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Une journée fatigante. Trois réunions de suite l’après midi , lui ont ôté le peu d’énergie pour assister au cocktail de départ de l’employé le plus ancien de la société. Il tient à ce que cette cérémonie se passe bien avec beaucoup d’émotions au moment de la remise du billet de pèlerinage comme ultime reconnaissance à Omar , le coursier de la boite. Il a prévu de l’appeler Haj Omar à la fin de son allocution qui sera filmé pour les besoins des « RH ». Il a donné instruction à son assistante de ne pas lésiner sur les moyens. Omar est la seule personne témoin encore de ses débuts dans la banque d’affaires. Ce métier encore méconnu à l’époque et qu’on confondait allègrement avec la Bourse. Omar reste à ce niveau le premier coursier de la JP Morgan du pays. Son statut lui permettait de croiser des personnalités de grand acabit. Je me souviens encore de la tête qu’il a faite quand il a vu Naybet , son idole footballistique, dans mon bureau entrain de siroter son thé à la menthe et feuilletant son portefeuille actions.
Omar part donc en retraite dans une semaine et d’ici la , il ne sait pas comment il doit réagir à ces rumeurs qui commencent à se propager comme une peste , l’obligeant à éteindre définitivement son téléphone et à se contenter de sa boite email pour communiquer avec ses proches collaborateurs. Bien entendu , Omar ne doute de rien , sauf peut être de la nature du cadeau qu’il l’attend à la fin de la cérémonie…. .
Personne ne doute encore de la gravité de la situation. Les dernières positions prises par la salle de marché pour compte propre se sont avérés calamiteuses. Spéculer sur une baisse prolongée des matières premières ont tout simplement couté l’équivalent des fonds propres de la Banque. Et il a fait ça sans informer les autorités de tutelle , via un tour de passe-passe comptable avec une filiale domiciliée au Luxembourg. Il ne peut s’empêcher de penser aux Ponzi , Madoff , Kerviel ; car il sait qu’il va bientôt faire partie de cette liste et faire la une des journaux nationaux et même internationaux.
Son avocat et ami de longue date lui a conseillé de partir définitivement à l’étranger pour ne pas risquer les conséquences d’une action de justice massive. Comme son affaire sera sur médiatisé , la pression de l’opinion publique fera que le juge réfléchirait deux fois avant de toucher le contenu du cachet , même libellé en millions de dirhams. En réalité , lui seul sait qu’une réaction en cascade mettrait en péril tout le système et dans un pays sous développé, la « planche a billet » n’existe pas pour faire comme les autres afin de sauver leurs institutions.
Il ne s’agit donc pas d’une affaire de dépôt de bilan fortuite mais tout simplement de milliards de dirhams partis en fumée parce qu’il a estimé que le pétrole devrait toucher le niveau des 20 dollars le baril avec l’aggravation de la crise et l’arrivée de la grande dépression promise par toutes les têtes bien pensantes de l’économie internationale. Sauf qu’au fonds , rien n’a changé , dans les marchés , il y a des hauts et des bas ; et il est bien placé pour le savoir ! Et les marchés sont repartis à la hausse prévoyant des jours meilleurs pour le capitalisme et la finance. Il sait qu’on a provoqué la braderie pour tout rafler par la suite. Exactement comme on provoque une pandémie de grippe pour vendre des masques et du Tamiflu !
Omar vient de franchir la porte avec le sachet comportant du doliprane 1000 pour faire face à cette migraine qui le persécute depuis plus de trois jours et sur un geste inhabituel de sa part , il se saisit de la télécommande , allume la Télé : « patron , on parle de vous ! »
To be suivre
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