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J’ai beaucoup de respect envers mon père. J’ai toujours obéi à ce qu’il me demande et je fais tout pour ménager sa colère. Je l’accompagne chaque matin au magasin , depuis 12 ans déjà. Je me souviens encore de ce jour , quand je lui avais annoncé que je viens d’être fraichement diplômé. Une licence en histoire , décrochée en quatre années de dur labeur. Une vrai performance pour cette époque ou la grève et l’échec ont ponctué la vie de milliers d’étudiants. J’étais fier de ce que j’ai accompli. Et mon père devrait l’être aussi. Toute sa vie , il n’a cessé de nous rappeler que c’est grâce à lui que nous étions bien élevé , bien instruits et toujours mangé à notre faim et surtout garantit notre dignité et celle de ma mère. Ma mère , cette femme à l’esprit simple avait les larmes aux yeux le jour de ma consécration et priait toujours Dieu que je puisse devenir médecin ou ingénieur ! Mais voila , mes connaissances approfondies de la dynastie Abbâsside ou la responsabilité directe du pape Urbain II dans le déclenchement des croisades n’intéressaient personne y compris les plus arabisants de nos responsables politiques. J’ai du attendre ce mois sacré de ramadan , ou juste avant la prière des « taraouihs » , mon père s’est rendu au domicile du Caïd pour lui remettre une enveloppe contenant trente mille dirhams et une demande d’emploi. Au poste de fonctionnaire municipal à l’arrondissement du coin . Avec ma licence , je peux prétendre à l’échelle 10 dans 3 ou 4 ans à l’occasion d’une des innombrables débrayages . J’étais satisfait de ma nouvelle situation parce qu’ avec les pourboires , je pourrais prétendre à une vie stable et décente. Et puis je serais inévitablement amadoué et respecté.
Parfois , mon travail prenait des allures plaisantes : lors des avant dernières élections , j’ai découvert le nom du nouvel élu à la télé le soir avant même qu’on finisse le comptage des bulletins ! Ce jour la ; le candidat victorieux , a distribué des moitiés de billet de 200 dhs à toute la population du quartier , y compris les partisans des autres camps !
Mon quotidien paisible et mes journées de travail étaient courtes. Chaque jour , après le déjeuner , je rejoignais la bande de mes amis , fonctionnaires municipaux aussi , pour trainer dans les cafés du centre ville. Notre objectif était double : « arranger des affaires » et espionner la vie des gens. Notre statut nous imposait une connaissance totale de notre environnement. Qui fait quoi , qui se marie avec qui , pourquoi tel type déménage ou comment se fait il que le pharmacien change de voitures tous les ans ! jusqu’au jour , ou Saïd , un de mes amis , Moqadem de son état d’un autre quartier , m’appelle pour me demander : « Ton père s’appelle bien Miloud D. ….. ; il faut que tu viennes voir ça , j’ai une demande de certificat de célibat à délivrer au nom de Miloud D ……… » Il doit y avoir une erreur ! Une autre sonnerie de téléphone me délivre de mon angoisse naissante : mon père « bipait » pour me signifier que je dois le rejoindre en urgence au magasin….
A suivre
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