs » de Narjiss Nejjar ; « A Casablanca les anges ne volent pas » de Mohamed Asli ; « L’enfant endormi » de Yasmina Kessari sans oublier « Marock » de la jeune cinéaste Leïla Marrakchi qui a eu le mérite de soulever une polémique jamais provoquée jusque là par un autre film. Et puis surtout le beau film de Nour-eddine Lakhmari : « Le Regard » qui fait l’unanimité de la critique en tant que grand film.
A cette liste on peut également ajouter « Un Amour à Casablanca » de Abdelkader Lagtâa ; « Ali Zaoua » de Nabil Ayouch ; « Adieu Forain » de Daoud Aoulad Sayed ; « A la recherche du Mari de ma femme » de Abderrahmane Tazi, tous produits dans les années 90 et qui augurent déjà d’un bon avenir.
Le cinéma marocain se professionnalise-t-elle pour autant ?
Il est certain que l’on puisse déjà parler de la naissance d’une industrie cinématographique marocaine au regard des équipements et des structures afférentes dont les laboratoires rénovés du Centre cinématographique marocain ; au regard de la quantité des productions nationales et étrangères réalisés ; au regard également de l’engouement du public marocain pour le film national, chose qu’on oublie souvent. Faut-il rappeler que certains films, comme « A la recherche du mari de femme », « Femmes et femmes » de Saâd Chraïbi ou encore « Ali Zaoua » et « Elle est diabétique, hypertendue et elle refuse de crever » et bien d’autres ont battu le record d’affluence avec, pour certains, 400.000 spectateurs, bien devant le meilleur film américain qui ne fait que 100.000 entrées.
La production marocaine souffre toutefois de quelques tares qu’elle n’en finit pas de traîner depuis sa naissance et qui font que nos films restent encore de petits films -quoique que certains goûtent de temps en temps, ici ou là, au plaisir d’escalader les marches du podium- qui peinent à tenir la comparaison avec les grandes productions internationales.
Nos cinéastes ont encore du mal à se départir de la fâcheuse tendance à vouloir tout faire par eux-mêmes. On ne peut pas être à la fois producteur, réalisateur, scénariste, dialoguiste, voire comédien et monteur, tout en prétendant s’inscrire dans le professionnalisme. C’est la première tare qui fait qu’il y a toujours quelque chose à reprocher à un produit marocain. Si ce n’est pas le scénario, ce sont les dialogues, la réalisation ou le montage, et malheureusement souvent le tout à la fois.
Le cinéma marocain peine encore à raconter une belle histoire qui fait rêver et s’émouvoir, quoiqu’il ait fait beaucoup de progrès par rapport aux années 70, où, se voulant un cinéma intimiste, il se refusait tout bonnement à se faire support d’une histoire, comme la peinture qui se refusait à la même époque à la figuration.
C’est au milieu des années 80 et surtout 90 que la fiction est finalement rentrée en grâce chez nos cinéastes, avec beaucoup de peine d’ailleurs. « Fiction première » le titre d’un film de Mustapha Darkaoui est révélateur de ce tournant.
Ce qui explique sans doute les petites maladresses qui entachent ces premières fictions. Il a fallu en fait attendre l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes pour que la conciliation avec l’art de la fiction soit définitivement scellée sans toutefois être totalement intégrée. Nabil Ayouch, Mohamed Asli, Fawzi Bensaïd, Narjiss Nejjar, Leïla Marrakchi, Nouredine Lakhmari font partie de cette génération.
Il faut sans doute un peu de temps pour que les exigences d’un cinéma de spectacle prennent le pas sur les préoccupations du réel.

(texte écrit en 2006)



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'Chronique d'une guerre d'Orient' de Gilles Kepel: Le déclin de l'islamisme?  Mercredi 11 Juillet 2007
Voici un livre très attendu, d'un chercheur que les attentats du 11 septembre ont projeté au devant de la scène médiatique. Très critiqué pour avoir prédit le déclin de l'islamisme, il décide finalement de réagir à travers ce nouvel ouvrage intitulé: Chronique d'une guerre d'Orient, où il réaffirme sa théorie.
Gilles Kepel est en effet, l'un des intellectuels qui ont été pris à parti par les médias au lendemain de la tragédie de New-York et l'irruption fulgurante de l'islamisme sur la scène international. Etant l'un des spécialistes les plus prolifiques en France des mouvements islamistes -on lui doit une dizaine d'ouvrages sur le sujet depuis 1984 dont Le Prophète et le Pharaon (aux sources du mouvements islamistes); Les Banlieue de l'islam ; La Revanche de dieu: chrétiens, juifs et musulman à la reconquête du monde et enfin Jihad-Expansion et déclin de l'islamisme .
C'est ce dernier livre justement qui lui a attiré les foudres de la critique, particulièrement celle des médias qui, sous l'effet de la fascination par le coup de force contre le pays le plus puissant du monde, ont vite conclu à la futilité et au discrédit des prédictions du chercheur concernant l'avenir du mouvement islamiste.
Que dit Kepel dans Jihad? Si la base du mouvement islamiste est constitué largement par les couches suburbaines déshéritées, l'essentiel de sa charpente qui lui donne une structure et de la vigueur est constitué des classes moyennes citadines, ce que Kepel appelle la bourgeoisie pieuse. Pour lui, cette alliance contre nature est en train d'être minée par ses propres contradictions dues aux écarts des intérêts d'abord, et ensuite à la tendance vers la radicalisation du mouvement sous l'influence des couches déshérités. Privée de l'appui de la bourgeoisie pieuse apeurée, le mouvement est condamné à la dérive et au déclin. C'est le constat qu'il effectue à la suite d'une enquête approfondie dans les différentes régions où l'islamisme tient le haut du pavé.
Gilles Kepel loin d'être un amateur de la chose islamiste, a au contraire une maîtrise certaine de la langue et de la culture arabe, il a fait des études en Syrie et en Égypte avant de faire la connaissance réelle avec les différentes régions islamiques où il a su noué des liens avec des intellectuels et des dirigeants politiques de différents horizons. On peut lui faire le reproche d'appréhender des phénomènes sociaux complexes sous le prisme quelque peu réducteur de la méthodologie marxisante et même franchement marxiste, mais, en aucun cas, on ne peut lui faire le procès de méconnaître la matière et les hommes qu'il traite.
«Chronique d'une guerre d'orient» ne ressemble aucunement aux autres ouvrages de Kepel quant à la forme. C'est un livre conçu, à dessein sans doute, sous forme de carnet de route écrit dans un style léger et alerte à la manière d'un journal personnel esquissant les faits et les évènements en pointillé sans trop les développer.
Il s'adresse en ces termes à ses détracteurs, auteur de «livres instantanés» coupés-collés à partir de l'internet»: «Voyez-les même, pour conforter leur imposture et conquérir des parts de marché, crier haro sur les orientalistes universitaires, leur intenter, avec la complicité de quelques rédactions à l'affût d'esclandres prometteurs de gros tirage, des procès en sorcellerie, tâcher de les livrer à la vindicte populaire. Nous en avons vu avec mes collègues, après le 11 septembre! Sans se donner la peine de lire nos livres, les voilà qui hurlent: quoi, analyser le déclin de l'islamisme? Les chers professeurs sont des nimbus -pour le moins- à moins qu'il ne soient vendu? «Juché sur son minaret conceptuel», diagnostique sur mon cas l'un, romancier amateur qui se pique de style –«Vous êtes gouré ou quoi ?» apostrophe un autre (...)La clameur cesse d'un coup avec la chute de Kaboul, la débâcle des Talibans et la traque de Ben Laden(...)Tenez, messieurs, sans rancune: voici, pour votre pénitence et votre édification, ce bref récit de voyage.»
De fait il s'agit d'un récit de voyage, ou plutôt le récit d'un retour sur des lieux familiers à l'auteur, où l'islamisme a sévit, qui commence un mois après l'attentat de New York jusqu'à la fin de novembre 2001.
Kepel persiste et signe: l'islamisme est bel est bien en déclin dans le monde musulman, malgré le coup d'éclat spectaculaire de New-York. La «bourgeoisie pieuse», apeurée par le radicalisme du mouvement, et la détermination international d'en découdre avec le terrorisme intégriste, a pris ses distance à la suite de la débâcle des Talibans. Il constate, à travers l'observation des comportements quotidiens dans les pays qu'il a visité, notamment l'Égypte, le Liban, la Syrie; les témoignages de ses interlocuteurs et les discussions mondaines que l'image de Ben Laden a pris un coup au fur et à mesure que l'issue des événements se précise.
Si le port du voile par les femmes subsiste encore, si le discours d'inspiration islamiste a encore cours, la tendance est à l'appropriation de ces artifices et leur détournement au service d'autres fins. C'est le cas de ce club au Caire : «Le club possède une mosquée où un jeune prédicateur très branché, Amr khaled, s'est construit une telle réputation qu'il concurrence les chanteurs populaire. Mal vu par les oulémas d'al Azhar, dont certains le traitent de «cheikh-show», il prône l'enrichissement, ponctue ses sermons de références au dernier téléphone portable ou à des voitures de luxe. Il est très demandé par les écoles privées où la classe moyenne pieuse envoie sa progéniture. Le marketing de ses cassettes est assuré par une société spécialisée, que l'on contacte par téléphone».
Pour Gilles Kepel «la clôture identitaire» prôné par les islamistes radicaux, aussi bien que les assertions sur le «choc des civilisations» colportées par les médias à la suite de Huntington sont en rupture totale avec la réalité de tous les jours: «dans notre univers globalisé, il y a de l'Occident en terre musulmane, et des musulmans en terre occidentale. Il ne s'agit pas d'une guerre de civilisations, mais d'un conflit complexe à l'intérieur de civilisations interpénétrées qui sont condamnées à faire dialoguer leurs cultures en permanence, quoi que disent islamistes d'un côté et extrême droite de l'autre. Les islamistes ne constituent ni la fin de l'Histoire des sociétés musulmanes ni leur raison dernière». 28.03.2002
«Chronique d'une guerre d'Orient»- Gilles Kepel
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Pour une humanité globale  Mardi 07 Juin 2005
Il fallait s’y attendre. Le Maroc est devenu un point de chute de la foule des immigrés clandestins vers l’Eldorado Européen. On a vu à la télévision des images de détresse de ces milliers d’Africains piégés au Porte de Mellila, l’enclave au cœur du Maroc occupée par les Espagnols. On a entendu leurs témoignages sur leurs conditions de vie dans leurs pays respectifs, leur désir de regagner la rive nord de la Méditerranée dans l’espoir de trouver du travail et un peu de dignité. Les Africains subsahariens ne sont pas les seuls à embrasser ce rêve. Ils sont des millions à travers le monde, notamment dans les pays du sud dont le Maroc, particulièrement éprouvés par la le manque de travail, la pauvreté et l’injustice à vouloir tenter l’aventure pour échapper à leur sort.
Plus, le phénomène ne touche pas que les populations déshérités du sud mais celle du nord également quoique beaucoup moins médiatisé. La peur du plombier polonais en Europe de l’ouest est révélatrice de l’enchevêtrement du sens des exodes. En effet loin d’être à sens unique –du sud vers le nord- l’immigration, surtout en temps de crise, se fait dans tous les sens : D’un pays européen à un autre pays européen, du sud au nord, d’un pays du sud vers un autre pays du sud ; mais aussi, bien que ce phénomène soit moins connu, et moins important et surtout moins sujet à l’entrave du visa, du nord au sud. Il suffit de constater le nombre de Français qui s’en vont chercher du travail dans les pays du sud-est asiatique et même au Maghreb et notamment le Maroc, pour s’en convaincre.
Plus encore, pas plus qu’il n’est une création africaine récente, l’immigration d’une région à l’autre, d’un pays ou d’un continent à l’autre, n’est pas un phénomène nouveau. De tout temps et dans tous les pays, il y a eu des flux migratoires. Jacques Attali dans son livre « L’Homme nomade » considère que se sont les peuples nomades et non les sédentaires, qui ont été à l’origine des grandes civilisations humaines.
Il n’y a aucune société au monde qui pourrait prétendre à l’homogénéité ethnique de sa population. L’exemple le plus évident est celui de la population américaine formée pour l’essentiel d’immigrant de la terre entière. Plus proche de nous, Jusqu’aux années 50 et 60 du siècle dernier, les Espagnols, les Portugais, les Irlandais, les italiens, et beaucoup plus tôt les Russes et autres Polonais ont formé le gros du contingent en déplacement à travers l’Europe. La guerre civile espagnole, les deux guerres mondiales ont jeté sur les routes de l’immigration vers les pays du sud et aux Amériques. Les raisons de ces mouvements en masse sont toujours les mêmes : la guerre, le manque de travail, la misère, l’injustice.
La nouveauté aujourd’hui, c’est que le phénomène est plus visible chez les populations du sud, notamment en Afrique, qu’ailleurs. La nouveauté également est que les pays destinataire ont décidé, depuis le milieu des années 80, de fermer leurs frontières sous la pression du flux envahissant de l’immigration. C’est leur droit, mais un droit vécu comme une injustice par les populations candidates à l’immigration qui, on le voit tous les jours, n’entendent pas en rester là.
Moralité : il est grand temps de faire une place au pays du sud, et particulièrement à l’Afrique dans l’économie en cours de globalisation aujourd’hui. Ce continent n’a connu que la souffrance depuis qu’elle est devenue accessible à l’homme blanc. Traite des noirs pour commencer, exploitation coloniale d’une voracité sans nom ensuite et pour terminer des indépendances chaotiques qui ont fini par jeter le continent à l’abandon. Les drames de l’Afrique viennent de là : les guerres civiles, la famine, les maladies, l’analphabétisme et le reste.
Il est grand temps pour qu’il ait un sursaut de conscience à travers le monde vis-à-vis de ce continent. Pour que l’humanité soit entière et non pas parcellaire comme elle est jusqu’à présent.
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