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Avant, je connaissais et appréciais Victoria Abril l’actrice. Une actrice sulfureuse et fétiche du grand maître du cinéma espagnol, Pedro Almodovar qui l’a dirigée dans des films devenus cultes tels que Attache-moi, Talons aiguilles ou encore La loi du désir. Victoria Abril a travaillé avec les plus grands cinéastes, de Vicente Aranda à Miguel Bardem en passant par Carlos Saura… Une artiste complète qui prend le contre-pied des idées reçues et s’aventure dans la peau de personnages décalés, complexes et hérétiques. Et à chaque fois, elle s’en sortait à merveille.
Des rôles osés, des rôles dénudés, un sacré terrain glissant. « Il vaut mieux être à poil dans un chef d'œuvre qu'habillée dans un navet », dit-elle en toute logique.
Mais, ce 1er décembre, j’ai découvert Victoria Abril la chanteuse. Il faut dire que j’en avais déjà eu un avant-goût lors de sa laborieuse promotion dans les différents plateaux de télévisions (avec un passage remarquable dans La méthode Cauet !!). Je l’avais également déjà vue sur scène dernièrement au Pacha de Marrakech lors du Festival international du film. Bon, ce n’était pas terrible. Elle n’avait interprété que quelques titres. En plus la sono était médiocre. Et puis j’y étais d’abord dans le cadre de mon boulot.
Alors, ce jeudi soir, je me suis régalé. D’abord parce que le concert est intitulé « Putechros do Brazil » à l’instar de ce premier album de la ravissante chica qui nous vient de Malaga « à 14 kilomètres de Tanger » tient-elle à préciser.
Tous les arguments étaient là pour que je ne rate en aucun cas le concert de Victoria Abril. Vous savez très bien que tout ce qui est lié au Brésil m’intéresse, me passionne, m’intrigue, me séduit. Il faut dire que depuis mon dernier voyage dans cet immense pays, je suis tombé dingue de sa culture, de son peuple. Et puis, puisque j’étudie actuellement le Portugais, c’était évident que je sois parmi le public. Enfin, Victoria Abril reprend dans son premier album des classiques de la musique brésilienne, tout particulièrement de la Bossa Nova. Un savoureux genre musical.
Donc, lorsque la belle actrice-chanteuse monte sur scène avec un léger retard qu’on lui excuse, elle ravit les spectateurs en se dandinant dans sa magnifique mais visiblement encombrante robe.
« Le Brésil, c’est les poumons du monde », lance-t-elle. J’esquisse un sourire en me disant : « celle là, elle a tout compris ! » La soirée s’annonçait bien puisque aux couleurs du Brésil.
Putcheros, Késako ? Victoria Abril que ce mot a plusieurs significations. J’en ai retenu les suivantes : « Putch, c’est coup d’Etat et Eros, c’est le Dieu de l’amour. Alors, la Bossa Nova, c’est une histoire d’amour et de désamour. Et puis, Putcheros est un gamin qui a besoin de câlin. Enfin, c’est un pot-au-fu de Malaga ! » Que c’est délicieux, tout ça.
Caetano Veloso, Antonio Carlos Jobim, Ronaldo Boscoli, Sergio Mendes, Chico Buarque, Dorival Caymmi, Roberto Menescal… En puisant dans le richissime répertoire de la musique brésilienne, Victoria Abril a réalisé un rêve et a assouvi un désir qui la « tourmentait » depuis longtemps. « J’ai toujours baigné dans cette magnifique musique depuis toute petite ». L’artiste espagnole rend ainsi un vibrant hommage à de grandes figures de la scène brésilienne. Elle remet également au goût du jour une musique ensorcelante. La Bossa Nova se distingue par son rythme lent et sa mélancolie qui se déclinent au fil de paroles emplies d’émotion et de tristesse. « Tristesa » (prononcez « Trichteza » !) est d’ailleurs un mot récurent dans les chansons.
Le mot "Curaçao" ("coeur") revient lui aussi à maintes reprises. Car la Bossa raconte des histoires d’amour qui se font et se défont. Des chansons sentimentales, romantiques, « lacrymogènes » ! Une musique qui me rappelle mes sorties en compagnie des mes amis à Sao Paulo. Dans les pubs, les Brésiliens aiment beaucoup discuter de leurs heurs et malheurs sentimentaux autour d’une Cerveja et en écoutant les magnifiques chansons du groupe de Bossa Nova sur place et surtout de sa déroutante voix féminine. Car, c'est toujours une femme qui chante. Beaucoup de Brésiliens préfèrent les rythmes plus gais et plus festifs de la Samba. N’empêche que la Bossa demeure une fierté pour tout mélomane dans le pays du ministre-chanteur Gilberto Gil.
La voix de notre chère chanteuse hispanophone se fond de manière envoûtante dans le style Bossa. De temps en temps, on tique sur certains « R » roulés. Mais, on oublie ce petit dérapage hispanique dès qu’elle commence à dansoter en faisant un va-et-vient entre le guitariste (Brésilien) et le pianiste ( quel talent !!)…
Victoria a chanté en Portugais, Espagnol, Anglais et même en Français. Sa version de « Ah tu verras » est très belle. A l’origine, c’est une chanson du Brésilien Chico Buarque. Intitulée « Oh que sera », elle a été adaptée dans la langue de Molière par Claude Nougaro. D’ailleurs, Victoria la lui dédie.
Les mauvaises langues peuvent reprocher à l’artiste espagnole de tomber dans les sentiers battus, le cliché de « l’actrice-qui-se-lance-dans-la-chanson ». Bon nombre de comédiennes s’étaient d’ailleurs cassé la gueule en franchissant ce pas. Mais, en tout objectivité enfin, j’estime que Victoria possède l’extravagance, l’élégance et surtout le talent pour réussir une brillante carrière de chanteuse. Elle vient de faire des premiers pas concluants.
Quand Victoria saisit élégamment son verre en lançant un « je bois à votre santé », on ne peut que prononcer ce mot en Portugais : « Saude ! » (Santé !). Et puis, vivement ton prochain opus Victoria!
Monsef
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