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Je l’ai fait… encore aujourd’hui je n’arrive pas à y croire, j’ai trente six ans je suis mariée, je viens de donner naissance à mon troisième enfant. Je vis dans une jolie banlieue, un petit pavillon, un gentil mari et même un gentil chien. Aucun de mes gentils amis ne s’imaginent qui je suis réellement, quelle sorte de choses sordides j’ai pu faire et imaginer…
D’ailleurs moi-même j’ai presque réussi à me faire croire que tout cela n’était qu’un affreux cauchemar et que rien, rien du tout n’était arrivé, jusqu’à ce que je la croise … elle était là, j’ai essayé de croire que ce n’était qu’un pur hasard… comme si on pouvait croiser vingt après son bourreau par pur hasard… comme si les choses arrivaient par hasard dans ce monde.
Cette histoire date de vingt ans déjà, et oui je ne suis plus responsable devant la justice de mes actes… mais qu’en est il de ma responsabilité devant l’éternel ? Qu’en est il de ma responsabilité devant moi-même ? Qu’en est il de ma responsabilité devant ma victime ?
Il y a vingt ans, j’étais une adolescente de 16 ans, j’étais jolie et populaire et cela me donnait du pouvoir sur les autres et j’en ai très vite eu conscience. Je pouvais demander beaucoup aux autres en leur donnant en échange que l’immense chance de me côtoyer ne serait ce qu’un instant…
Je pouvais humilier les gens sans avoir de remord car ils ne m’en voulaient pas, en tous cas ils ne me le reprochaient pas… on ne me détestait pas pour mes actes, on m’aimait quoi qu’il arrive, j’étais celle qu’on aime… j’avais un visage d’ange, et j’étais une jeune fille souriante…
Les choses se sont faites petit à petit, lorsque acte après acte, on m’aimait encore… mes parents m’aimaient, je n’ai même pas cette excuse, j’étais fille unique et mes parents me considéraient comme un trésor. Ils étaient justes et avaient confiance en moi. Mes professeurs m’estimaient, me considéraient comme une enfant équilibrée et sérieuse, et même on considérait que j’avais une bonne influence sur mes camarades. C’est pourquoi personne n’a jamais vu ni compris ce qu’il se passait entre moi et cette nouvelle qui est arrivée en cours d’année dans notre classe de seconde.
Je suis arrivée au lycée avec ma bonne réputation, plein de copines et de copains qui m’admiraient et me le montraient. J’avais tout pour être heureuse et pour faire une scolarité sans accident.
Cette fille s’appelait Géraldine, elle était brune, petite, ressemblait à un garçon, elle semblait sale, et était finalement assez répugnante, en plus d’être nouvelle. A priori elle n’avait jamais eu tellement d’ami et elle changeait d’école trop souvent pour pouvoir espérer en avoir un jour.
Et pour moi elle était tout ce que je ne voulais jamais être et pourtant dès qu’elle est arrivée dans notre classe, je suis allée vers elle, et je lui ai permis de rencontrer du monde, de se faire un semblant de vie sociale, pourtant elle n’a pas eu l’air de prendre conscience de ma gentillesse et de ma grandeur d’âme.
Elle n’a pas daigné m’être reconnaissante de la chance que je lui offrais. Elle ne m’admirait pas, elle ne m’appréciait même pas. Elle me considérait même pas, comme si je n’existais pas pour elle. Malgré les efforts que j’ai pu faire, elle m’ignorait royalement. C’était la première fois de ma vie que cela m’arrivait. Quelqu’un sur cette terre ne me considérait pas comme une merveille. Quelqu’un sur cette terre se permettait de croire que je n’étais pas quelqu’un d’extraordinaire, quelqu’un sur cette terre sentait que je n’étais qu’une imposture. Elle m’évitait même.
Cette absence de sentiment à mon égard a petit à petit provoqué en moi, d’abord quelque chose qui s’apparente au doute. Ce sentiment qui m’était jusque là inconnu, m’a intrigué. Si cette fille pouvait bien qu’elle était insignifiante m’ignoré, cela voulait il dire que je n’étais pas réellement hors du commun, je n’étais pas une fille formidable, une fille qu’on aime de toutes façons.
Puis le doute a laissé place à un autre sentiment, l’énervement, puis la fureur. Oui je me sentais furieuse qu’on vienne dans mon monde m’empêcher de vivre pleinement. Qui était ce cette fille pour se permettre de me mettre en danger, de faire de mon monde parfait un monde de doute et d’angoisse.
Il fallait donc que je remédie à cette situation, j’ai effectivement pris la décision de changer cette situation, pourtant je n’ai pas non plus prémédité tout ce qui s’est produit ensuite.
Les choses se sont emballées très vite en fait, même si tout cela a duré plus de six mois. Un mois après son arrivée, Géraldine continuait de m’ignorer, bien que je sois venue la voir plusieurs fois, elle ne voulait pas de mon amitié. Un jour j’ai été tellement exaspérée par ce manque d’égard que j’ai voulu provoquer une discussion franche et directe avec elle, et après les cours je l’ai attendu en prétextant un passage à la bibliothèque pour renvoyer mon groupe d’admirateurs chez eux.
Je suis allée la voir et lui ai demandé directement ce qu’elle avait, quel était son problème avec moi. Elle m’a répondu froidement, qu’elle n’avait pas besoin de ma pitié ni même de moi, et de ma fausseté pour vivre. C’était bien la première fois qu’on remettait en cause ma sincérité, ma générosité, enfin qu’on me remettait en cause. Sa réponse confirmait mon sentiment, son comportement était effectivement une agression envers moi et ce que j’étais.
Elle n’a d’ailleurs pas cru nécessaire de se justifier elle m’a juste balancé, quelque chose du genre « les filles de ton genre ont besoin d’être aimées pour exister, je ne t’aime pas, tu n’existes pas pour moi, laisse moi tranquille… » et là quelque chose de très étrange s’est produit en moi, une grande fureur s’est emparée de moi et je l’ai giflé. Je l’ai giflé tellement fort qu’elle est tombé par terre… je n’avais jamais giflé personne et plutôt que d’avoir honte ou de m’excuser, de la relever ou même de m’enfuir, je l’ai encore frappée… comme un fait exprès nous étions seule dans une ruelle, personne ne m’avait vue… j’ai ressenti une impression de toute puissance plus forte que jamais, même lorsque mes amis étaient prêt à tout même à se ridiculiser pour être auprès de moi je n’avais pas ressenti cette puissance.
Je remettais les choses à leur place, j’étais toute puissante et elle n’était personne.
Et je l’ai frappé comme cela encore et encore jusqu’au point ou elle était recouverte de sang, elle saignait du nez, de la bouche, elle avait perdu des dents… moi aussi j’étais pleine de sang, cette odeur m’excitait encore plus, me rendait encore plus violente… j’ai arrêté quand enfin le son de sa voix est parvenue jusqu’à moi et que j’ai eu conscience qu’elle me suppliait, qu’elle me demandait d’arrêter. J’ai arrêté car enfin j’avais toute puissance sur elle. Je me suis alors baissée, je lui ai murmuré tout doucement à l’oreille avec une voix toute douce et sympathique, « si tu parles de cela à qui que ce soit, la prochaine fois je te tue… »
Je n’ai pas craint une seconde qu’elle irait se plaindre, et encore moins qu’elle serait cru.
Comment une personne comme elle sans personnalité, sans soutien pouvait se permettre de remettre en cause ma réputation. Ma réputation était tout ce que j’avais et elle était très bonne et ne craignait aucune atteinte de la part d’un insecte comme cette fille.
Je suis rentrée chez moi, je me suis douchée, j’ai nettoyé mes vêtements et mes chaussures. Ce qui était très étrange c’est que ce soir là j’étais tout à fait normale, je me sentais bien, je ne me sentais pas hantée par cette scène et par la violence que j’avais pu générer. Je me sentais bien, seulement bien, j’avais oublié ce qui s’était passé.
Quand mes parents sont rentrés, ils m’ont trouvé devant mes devoirs comme tous les soirs.
Cette fille n’avait rien changé, ni en moi ni dans mon entourage et l’angoisse le doute qu’elle avait tenté d’infiltrer en moi avait disparu aussi vite qu’il avait tenté de naître.
Le lendemain, je me suis rendue au lycée sans la moindre angoisse, ni appréhension. Géraldine n’était pas là. Je me suis proposée pour passer chez elle et pour lui apporter les devoirs et prendre de ses nouvelles. Cela paru naturel à tout le monde, j’étais une si gentille fille, si dévouée aux autres.
Je me suis donc rendu chez elle le soir même, j’ai sonné , encore une fois elle était seule, et elle n’avait rien raconté, elle avait seulement dit à sa mère qu’elle se sentait mal, celle-ci devait partir travailler n’avait pas discuté et l’avait laissé dormir.
Quand je suis arrivée chez elle, j’ai tout de suite senti sa peur et son angoisse en me voyant. Encore une fois ce sentiment nourrissait mon envie de pouvoir et me remplissait de satisfaction. Elle avait tellement peur qu’elle m’a laissé rentrer. Je souriais en voyant son appartement tellement petit et minable. Elle n’était rien et sa mère non plus d’ailleurs. Ce jour la j’ai décidé qu’elle m’appartenait. Elle était à moi. Comment expliquer ce sentiment, elle avait peur de moi et je pouvais lui faire faire tout ce que je voulais car elle m’appartenait, elle m’appartenait comme individu, mais sa vie, sa mort était à moi. Son droit de respirer m’appartenait.
Quand je suis rentrée chez elle je lui ai dit de me servir à boire, que j’avais soif vu le trajet que j’avais fait elle me le devait bien. Quand elle m’a apporté mon verre, je lui ai dit de s’agenouiller et je me suis assise sur son dos pendant une heure. Je ne faisais rien j’étais là assise sur elle et elle ne réagissait pas, elle ne faisait rien elle attendait que je décide de la laisser partir.
Je n’étais pas ivre ou droguée, pourtant cette situation m’a mise dans un état complètement euphorique.
Le lendemain je suis encore revenue et les jours suivants je passais chez elle et je l’obligeais à faire des choses encore plus humiliantes et plus dégradantes.
Chaque jour, les choses allaient plus loin, mon besoin de pouvoir était plus grand, et plus je l’avilissais plus mes angoisses s’éloignaient de moi, plus je me sentais en paix, plus je me sentais apaisée.
J’ai été jusqu’à la contraindre de manger ses excréments.
Elle était insignifiante et personne ne la voyait disparaître petit à petit, sa personnalité disparaissait, elle disparaissait physiquement, mais personne ne la voyait, pas même sa mère. Je l’obligeais aussi à me dire comment elle se sentait, à me décrire son humiliation, car les actes ne me contentaient plus, la voir dégrader, déshumaniser ne me suffisaient pas pour sentir mon immense pouvoir. J’avais besoin de ressentir à travers ses mots son angoisse et sa peur. Ses descriptions étaient tellement précises que parfois j’avais l’impression d’être le bourreau et la victime, cela encore augmentait mon impression de pouvoir je pouvais décider d’être des deux cotés ange et démon. Cela aussi participait à mon impression d’impunité et mon absence de remord.
Après six mois de torture physique et psychologique quotidienne, je me suis lassée, j’en avais assez je sentais que tout cela ne m’amusait plus et ne me rendais plus aussi puissante qu’au départ. D’autre part les vacances scolaires approchaient, et je ne voulais pas que ma chose ne vive en dehors de moi, et comme je partais en vacances, j’ai décidé qu’elle ne devait plus vivre.
Cette décision aussi est venue tout simplement, je n’ai pas envisagé la suppression d’une vie, pour moi c’était comme jeter un jouet dont je ne voulais plus.
Le dernier jour après les cours, je l’ai accompagnée chez elle et je lui ai expliqué que je voulais qu’elle meure désormais, que j’avais assez joué et que c’était fini. J’ai sorti tous les médicaments qu’elle avait chez elle et je l’ai obligé à les prendre un par un et à bien les avaler. Chaque cachet qu’elle prenait, j’en sentais le goût amer dans ma bouche, la fin de cette idiote insignifiante me remplissait de joie.
Quand elle s’est enfin effondrée, je suis partie la laissant pour morte. J’ai simplement ramassé mes affaires, j’ai fermé la porte derriere moi, comme je l’avais fait pendant les six derniers mois, sans me soucier une seconde de l’implication de mes actes.
Ensuite je suis rentrée chez moi, et comme après chaque séance de torture je me sentais simplement bien, j’ai appelé une copine pour voir un film, et j’ai repris mon ancienne vie sans que personne ne sache que toutes ses choses avaient pu avoir lieu. Personne n’a jamais su que j’allais chez elle chaque soir, ni mes amis, ni mes parents, ni sa mère et comme elle n’avait aucun ami.
J’étais toujours cette gentille fille sans histoire bonne élève que tout le monde aime.
Après cette histoire je n’ai plus jamais ressenti le besoin d’être violente ni d’imposer mon pouvoir sur qui que ce soit. J’étais redevenue la même qu’avant cette rencontre. Les années ont passées, j’ai continué mes études sans jamais plus entendre parlé de cette fille. A la rentrée, personne n’avait entendu parlé d’elle ni même de son décès, elle n’était plus élève chez nous. Elle avait simplement disparue sans que personne ne s’en soucie. D’ailleurs personne n’a jamais plus fait allusion à elle, comme si elle n’avait jamais existée.
J’ai poursuivi mes études, me suis mariée et ait eu des enfants sans que jamais je ne sois hantée par mes actes. Ma barbarie ne m’avait jamais dérangé jusqu’à ce matin où j’ai accompagné mes enfants à l’école. Devant la porte, la gardienne comptait les enfants et là je l’ai reconnu, c’était Géraldine. C’était elle qui s’occupait de mes enfants de 8H30 à 9h, c’était elle qui était responsable des mes chérubins, qui devait veiller sur eux. Pendant une très longue demi heure chaque jour de la semaine elle était toute puissante sur mes enfants.
A partir de ce moment la, j’ai découvert un sentiment que je ne connaissais pas : LA PEUR.
Pour la première fois de ma vie, je ne savais comment réagir. Je ne pouvais parler de tout cela à personne. Je ne pouvais me révéler après avoir réussi à passer tout cela. Je ne pouvais reconnaître de tels actes. Tout d’un coup la barbarie dont j’avais fait preuve m’est revenue en pleine figure, avec la conscience de ce que j’avais fait, la monstruosité de mes actes m’apparaissait enfin après vingt d’impunité totale. Je devais payer et je le savais. Mais pourquoi mes enfants devaient ils payer pour ma folie.
J’ai d’abord essayé de me convaincre que tous ces actes je ne les avais pas vraiment commis, mais chaque nuit je les revivais, et dans mes cauchemars je n’étais pas moi, mais j’étais Géraldine, j’étais la victime de mes actes de ma barbarie et de ma folie.
C’était moi qui subissais les brimades, les injures, les coups et l’humiliation, c’était moi qui n’osais parler à ma mère et ne savait pas appeler au secours mon entourage. C’était moi qui ne pouvais avouer, et m’avouer à moi-même que je subissais ce harcèlement.
Mon mari a commencé à s’éloigner de moi, il ne pouvait plus dormir à coté de moi à cause de mes cauchemars. Il a commencé à dormir de plus en plus souvent dans la chambre d’amis. Au début, il y finissait ses nuits, quand je hurlais trop fort, et qu’à mon réveil je faisais mine de ne pas me souvenir de ce dont j’étais en train de rêver. Puis, petit à petit, il s’y endormait car il avait disait il de longues journées de travail qui l’attendaient et il en avait assez de se promener toutes les nuits. Un jour je me suis rendue compte qu’il ne dormait plus jamais à coté de moi.
Je n’ai pas remarqué quand il a commencé à rentrer trop tard pour rentrer du travail. Je n’ai pas senti quand il a commencé à ne plus m’aimer, quand elle a commencé à gagner, quand elle a commencé à avoir raison. Je ne sais pas à quel moment mon mari qui avait la plus jolie femme du quartier, a commencé à préférer cette horrible voisine.
Je n’ai pas non plus remarqué que petit à petit, le remord devenait tellement grand qu’il a commencé à me dévorer, je me suis petit à petit laissé allée, et j’ai commencé à maigrir, je ne me maquillais plus ni ne me coiffais. Je ne me voyais plus, je me dévorais de l’intérieur.
Un jour, j’ai découvert que mon mari me trompait, et quand je l’ai mis devant le fait accompli, il n’a pas cherché à nier, il a simplement pris ses affaires et les enfants et est parti s’installer quelques rues plus loin, chez une de mes voisines, une de ses filles qui se disaient de mes amies.
Je suis restée seule dans la maison. Je suis restée seule en tête à tête avec mon angoisse et mes doutes. Car depuis cette rencontre malgré tous les efforts le doute n’avait jamais complètement disparu, étais je vraiment différente de cette fille qui se permettait de m’ignorer et de ne pas m’aimer.
Je pensais sans arrêt aux séances de torture que j’avais infligé à cette fille et je me rendais compte que je n’arrivais plus à me souvenir du plaisir que ça me provoquait, mais je ne me souvenais plus que de la souffrance qu’elle ressentait. Comment était il possible que je me souvienne de sa souffrance. Comment se faisait il que mon corps lui-même se souvienne de ses souffrances à elle, pourquoi se souvenait il si bien du goût du sang quand on te frappe les côtes. Comment se faisait il que je me souvienne si bien de la douleur que l’on ressent lorsqu’on est obligé de supporter un corps sur son dos. Comment se faisait il que je me souvienne si bien du goût des comprimés qui avait provoqué sa mort.
J’y pensais sans arrêt, je ne dormais presque plus j’attendais que Géraldine vienne se venger. J’attendais qu’enfin elle se montre et que nos jeux recommencent.
Un matin enfin elle est venue. J’étais seule dans ma salle de bain, et elle est arrivée, je l’ai vu dans le miroir devant mon lavabo.
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