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<title mode="escaped"><![CDATA[ Le Hammam ]]></title>
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<![CDATA[ Hourya (2)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 
Son enfant a grandi tant bien que mal. Nous vivons au jour le jour, mais au moins sommes nous s&ucirc;rs de vivre. 
Je n’ai eu aucune nouvelle depuis son d&eacute;part il y a dix ans. D’anciens voisins affirment que leurs fils, &eacute;tabli depuis de longues ann&eacute;es en Europe, l’aurait vu en Espagne travaillant dans un champs de vignes, d’autres amis qui l’auraient suivi pr&eacute;tendent l’avoir vu conduire un camion sur l’Autoroute du Soleil, mais aucun ne conna&icirc;t ce qu’il serait devenu r&eacute;ellement, aucun n’eut assez d’informations pour apaiser mon inqui&eacute;tude. J’ai une seule certitude, il est encore en vie. 
J’ai pris l’habitude d’attendre l’&eacute;t&eacute; pour esp&eacute;rer le voir revenir comme ses pairs, je scrute les &eacute;missions transmettant le retour des immigr&eacute;s par le port de Tanger pour essayer de discerner son visage bien aim&eacute;. Je sais qu’il ne m’a pas oubli&eacute;e, qu’il n’aurait pu effacer de son esprit l’image d’un fils grandissant loin de lui. 
S’il n’est pas revenu, s’il n’a jamais donn&eacute; signe de vie c’est que le courage lui en manque. Il n’a probablement pas r&eacute;ussi &agrave; r&eacute;aliser ses r&ecirc;ves, il attend peut &ecirc;tre de puiser toutes ses ressources ou de perdre tout espoir pour revenir me retrouver. 
Je n’ai pas d’illusions, l’homme que j’ai connu &eacute;tait tellement fier que s’il aurait perdu sa dignit&eacute;, et de cela je suis convaincue, il ne reviendra probablement jamais, ou seulement quand il aura vieilli et avec cette sagesse de la vieillesse n’aura-t-il qu’un souhait, dormir dans une terre qui le conna&icirc;t, qu’il aime…
Il est des hommes qui vont chercher loin ce que la vie daigne leur donner, il se battent contre elle, essayent de la vaincre en la d&eacute;tournant, en la fuyant. Ils se rendent compte tr&egrave;s tard que leur destin f&ucirc;t de l’accepter, de l’apprivoiser pour qu’elle devienne g&eacute;n&eacute;reuse, mais c’est toujours trop tard. Il ne sert &agrave; rien de vouloir aller au-del&agrave; du possible, car l’impossible y est cach&eacute;, il n’est pas ailleurs. 
Notre fils lui conna&icirc;t cette v&eacute;rit&eacute;, car malgr&eacute; son jeune age il comprend qu’en acceptant le destin avec humilit&eacute; on arrive &agrave; le vaincre, on le d&eacute;sarme de ses caprices et on se lie simplement avec lui…d’amiti&eacute; ! 
Je l’attendrais toute ma vie, mais juste pour lui dire que l’homme qui a pleur&eacute; dans mes bras aurait d&ucirc; continuer &agrave; le faire dans mes bras, que toute larme vers&eacute;e et toute go&ucirc;te de sueur d&eacute;vers&eacute;e sur une terre &eacute;trang&egrave;re ne sont qu’un pur g&acirc;chis. 
La m&egrave;re est ici, la femme, l’enfant et la terre. Pourquoi aller chercher loin ce que nous pouvons lui donner ici tous les jours ? Le bonheur est dans le regard d’un &ecirc;tre aim&eacute;, il n’est ni argent ni r&eacute;ussite. La vie est capricieuse, maladroite, ingrate et cruelle, mais ce n’est que le masque qu’elle porte aux yeux de ceux qui ne l’aiment pas. Elle est amour et patience, acceptation et souffrance. Si on sacrifie la vie &agrave; la vie, elle nous livrera son &acirc;me et ses richesses. C’est tout ce que j’aurais &agrave; lui dire quand il reviendra, dans des mois ou des ann&eacute;es. Je le prendrais dans mes bras, le consolerais et lui demanderai de vivre enfin.

Vivre comme tous ces gens ordinaires qui ornent de leur sueur les roses &agrave; l’aube. Certains l’appellent la ros&eacute;e, mais ce n’est que la sueur qu’on offre &agrave; la terre et qu’elle nous rend dans sa plus belle image, une go&ucirc;te d’eau parant de toute sa splendeur une fleur. 
Vivre comme ses femmes ordinaires qui se d&eacute;versent des flots d’eau sur le corps pour att&eacute;nuer les douleurs et nourrir les espoirs. 
Vivre comme cette femme qui brosse les cheveux de sa petite fille avec toute la tendresse du monde…


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<![CDATA[ Hourya (1)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 
Je lui ai dit &laquo; viens, on va cultiver la terre, elle est bonne notre terre, elle ne l&eacute;sinera en rien pour nous offrir &agrave; manger &raquo; &laquo; la pluie se fait rare, mon p&egrave;re avant moi avait abandonn&eacute;e cette terre, elle ne sera pas plus g&eacute;n&eacute;reuse avec nous &raquo;. 
Je lui ai dit &laquo; viens, on va prendre un cr&eacute;dit, on ach&egrave;terait un kiosque et l’on vendrait des journaux &raquo; &laquo; mes compatriotes ne lisent plus, mon cousin avait perdu sa terre dans une affaire de kiosque &agrave; journaux &raquo;
Je lui ai dit &laquo; viens, on va frapper &agrave; toutes les portes, un jour ou l’autre on trouverait quelqu’un qui veuille bien jeter un coup d’œil sur nos dipl&ocirc;mes &raquo; &laquo; on ne regarde plus les dipl&ocirc;mes depuis longtemps, mon nom n’est pas assez connu pour &ecirc;tre mis devant un employeur &raquo;
Je lui ai dit &laquo; viens, on est pas les seuls, on va lutter avec nos pairs pour acqu&eacute;rir nos droits, pour retrouver ce petit d&ucirc; que nous a promis notre patrie bien-aim&eacute;e &raquo; &laquo; on nous le versera &agrave; coup de matraques ce d&ucirc;, je n’ai plus d’illusions &raquo;
Je lui ai dit &laquo; viens, on va vivre comme tous ces millions, dans la mis&egrave;re mais avec la dignit&eacute; &raquo; &laquo; la mienne de dignit&eacute; s’est &eacute;vapor&eacute;e depuis que je ne trouve plus de quoi te faire vivre &raquo;
Je lui ai dit &laquo; viens, on va creuser le roc, on suera le sang s’il le faut, mais on vivra et avec nous cet enfant qui grandi en moi &raquo; &laquo; pour cet enfant je veux une vie d&eacute;cente, le nourrir tous les jours, l’envoyer &agrave; l’&eacute;cole, lui &eacute;pargner ma mis&egrave;re &raquo;. 
Je lui ai dit &laquo; viens, ne part pas loin, tu ne retrouvera rien sur l’autre rive que ne puisse t’offrir celle-ci &raquo;. Il ne d&icirc;t rien, mais part&icirc;t. 
Il me laiss&acirc;t de quoi vivre quelques mois, apr&egrave;s avoir vendu la parcelle de terre h&eacute;rit&eacute;e de ses anc&ecirc;tres, me f&icirc;t jurer de ne pas faiblir, de ne pas pleurer, de rester la femme forte qu’il avait aim&eacute;e. Il me prom&icirc;t de revenir au plus t&ocirc;t, d&egrave;s qu’il aurait trouv&eacute; un travail, r&eacute;gl&eacute; sa situation, pour me ramener vers l’autre rive, vivre l’eldorado avec lui. Il me pr&icirc;t dans ses bras dans un ultime adieu, versa des larmes invisibles, que seul mon cœur d&eacute;cela, et part&icirc;t…
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<![CDATA[ Bouchra
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 
Il est revenu me dire qu’il m’aime encore, qu’aucune autre n’ait pu p&eacute;n&eacute;trer son cœur. Il m’aime, beaucoup. 
Apr&egrave;s un an de s&eacute;paration, il est encore revenu. Je me souviens d’il y a quelques mois, il m’avait suppli&eacute; de lui pardonner une trahison, toute fictive avait-il jur&eacute;. J’ai refus&eacute; de le croire car dans mon cœur grandissait cette aveuglante absence de sa tendresse. Je le sentais de jour en jour plus distant, encore plus insaisissable et j’avais cruellement peur de le perdre. J’avais aim&eacute; en lui la s&eacute;curit&eacute; qu’il me procurait, la sensation de me savoir prot&eacute;g&eacute;e des cruaut&eacute;s de l’existence, par le simple &eacute;cho de sa voix au bout du fil. Ce f&ucirc;t le seul homme en qui je fis confiance, le seul qui m’entendit dire &laquo; je t’aime &raquo;, l’unique &eacute;tranger qui put go&ucirc;ter &agrave; un regard d’amour d&eacute;coulant du fin fond de mon &ecirc;tre. 
J’ai appris au fil du temps, depuis notre s&eacute;paration, &agrave; me convaincre que son amour est mort, que ce que je ressentais pour lui a fini d’exister comme toutes les bonnes choses de la vie se meurent un jour au l’autre. 
Aujourd’hui en l’&eacute;coutant me parler des jours pass&eacute;s, sous l’ombre d&eacute;licieuse qu’offre les volets du caf&eacute; maure, je ne savais plus rien, je ne savais si la flamme br&ucirc;lait encore dans un minuscule petit coin de mon cœur &agrave; mon insu. Je sais seulement que j’&eacute;tais d&eacute;sempar&eacute;e de l’entendre parler encore d’amour, j’&eacute;tais confuse mais heureuse. 
Il dit qu’il me veut comme femme, m&egrave;re de ses enfants, compagne pour la vie. Ma conscience aurait voulu lui dire non, mon cœur criait oui et mes l&egrave;vres rest&egrave;rent impuissantes. 
Il attend ma r&eacute;ponse, mais je reste tout aussi ind&eacute;cise. 
Dans cette chaleur &eacute;touffante du Hammam, cette obscurit&eacute; tellement r&eacute;confortante, je me sens encore plus proche de moi-m&ecirc;me que jamais. J’ai envie d’&ecirc;tre franche, ouvrir mon cœur,  m’avouer mes secrets, d&eacute;cider de ma vie…

Je me souviens des premiers jours de notre s&eacute;paration. J’&eacute;tais cruelle en lui disant le jour de son anniversaire que tout &eacute;tait fini, que je ne voulais plus de lui. Il pleura toutes les larmes de son corps, et ce f&ucirc;t p&eacute;nible. Je n’aurais jamais voulu lui causer de la peine car je me l’affligeais &agrave; moi-m&ecirc;me. Nous n’&eacute;tions qu’un seul &ecirc;tre et sa souffrance f&ucirc;t tout aussi la mienne. Il ne mangeait plus, ne dormait plus, voulait peut-&ecirc;tre se tuer &agrave; petit feu ou me ramener &agrave; lui revenir. J’avais ferm&eacute; mon cœur &agrave; tous ses appels, mais mon &acirc;me se torturait de sa souffrance, la mienne. 
Je n’ai jamais pu l’oublier et le pr&eacute;tendre serait me mentir, me leurrer avec hypocrisie en toute inconscience.  
Et si j’arr&ecirc;tais de me duper ? Et si je prenais mon courage &agrave; deux mains pour faire face &agrave; mon destin ? Et si je l’appelais pour lui dire que mon cœur ne bat que pour lui en d&eacute;pit de ce que lui ordonne ma raison ? Et si je disais oui ?
Nos amis n’ont jamais cess&eacute; de vouloir nous r&eacute;unir. Nadia et les autres faisaient les messagers, je fermais les oreilles et le cœur, la nuit venant, dans ma solitude absolue, je laissais libre cours &agrave; mes larmes. Cinq ann&eacute;es d’existence &agrave; r&ecirc;ver &agrave; deux, manger &agrave; deux, respirer &agrave; deux…
Ce f&ucirc;t difficile d’oublier, presque impossible.
Avec le recule qu’offre le temps, j’avais appris &agrave; ne plus penser qu’avec l’esprit, meurtri par l’espoir agonisant. Quand je l’entendis me dire qu’il m’aime encore, mes certitudes furent &eacute;branl&eacute;es, mon cœur secou&eacute; par cette chaleur que lui procurait sa seule pr&eacute;sence &agrave; mon c&ocirc;t&eacute;.  
L’eau chaude coule tendrement sur mon visage en me purifiant les pores comme jadis mes larmes avaient purifi&eacute; mon &acirc;me. 
Pr&eacute;tendre que je ne l’aime plus serait me mentir. D&eacute;cider de rejeter sa requ&ecirc;te serait me condamner &agrave; toujours regretter, et je m’&eacute;tais promise il y a tr&egrave;s longtemps que jamais, rien, je ne regretterais…

Pourquoi la vie est-elle aussi compliqu&eacute;e ? Elle ne l’est peut &ecirc;tre pas autant, et il se pourrait que je sois seule &agrave; fermer les yeux et mettre tous les obstacles au bonheur…
La femme qui se tient devant moi r&ecirc;veuse, conna&icirc;t la douceur que procure les simples plaisirs de la vie, je le ressens, et si je la laissais guider mes pas par ses pens&eacute;es ? Et si je tendais mon oreille pour qu’elle puisse raconter sa vie et partager cette lucidit&eacute; si limpide et si claire… 
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<![CDATA[ Mariam
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 
Je vais te raconter, mon petit Mourad, une histoire, celle d’un amour qui n’a pu vivre que dans mes r&ecirc;ves d’enfant. Une petite offrande d’un destin g&eacute;n&eacute;reux, quoique les hommes s’obstinent &agrave; lui faire endosser leur l&acirc;chet&eacute;, leur mis&egrave;re... 

Ce f&ucirc;t un vendredi 13, comme aujourd’hui. Il &eacute;tait minuit une et je venais d’enterrer un amour et d’ouvrir une fen&ecirc;tre, encore une, sur le monde. 
Il est venu me dire qu’il ne m’a jamais aim&eacute;, que jamais il ne m’aimera. Il a pleur&eacute; son d&eacute;funt amour, br&ucirc;l&eacute; pour elle devant un cœur agonisant, le mien. Et sans le vouloir je l’ai pleur&eacute; &eacute;galement, cette autre qui a tu&eacute; en lui l’espoir, l’envie d’aimer, de voler, en se br&ucirc;lant les ailes mais voler…
J’ai allum&eacute; une cigarette, je l’ai regard&eacute; se consumer &agrave; petit feu et j’ai tu&eacute; son amour pour ne pas voir la vie en moi s’&eacute;teindre. Je l’ai tu&eacute; pour garder mon cœur grand ouvert, pour r&eacute;g&eacute;n&eacute;rer mes ailes et prot&eacute;ger en moi la lumi&egrave;re de l’espoir. 
Je lui avais offert g&eacute;n&eacute;reusement de garder les cl&eacute;s de mon jardin, de revenir quand le soleil se l&egrave;vera de nouveau sur son horizon, mais il a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; les d&eacute;serts. J’aurais voulu lui prendre la main, le guider dans la tumultueuse existence qui ne cesse de l’abattre, lui ramener le sourire et l’envie de rire, mais il a pr&eacute;f&eacute;r&eacute; les t&eacute;n&egrave;bres. 
Ma cigarette devenait petit &agrave; petit fum&eacute;e et cendres et son amour dans mon cœur souvenir et  poussi&egrave;res. 
Si un jour il pouvait lire ces lignes, qu’il saches que je l’ai ha&iuml;s, lui en ai voulu, l’ai tendrement et passionn&eacute;ment aim&eacute;, et qu’en ce vendredi 13 l’ai simplement tu&eacute; et enterr&eacute;…
En ce vendredi 13, b&eacute;ni, j’ai donn&eacute; &agrave; mon cœur une bouff&eacute; d’air frais pour aller virevolter autour des feux, de tous les feux de la vie. Go&ucirc;ter aux plaisirs de l’existence, abolir les regrets et refaire le monde. 
Dans mon cœur d&eacute;sormais ni haine ni amour, mais une passion pour les rayons du soleil, les tendres et douces brises du matin, les chants des mouettes, les enfants salivant devant une &eacute;norme glace au chocolat, les braises d’un feu qui jamais ne s’&eacute;teindra…

Tu veux conna&icirc;tre la fin de l’histoire, petit Mourad ?
Elle n’a pas de fin, elle n’est que commencement…
Je sais que quelque part dans ce Hammam une force myst&eacute;rieuse nous fait r&ecirc;ver et raconter nos r&ecirc;ves, souffrir et &eacute;puiser nos s&egrave;ves.  Une force qui n’a de source que l’amour d’un homme, d’une femme, d’un enfant, d’un r&ecirc;ve. 
Regarde autour de toi, tu verras des &acirc;mes libres, des larmes coulant en flots tel le Tibre et partout des yeux  tant&ocirc;t feu tant&ocirc;t givre.  
Regarde un peu cette jeune femme qui se perd dans ses pens&eacute;es, pour un p&egrave;re disparu, une m&egrave;re malade ou un amant insaisissable…
Tend l’oreille, elle te racontera mille contes, et peut &ecirc;tre une belle histoire…
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<![CDATA[ Mourad(2)
 ]]></title>
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
<summary><![CDATA[  ]]></summary>
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<![CDATA[ 
Que de femmes dans ce hammam ! 
Je me demande bien s’il y avait des hommes aussi…beuurk !
Elles sont belles, toutes sans exception. Une peau tendre, des seins g&eacute;n&eacute;reux. M&ecirc;me celles dont la chair pendouille lass&eacute;e de vieillesse, font r&ecirc;ver d’un pass&eacute; prestigieux, d’une jeunesse engloutie derri&egrave;re le sacrifice, le d&eacute;vouement, la qu&ecirc;te d’une maturit&eacute; d&eacute;j&agrave; regrett&eacute;e…
En voil&agrave; une totalement perdue dans ses id&eacute;es, on dirait qu’elle peigne &agrave; se retrouver dans ce monde d’enchantement. Elle tend l’oreille plus qu’elle ne savoure avec les yeux, mais elle a l’air tout aussi fascin&eacute;e. On dirait une enfant qui met les pieds pour la premi&egrave;re fois au hammam, tout comme moi…
Et si j’allais m’asseoir pr&egrave;s d’elle pour observer ses gestes ind&eacute;cis et ses formes d&eacute;licieusement rondes. 
Dommage qu’elle ait fini de se laver. Elle essaye d’attraper sa serviette qu’elle rate &agrave; deux reprises. Fait-il si noir ou bien est-ce mes yeux de lynx qui d&eacute;c&egrave;lent aussi facilement la beaut&eacute; de ces t&eacute;n&egrave;bres ? 
Elle est simplement aveugle…
Je vais l’aider &agrave; prendre sa serviette et &agrave; ramasser ses affaires. 
 i[- Je vous accompagne  jusqu’&agrave; la chambre froide ?  
- Merci mon petit, tu sais que tu es un ange ?
- Oui madame on me l’a souvent dis, un petit diableton. Vous avez l’air d’une petite fille &eacute;gar&eacute;e, et pour rien au monde je ne laisserai une fillette se perdre dans le noir sans moi…
- Oui, tu es malin tel un petit diable, et je suis une fillette &eacute;gar&eacute;e… Tu veux que je te raconte une histoire ?
- Oui…
]i <br/>
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<![CDATA[ Mourad (1)
 ]]></title>
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
<summary><![CDATA[  ]]></summary>
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<![CDATA[ 
Ah quelle aubaine de voir ses parents partir &agrave; la Mecque, sa grand-m&egrave;re envahir les lieux, g&eacute;rer la maison, laisser allum&eacute;e la t&eacute;l&eacute; jusqu’aux heures impossibles et me ramener enfin au hammam…
Mon p&egrave;re sera fou de rage en l’apprenant, il s’acharnera d’abord sur elle, et me fera passer par la chambre de correction car j’ai d&eacute;sob&eacute;i &agrave; un de ses ordres les plus intransigeants, pas de petit Mourad au hammam des femmes !  
Mon vieux est un homme de grande pi&eacute;t&eacute;, il n’est pas question de faire voir &agrave; un gosse les intimit&eacute;s des femmes disait-il &agrave; ma m&egrave;re.  
En tout cas il est trop tard pour reculer, je suis l&agrave; enfin et je me r&eacute;galerai…
J’aurais pleins de choses &agrave; raconter aux petits morveux qui m’attendent au coin de la rue. Je leur parlerai de la taille des seins de Karima la femme de Bouchta le boucher, les cuisses &eacute;normes que transporte la femme de l’&eacute;picier, le sexe imberbe de la petite Siham qui joue &agrave; la premi&egrave;re de la classe. Il se pourrait m&ecirc;me que je m’aventure dans la chambre &agrave; vapeur pour tomber dans les rondeurs d’une femme en tr&eacute;buchant dans le noir. 
Je me demande si khadija la bonne a d’aussi jolies jambes que cette femme qui nous tourne le dos en se frottant l’entrecuisse. Ma grand-m&egrave;re a refus&eacute; qu’elle nous accompagne, c’est d&eacute;cid&eacute;ment le seul faut pas &agrave; son compte. Je le lui en pardonne d&eacute;j&agrave; en admirant toute cette beaut&eacute;. Khadija se lavera &agrave; la maison et je trouverai bien le moyen de l’espionner. Elle est belle notre khadija domestique, elle se badine comme un paon en d&eacute;filant devant les marchants au souk, se noirci les yeux &agrave; la d&eacute;rob&eacute;e avec les crayons de ma m&egrave;re, ne porte pas de seroual sous sa djellaba pour laisser Hmida l’apprenti m&eacute;canicien admirer ses longues jambes en s’abaissant pour ramasser la pi&egrave;ce de monnaie qui lui file d’entre les doigts, toujours au m&ecirc;me endroit, devant Hmida l’apprenti m&eacute;canicien. 
Mais qu’ai-je &agrave; penser &agrave; Khadija ? Elle est &agrave; la maison et elle y restera, mais ces femmes, je n’ai que deux petites heures pour d&eacute;couvrir la flore de leurs jardins…
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<![CDATA[ Houda (3)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
<summary><![CDATA[  ]]></summary>
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<![CDATA[ 
Ma m&egrave;re ne faisait pas grand cas de ma pr&eacute;sence, ou le feignait-elle. Je passais la journ&eacute;e avec la femme de m&eacute;nage. Le soir mes sœurs sortaient, ma m&egrave;re les attendait en regardant la t&eacute;l&eacute;, et moi, l’esprit vide, j’esp&eacute;rais avec impatience le lendemain. 
Ce f&ucirc;t dur par moment, je l’avoue. Mais cette envie de plaire &agrave; mon autre famille, &agrave; susciter son int&eacute;r&ecirc;t m’a pouss&eacute; &agrave; me battre pour toujours me surpasser. Je devins d’abord une petite fille mod&egrave;le, sage, intelligente, premi&egrave;re de la classe, et grandis pour devenir une adolescente encore plus intelligente, toujours premi&egrave;re de la classe, mais infiniment moins timide, moins sage. 
Je devins tout de m&ecirc;me un peu schizophr&egrave;ne. Moi-m&ecirc;me, pendant toute une semaine dans ce foyer plein d’amour, de compr&eacute;hension et de tendresse, et une autre super fille, dot&eacute;e de toutes les qualit&eacute;s du monde pendant un samedi soir… 
Mon b&eacute;b&eacute;, aura peut &ecirc;tre &agrave; revivre la m&ecirc;me histoire, cela ne m’inqui&egrave;te gu&egrave;re. Je sais qu’un jour il comprendra qu’il a &eacute;t&eacute; chanceux de recevoir pleinement un amour  et d’en avoir un autre toujours pr&ecirc;t &agrave; s’offrir.  
Je l’ai compris moi-m&ecirc;me quand &agrave; mes dix huit ans, je suis partie loin d’une famille et de l’autre. J’ai pu faire la part des choses et j’ai tellement souffert pour cette m&egrave;re qui a &eacute;t&eacute; si g&eacute;n&eacute;reuse et a d&ucirc; souffrir p&eacute;niblement en se retenant de prendre son enfant dans ses bras.  
Deux m&egrave;res, l’une heureuse de m’avoir &agrave; ses c&ocirc;t&eacute;, terroris&eacute;e de me voir un jour partir, et une autre malheureuse de voir son enfant grandir loin d’elle et tourment&eacute;e par la simple pens&eacute;e de d&eacute;faillir. 
Deux p&egrave;re, l’un c&acirc;lin, tendre, me portant sur ses &eacute;paules, m’amenant partout avec lui, chez ses amis, dans les stades de foot, &agrave; la plage, un papa toujours foisonnant de surprises, un amour de papa. L’autre, timide, r&eacute;serv&eacute;, mais dont l’amour a baign&eacute; mes r&ecirc;ves d’enfant, subtile et tellement chatoyant. 
Je sais qu’on ne peut changer son destin, mais si c’&eacute;tait &agrave; refaire, je sais que l’une et l’autre des famille l’aurait v&eacute;cu de la m&ecirc;me mani&egrave;re et que je l’aurais accept&eacute; et voulu tout comme aujourd’hui je l’accepte. 

Je lui apprendrais aussi, &agrave; mon b&eacute;b&eacute;,  &agrave; aimer sans r&eacute;serve et &agrave; l’exprimer sans retenue. J’aurais voulu les r&eacute;unir un jour pour leurs dire &agrave; tous les quatre combien je les aime. Je ne l’avais jamais fait car je pensais que jamais mon amour n’&eacute;galera le leur. Aujourd’hui je sais qu’il n’en est rien, je les aime et leur dirais. Peut-&ecirc;tre bien demain, quand toute la famille, finalement c’est une seule grande famille, se r&eacute;unira &agrave; la maison pour f&ecirc;ter le dernier venu, mon petit b&eacute;b&eacute;…

Je me perds dans mes id&eacute;es, en oubliant le monde. Ce garnement qui n’a cess&eacute; de m’&eacute;clabousser d’eau depuis un bon moment n’est finalement pas si aga&ccedil;ant que &ccedil;a, il est m&ecirc;me un peu dr&ocirc;le avec son allure de petit homme sid&eacute;r&eacute; de voir autant de seins se balader sans vergogne. Un jour mon petit se faufilera entre toutes ces femmes vautr&eacute;es sur le ventre &agrave; se frotter le dos les unes les autres. Il me regardera peut &ecirc;tre avec ce m&ecirc;me regard plein de malice avec un clin d’œil et le sourire d’un charmeur n&eacute;…


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<![CDATA[ Houda (2)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 
Je me souviens de cette premi&egrave;re enfance baign&eacute;e d’amour, de tendresse et d’attention. 
Une enfant combl&eacute;e, je le fusse durant de longues ann&eacute;es. Le seul pincement de cœur, je le ressentais les samedis soir que je passais chez ma famille biologique. Je m’attendais &agrave; autant d’amour et d’attention que chez mes parents adoptifs, mais il n’en f&ucirc;t rien. Je leur en avais voulu &agrave; mort &agrave; l’&eacute;poque. Aujourd’hui que je comprends mieux leurs sentiments, je pardonne, &agrave; eux leur distance et &agrave; moi mes jugements pr&eacute;coces. 
J’ai beaucoup de tendresse pour cette m&egrave;re qui partage avec moi son enfant. Elle ne l’abandonne gu&egrave;re. Je d&eacute;teste ce mot ‘abandonner’. Personne ne peut abandonner son enfant, une partie de son &acirc;me sans qu’il s’eut d&eacute;j&agrave; abandonn&eacute; lui-m&ecirc;me. 
Je m’&eacute;tais r&eacute;concili&eacute; avec mon pass&eacute; et ma vie tumultueuse d’adolescente en mal d’&ecirc;tre car avide d’un amour qui peine &agrave; s’exprimer d’un c&ocirc;t&eacute;, et trop aim&eacute;e de l’autre.
Je me rends compte aujourd’hui que cette qu&ecirc;te d’un amour refus&eacute; et cet attachement &agrave; un autre g&eacute;n&eacute;reusement offert, m’ont permis d’acqu&eacute;rir un &eacute;quilibre et une sensibilit&eacute; aux moindres signes d’affection. C’est ce que je voudrais offrir &agrave; ce b&eacute;b&eacute;, avec en plus une vie d’homme libre. 
Aujourd’hui encore quand je vois mon p&egrave;re biologique j’ai cette peur de lui dire &agrave; quel point je l’aime. J’ai peur de lui faire de la peine. Dans ces yeux il y a toujours un immense bonheur quand il me voit, il me prend dans ses bras, me serre tr&egrave;s fort et me dis que je lui manque. Je lui ai toujours manqu&eacute;. Il m’a toujours aim&eacute; avec ferveur, et m&ecirc;me s’il se retenait pour le montrer, je le ressentais dans son &eacute;treinte, dans son regard soudain illumin&eacute; par le seul fait que je sois l&agrave;. Je suis sa petite fille qu’on lui a enlev&eacute;e pour pr&eacute;server le mariage de son fr&egrave;re dont la femme est st&eacute;rile. J’ai toujours &eacute;tais ce qui lui manquait de plus dans la vie. 
Cette petite fille qu’il ne voyait qu’une fois par semaine, timide, mal &agrave; l’aise dans cette maison grouillante d’activit&eacute;, un peu perdue entre ses fr&egrave;res et sœurs, si bouillonnants d’&eacute;nergie, joyeux et tous beaux et intelligents. Je me sentais toujours de trop, toujours l’intruse…
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<![CDATA[ Houda (1)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 
Demain est un grand jour. 
J’ai envie de me laver comme je ne l’avais jamais fais auparavant, cajoler mon corps, lui offrir un moment de d&eacute;tente, de relaxation et de bien-&ecirc;tre, j’en ai bien besoin.
Demain j’affronte ma destin&eacute;e de m&egrave;re.  
Ce b&eacute;b&eacute; dont j’ai tant r&ecirc;v&eacute;, demain sera dans mes bras. Il a maintenant quatre mois d&eacute;j&agrave;, et chaque jour qu’il grandit loin de moi est un jour de moins de ce bonheur qu’on s’offrira l’un l’autre. 
Je le ram&egrave;nerai au Hammam quand il en aura l’&acirc;ge. Il m’y accompagnera pendant quelques ann&eacute;es et quand il commencera &agrave; scruter avec curiosit&eacute; les intimit&eacute;s des baigneuses, il ira au hammam des hommes avec son p&egrave;re. 
Je lui pr&eacute;parerais ses repas. Ses biberons &agrave; cinq heures du matin ne me feront pas grogner. Je lui changerais ses couches, l’accompagnerais &agrave; son premier jour d’&eacute;cole, lui apprendrais la peinture et le tennis, le guiderais dans ses lectures, le taquinerai &agrave; propos de la petite amie, le verrais jouer au foot avec fiert&eacute;, le contemplerais grandir…
Cet enfant sera une partie de mon &acirc;me qui errerait sur la terre, tant&ocirc;t &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s, tant&ocirc;t volant de ses propres ails. 
Je ne lui mentirais jamais. Sa v&eacute;rit&eacute; d’enfant adopt&eacute;, il la conna&icirc;tra d&egrave;s qu’il aura la conscience de comprendre. Je n’ai pas peur de ce jour, au contraire je l’attends…
Un attachement d’un enfant &agrave; ses parents est encore plus fort quand il sait qu’il est le fruit d’un amour, non entre deux personnes, mais de deux &ecirc;tres qui n’aspirent qu’&agrave; son bonheur. Je le sais car moi-m&ecirc;me suis adopt&eacute;e et aim&eacute;e… 
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<![CDATA[ Kawtar (3)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 

Ma m&egrave;re ne le sait pas encore, et si cela ne tenait qu’&agrave; moi elle ne le saurait jamais. Je n’ai aucunement peur de lui dire ma v&eacute;rit&eacute;, mais je la pr&eacute;serve des pr&eacute;jug&eacute;s de sa soci&eacute;t&eacute;. 
Dans ce monde o&ugrave; je vis, il n’est pas &eacute;vident de regarder sa m&egrave;re droit dans les yeux et de lui dire &laquo; m&egrave;re, j’ai suivi le chemin, celui que j’ai choisi, qui me m&egrave;ne &agrave; d&eacute;couvrir le monde, mais surtout &agrave; me d&eacute;couvrir moi-m&ecirc;me. Je n’ai aucune honte d’avoir aimer par mon corps avec un esprit consentant. Je ne regrette nullement d’&ecirc;tre all&eacute;e au bout de mes d&eacute;sirs, depuis que c’est fait, la vie est plus lumineuse. Mon corps m’appartient d&eacute;sormais compl&egrave;tement et je n’ai rien &agrave; donner en &eacute;change d’une dot, rien d’autre que l’amour &raquo;
D&eacute;sormais, je sais que j’aime. Je suis confiante en cet amour et en ma capacit&eacute; de g&eacute;rer cette parcelle de chemin avec l’homme que j’ai choisi. Il se peut que pour lui je ne fusse qu’une parmi bien d’autres. Il se pourrait qu’il m’ait d&eacute;j&agrave; oubli&eacute;, mais cela m’importe peu. Il m’a donn&eacute; une partie de lui cette nuit-l&agrave; et j’en ai fais de m&ecirc;me, nous sommes quittes. Au-del&agrave; des pr&eacute;jug&eacute;s de chacun de nous, je sais que je n’&eacute;tais pas un corps &agrave; travers lequel il satisfaisait ses d&eacute;sirs, et qu’il ne f&ucirc;t nullement un pr&eacute;texte pour que j’assouvisse les miens.  
Les hommes et les femmes se trompent souvent dans ce que l’on peut appeler ‘amour ‘. Les uns n’y voient qu’un moyen pour fonder une famille, procr&eacute;er et r&eacute;pondre aux exigences de la loi sociale, d’autres le vivent dans tout regard flatteur, toute forme charnue d’une belle femme, toute nuit ravageuse suivie par un quotidien morose. Rares sont ceux qui voient en lui une finalit&eacute;. Nous cherchons tous le bonheur, l’amour est ce bonheur. L’amour d’un &ecirc;tre humain n’est que la forme d’amour accessible &agrave; la majorit&eacute; des humains. J’ai d&eacute;couvert en ce moment privil&eacute;gi&eacute;  de total abondant, l’amour que je me porte &agrave; moi-m&ecirc;me et qui grandi &agrave; chaque instant pour envahir le monde, y compris l’homme qui se tenait dans mes bras. Dans ce petit laps de temps o&ugrave; mon &acirc;me flottait d’enchantement j’avais retrouv&eacute; la sensibilit&eacute;, la qui&eacute;tude et la s&eacute;r&eacute;nit&eacute; qu’il m’arrivait de ressentir devant un myst&eacute;rieux tableau, un beau paysage, un regard d’enfant, un moment de recueillement...  
J’ai d&eacute;couvert que ma vie regorgeait de petits laps de temps parsem&eacute;s d’amour. Ma vie d&eacute;sormais a pris un sens nouveau, une qu&ecirc;te toute r&eacute;cente, chercher dans ce vaste monde, dans cette tumultueuse existence des moments d’amour…

Je porte un regard nouveau sur le monde, ses hommes et ses femmes. Dans l’esprit de chacune de ces femmes, il y a une histoire qui se conte, un petit fragment de vie, une lourde dette envers le pass&eacute; ou un espoir suspendu &agrave; la volont&eacute; du destin. Chacune est moi, et je suis en chacune d’elles. C’est la force de l’amour qui nous rapprochent et ce sont ses caprices qui nous tiennent, haletantes, &agrave; l’&eacute;cart chacune de l’autre. A travers cette chaleur &eacute;touffante je peux percevoir la brise qui anime leurs cœurs attach&eacute;s &agrave; la vie, le cœur de cette femme dont les gestes &eacute;nerv&eacute;s trahissent une sensibilit&eacute; &eacute;tourdissante qui n’aspire qu’&agrave; nous contaminer… 
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<![CDATA[ Kawtar (2)
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<![CDATA[ 
Ma peau est si douce aujourd’hui, on dirait qu’elle garde encore le voile tamis&eacute; de ses effleurements. L’eau chaude &eacute;veille mes sens, encore &agrave; vif. Je voudrais le revoir, partager avec lui encore une fois cet instant de douce rencontre entre deux corps, o&ugrave; les esprits se tiennent &agrave; l’&eacute;cart pour voir et admirer sans pour autant &ecirc;tres les juges et les sentinelles.   
Je n’ai pas cherch&eacute; &agrave; comprendre, je me suis laiss&eacute;e aller &agrave; la force de ses baisers, la douceur de ses mains m’effleurant le dos, ses l&egrave;vres embrassant les pointes excit&eacute;es de mes seins, mes mains se baladant tant&ocirc;t sur son torse, tant&ocirc;t sur une cuisse. Son sexe se durcit quand je me suis aventur&eacute;e &agrave; le caresser. Je me mouillais. Nous &eacute;tions pr&ecirc;ts &agrave; nous retrouver. Nos corps se sont cherch&eacute;s depuis toujours dans ce monde o&ugrave; hommes et femmes cherchent &agrave; s’unir pour former la cr&eacute;ature mythologique &agrave; deux sexes. Je sais que son corps d&eacute;sirait ardemment le mien et que cet autre moi retrouvait enfin refuge dans notre enlacement. La preuve en est que les retrouvailles furent si naturelles, sans douleur, sans peur, sans souffrance. Je m’attendais &agrave; me retrouver noy&eacute;e dans une nappe de sang, et le temps de cette pens&eacute;e je m’&eacute;tais recroquevill&eacute;e, tendue. Il a ralentit son mouvement de va-et-vient pour poser sur mes l&egrave;vres un long baisers qui eut le m&eacute;rite de me faire oublier les contraintes du corps et les artifices de sa pesanteur.  Il n’en f&ucirc;t rien. Je n’ai pas saign&eacute; d’une go&ucirc;te, &agrave; me demander si j’avais jamais &eacute;t&eacute; vierge…  
Epuis&eacute;s par tant de sensations, nous nous sommes allong&eacute;s sur le dos &agrave; regarder le plafond sur lequel dansait encore l’ombre des flammes, et nous nous sommes endormi. Mon sommeil f&ucirc;t profond, sans r&ecirc;ves. Quand &agrave; l’aube je m’&eacute;tais r&eacute;veill&eacute;e, je l’ai regard&eacute; dormir entre mes bras, son souffle fr&ocirc;lait mon cou et ses bras m’encerclaient. Je l’ai regard&eacute; longuement en me rem&eacute;morant chaque instant pass&eacute; avec lui. Je l’aime. 
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<![CDATA[ Kawtar (1)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
<summary><![CDATA[  ]]></summary>
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<![CDATA[ 
J’ai attendu Vingt-deux ans d’existence pour cesser d’&ecirc;tre cette na&iuml;ve pucelle qui laisse son corps prendre le dessus sur son &acirc;me.  
Ce corps que je suis venue laver aujourd’hui a connu la jouissance, l’&eacute;treinte d’un autre corps, et il en fr&eacute;mit encore de plaisir…
J’ai pass&eacute; des ann&eacute;es &agrave; attendre ce moment en l’appr&eacute;hendant. Je le d&eacute;sirais de toute mon &acirc;me et maintenant que c’est fait, c’est comme si le poss&eacute;dais depuis toujours. Je me mentirais &agrave; moi-m&ecirc;me si je pr&eacute;tendais que cela n’a rien chang&eacute;. J’ai chang&eacute;, mon corps a mu&eacute; et mes relations avec les hommes se sont transform&eacute;es. D&eacute;sormais j’affronte leurs regards avec assurance. D&eacute;sormais je ne ferai aucune concession car j’ai ce poids d’un hymen intact.  
Je sais par exp&eacute;rience qu’un homme normalement constitu&eacute;, amoureux de surcro&icirc;t, cherche aussi bien &agrave; combler un vide &eacute;motionnel qu’un besoin charnel. C’est l&eacute;gitime, mais on m’a si souvent harcel&eacute; pour me donner que je m’en suis toujours gard&eacute;e de le faire car ce ne f&ucirc;t jamais ma d&eacute;cision. 
Hier ce f&ucirc;t si simple, sans complications, sans complexes. Il &eacute;tait cet homme qui ne me demandait rien, et j’&eacute;tais la femme qui n’avait rien de si cher &agrave; offrir que son amour. Aucune promesse vaine, aucun projet d’avenir, seulement l’instant pr&eacute;sent. J’ai mordu &agrave; cette p&ecirc;che de Camus &agrave; Bab el Ouad dont j’ai si souvent r&ecirc;v&eacute;.  Rien d’autre que le carpe diem, le plaisir des sens, la d&eacute;couverte d’un corps d’homme dans toute sa beaut&eacute; et l’extase de me laisser envahir par la chaleur de l’amour.
Devant un feu de chemin&eacute;e, nous nous laiss&acirc;mes d’abord emporter par l’euphorie des discussions l&eacute;g&egrave;res et des caresses furtives  avant de nous regarder avec la flamme du d&eacute;sir qui illuminait nos prunelles. 
Dans ce salon &eacute;clair&eacute; par les seules brises de la chemin&eacute;e, il m’avait touch&eacute; le visage, le contour des l&egrave;vres, les bras nus. On se regardait dans les yeux, et je lui touchais &eacute;galement le visage, caressait les joues, jouais avec les m&egrave;ches qui s’aventuraient sur son front. Il s’&eacute;tait approch&eacute;, ou peut-&ecirc;tre l’aurais-je attirer vers moi. Notre baiser f&ucirc;t d’abord a&eacute;rien comme un c&acirc;lin que nous faisions chacun &agrave; ce millim&egrave;tre d’air qui nous s&eacute;parait, il se mua ensuite en une &eacute;treinte plus appuy&eacute;e, plus forte  de cette force qui br&ucirc;lait nos corps de d&eacute;sir... 

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<![CDATA[ Latifa
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
<summary><![CDATA[  ]]></summary>
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<![CDATA[ 
Mais pourquoi insistent-ils autant pour que je t&eacute;moigne. Ils veulent que la v&eacute;rit&eacute; soit enfin r&eacute;v&eacute;l&eacute;e ? Soit, elle leur sera crach&eacute;e avec toute son immondice, et apr&egrave;s ?
Jamais ceux qui l’&eacute;couteront ne la ressentiraient, ne la vivraient dans sa crudit&eacute; comme je l’ai v&eacute;cu.   
J’ai perdu un fils qui a donn&eacute; sa vie pour son combat. J’ai accompli mon destin de m&egrave;re et je l’ai accept&eacute;, enfin, apr&egrave;s tant de souffrances. Il a donn&eacute; sa vie, les larmes de sa m&egrave;re, le chagrin de son p&egrave;re pour leur offrir la libert&eacute; de vivre. Il n’aurait jamais voulu que je d&eacute;verse mes larmes devant des t&eacute;l&eacute;spectateurs. Ils ne peuvent pas comprendre. 
Il y a d&eacute;j&agrave; une trentaine d’ann&eacute;es que, jour apr&egrave;s jour, j’ai appris &agrave; faire son deuil, avec fiert&eacute; et amour. Je ne permettrais pas de rouvrir les plaies et de donner son engagement en spectacle. 
Je sais que ceux qui verront ces tra&icirc;tresses de larmes, que je ne saurais r&eacute;primer, en verseraient quelques unes par compassion, par indignation peut &ecirc;tre, mais probablement pas par amour. Cet amour aveugle pour la libert&eacute;, pour ces jeunes qui vivent aujourd’hui en paix, quoique avec un pass&eacute; charg&eacute; de sacrifices, qui l’a men&eacute; vers les ge&ocirc;les et les oubliettes. 
Je suis la seule qui n’ais jamais oubli&eacute;. Pendant trente ans j’ai serr&eacute; jalousement les souvenirs dans mes bras, j’ai gard&eacute; pour moi l’oppression subite pour ne pas accabler les Hommes. J’ai simplement exauc&eacute; son d&eacute;sir de pr&eacute;server la dignit&eacute; de l’&ecirc;tre humain. 
Aujourd’hui, ils veulent que je parle en victime que je n’ai jamais &eacute;t&eacute;. Je me refuse d’&ecirc;tre celle qui se plaint d’avoir &eacute;t&eacute; priv&eacute;e d’un fils kidnapp&eacute;, d’un mari mort de chagrin, d’une vie d&eacute;cente, de bonheur toute une vie…

On me l’avait arrach&eacute; par une nuit sans lune. Son p&egrave;re s’&eacute;tait battu contre leur barbarie avant de se r&eacute;fugier dans le mutisme et la tristesse jusqu’&agrave; ce que mort s’en suive. Ses petits fr&egrave;res et sœurs s’&eacute;taient cach&eacute;s derri&egrave;re mes jupons, pleuraient de terreur et d’accablement, et moi…
Je ne pouvais m&ecirc;me pas d&eacute;faillir, je me devais d’&ecirc;tre forte pour l’attendre des ann&eacute;es durant, pour ne jamais perdre espoir, ne jamais oublier.
Aujourd’hui on me demande de dire ma col&egrave;re et mon supplice, mais je n’en ai plus. J’ai appris &agrave; &ecirc;tre patiente avec le temps, cl&eacute;mente avec la b&ecirc;tise des hommes et les caprices du destin.
Les enfants ont grandis tant bien que mal. Ils ont appris &agrave; aimer, &agrave; pardonner, &agrave; vivre, et rien que pour cela, je n’ai pas envie de parler de souffrance. La haine ne subsiste pas dans un foyer o&ugrave; l’on a donn&eacute; son &acirc;me pour acqu&eacute;rir la libert&eacute; des autres. Je sais que certaines m&egrave;res sont encore am&egrave;res, elles ont tort. La souffrance, la leur, est la plus grande offrande qu’elles auraient pu donner &agrave; l’amour, et l’amour n’est autre que leur r&eacute;demption.
Mon fils m&eacute;riterait d’&ecirc;tre aim&eacute; par tous, mais jamais regrett&eacute; ni pleur&eacute;. Il a eu cette chance de mener son combat jusqu’&agrave; aboutissement, de vivre par passion et de mourir par amour, pour la patrie, pour ces hommes et femmes qui, aujourd’hui avec ce qu’il leur a offert de libert&eacute;, ne pensent qu’&agrave; le pleurer. Ils ont tort. Mon fils est heureux de les voir libres, mais sera chagrin&eacute; de voir ce qu’ils font avec cette libert&eacute;. Jamais l’amour de mon fils pour la vie et le sacrifice qui s’en est suivi n’ont &eacute;t&eacute; un alibi pour r&eacute;concilier l’histoire et les hommes avec leurs b&eacute;vues et je ne permettrais pas qu’ils le deviennent. 

Je ne crois pas &agrave; leurs slogans de r&eacute;conciliations. Si l’on se permet de fouiner dans les tombeaux c’est surtout pour soulager les consciences de ceux qui n’ont pas souffert. On leur donne la chance de verser quelques larmes par compassion, pour se croire enfin quittes vis &agrave; vis des morts, des supplici&eacute;s et des m&egrave;res orphelines…
Mais il n’a jamais &eacute;t&eacute; question de payer pour le choix des autres. La libert&eacute; et la vie ne se servent pas sur un plat d’argent, elles s’arrachent, se disputent et se perdent chemin faisant, elles ne sont jamais regrett&eacute;es, jamais exhib&eacute;es nues devant de jeunes yeux &eacute;bahis. Certes, ils ont le droit de savoir, mais surtout pas de compatir.
J’ai de la peine rien qu’&agrave; imaginer le d&eacute;sarroi de ces jeunes femmes pleines d’espoir, de confiance en l’avenir devant une r&eacute;v&eacute;lation de ce que f&ucirc;t ma vie et celles de centaines d’autres m&egrave;res. Je n’ai pas le droit de leur faire subir mon chagrin. Ils n’ont pas le droit de partager mes larmes. Tout ce que je peux aujourd’hui partager est l’amour pour lequel mon fils est parti, en regardant son ge&ocirc;lier dans les yeux et en voyant dans son regard les &eacute;toiles &eacute;clairant la froideurs des cachots.   
La paix a toujours exist&eacute;, la justice et l’amour. Ce sont l&agrave; des offrandes g&eacute;n&eacute;reuses que Dieu nous a offert pour nous d&eacute;dommager du paradis. Mon fils n’a fait que suivre le chemin ordinaire de la vie, ce n’est ni un h&eacute;ros, ni un martyre. S’ils arrivent &agrave; comprendre ceci, &agrave; voir en leur vie le grand vide qui la submerge. Ils comprendront enfin qu’il n’y a d&eacute;sormais dans mon cœur ni souffrance ni haine, mais seulement un petit regret pour tous ces &ecirc;tres humains qui peinent &agrave; trouver leurs combats et qui se r&eacute;fugient dans ceux des autres…
  
Cela me ferait de la peine de causer ne serait-ce qu’un sentiment de piti&eacute; ou de remord &agrave; cette belle femme aux yeux songeurs pleins de malice.
Elle doit avoir la vingtaine et me rappelle la jeune fille que j’ai &eacute;t&eacute; jadis…
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<![CDATA[ Leila (3)
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<![CDATA[ 

Septembre enfin. L’espoir, l’attente excit&eacute;e et, un peu moins, les doutes. 
Hmm…comme elle est ti&egrave;de cette eau ! Comme il est doux ce parfum de lavande qui m’embaume le corps !
Les fleurs mortes sur l’asphalte et ses pas, encore vivants, au rendez-vous. Je n’ai pu r&eacute;primer le sourire de cet autre moi qui avait imagin&eacute; des sc&eacute;narios des plus dramatiques…
Ma vie enti&egrave;re &agrave; l’attendre et finissant par &eacute;crire un roman s’intitulant &laquo; ses pas sur l’asphalte &raquo;. Lui, me cherchant, des ann&eacute;es apr&egrave;s avoir lu le roman, me retrouvant sur le point d’agoniser…
Je souriais car je me trouvais une imagination un peu trop fertile. 
Il avait interpr&eacute;t&eacute; mon sourire comme une invitation. N’en &eacute;tait-il pas une ?
&laquo; Mademoiselle, permettez moi. J’ai pass&eacute; tant de semaines &agrave; attendre ce moment. Je vous trouve ravissante et voudrait tant vous conna&icirc;tre davantage &raquo;
Rien de plus simple, de plus direct. Et il m’avait vouvoy&eacute;…
&laquo; Pourquoi pas ? Allons prendre un caf&eacute;&raquo;.
Parmi la bonne centaine de sc&eacute;narios esquiss&eacute;s, devant mon livre jamais ouvert, jamais je n’en ai imagin&eacute; d’aussi simple. Je l’avais invit&eacute; avec un sourire d’abord, et tr&egrave;s naturellement ensuite &agrave; partager…un caf&eacute;. 
Et comme dans un roman d’amiti&eacute;, la notre grandissait, la complicit&eacute; s’installait, nonchalante, ais&eacute;e et tellement &eacute;vidente….
Hmm…je me perds encore dans mes r&ecirc;veries. Ce ne serait pas plus mal si je m’aff&eacute;rai &agrave; la t&acirc;che. Il doit m’attendre pour aller siroter notre &eacute;ternel th&eacute; &agrave; la menthe, au caf&eacute; maure. Il y r&eacute;gnera un air frais et les rideaux bleus se mettront encore &agrave; danser en enla&ccedil;ant le vent…
 
Quelle malchance ! Plus d’eau chaude dans la grande bassine. Il va falloir encore attendre. Et si je demandais &agrave; cette vielle dame entour&eacute;e de seaux de m’en donner pour me rincer ? Il doit s’impatienter. J’h&eacute;site, elle a l’air tellement triste. Je me demande bien si c’est de l’eau ou alors une profusion de larmes qui coule sur son visage rid&eacute;…
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<![CDATA[ Leila (2)
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<![CDATA[ 
Une fois retrouv&eacute;s, ses pas aux rythmes des miens, j’ai retrouv&eacute; mes pr&eacute;jug&eacute;s et mes craintes, mais non sans un brin de soulagement, de qui&eacute;tude int&eacute;rieure. 
Le soleil devenait de plus en plus ardent pendant ces chaudes journ&eacute;es de juin. Les examens, les sorties des classes qui n’avaient plus d’horaires, et ses pas qui semblaient se perdre dans le temps. 
Les examens finis. Les classes ferm&eacute;es. Les semaines d’&eacute;t&eacute;, chez mes parents, &agrave; attendre la rentr&eacute;e.
Je fl&acirc;nais des journ&eacute;es enti&egrave;res sur la plage avec un livre que je ne lisais pas. Dans ma t&ecirc;te des histoires commen&ccedil;aient, d’autres prenaient fin avec lassitude. J’en suis arriv&eacute;e &agrave; inventer des dizaines de sc&eacute;narios…
Lui, me souriant, me disant bonjour, m’invitant &agrave; siroter un coca dans un caf&eacute; d’artistes…
Moi, relevant le t&ecirc;te, souriante, disant bonjour et baissant aussit&ocirc;t les yeux…
Moi, feignant de me fouler la cheville. Lui, proposant de m’aider…
Lui m’arrachant mon sac &agrave; main. Ce n’&eacute;tait qu’un romantique pickpocket !
Je n’en finissais pas de r&ecirc;ver, de l’imaginer, de nous r&eacute;inventer…toujours sur la plage, avec un livre jamais ouvert. 
J’ai regrett&eacute; de ne pas avoir ralenti mes pas, de n’avoir jamais retourn&eacute; la t&ecirc;te. J’ai commenc&eacute; &agrave; m’accuser de l&acirc;che. Le hasard a peut &ecirc;tre voulu laisser la porte entrouverte &agrave; la d&eacute;couverte, &agrave; l’aventure. Je l’ai refoul&eacute;, ce destin, ce dieu du temps qui me jetait des d&egrave;s et m’invitait au jeu…
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<![CDATA[ Leila (1)
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<![CDATA[ 

J’ai l’impression de voler sur un nuage. Je me sens l&eacute;g&egrave;re comme l’air. Quel bonheur que d’&ecirc;tre amoureuse ! 
Je ne peux plus arr&ecirc;ter de me rem&eacute;morer cette sc&egrave;ne &ocirc; combien f&eacute;erique. Il s’&eacute;tait pench&eacute; quelques centim&egrave;tres, m’a pris tendrement le visage entre ses mains, m’a effleur&eacute; les l&egrave;vres avec les siennes si douces et…c’est difficile de le dire. Un tel instant se vit, ne se raconte point. 
Il m’a dit : &laquo; tu embrasse comme une princesse &raquo;
Et &agrave; moi de r&eacute;torquer avec malice : &laquo; comment peux-tu le savoir ? As-tu d&eacute;j&agrave; embrass&eacute; une princesse ?&raquo;
&laquo; Oui…je vient de le faire &agrave; l’instant ! &raquo;
On ne m’avait jamais dit une telle chose.
Depuis que je l’ai rencontr&eacute;, j’ai les bras grands ouverts pour le monde, je voudrais l’&eacute;treindre, le d&eacute;couvrir, l’explorer parcelle par parcelle, sentir ses odeurs, saisir toutes ces lumi&egrave;re et m’y fondre toute enti&egrave;re. 
Et pourtant, rien ne nous destinait &agrave; cette rencontre. J’avais mes pr&eacute;jug&eacute;s sur les hommes et il en avait les siens. 
Quand je l’ai remarqu&eacute; m’embo&icirc;tant le pas, apr&egrave;s la fin des cours &agrave; l’universit&eacute;, j’avais simplement song&eacute; &laquo; en voil&agrave; un autre qui me trouve jolie et voudrais bien m’ajouter &agrave; sa collection de conqu&ecirc;tes, quel badaud ! &raquo;
Jour apr&egrave;s jour, j’ai commenc&eacute; &agrave; appr&eacute;cier la compagnie silencieuse de ses pas sur l’asphalte. J’ai fini par me surprendre moi-m&ecirc;me &agrave; esp&eacute;rer la sortie des classes, et comble de l’absurde, &agrave; m’inqui&eacute;ter de son absence inopin&eacute;e pendant une longue et ennuyeuse semaine…
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<![CDATA[ Mina (2)
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<![CDATA[ 
Tati Siham n’aime pas le hammam, elle se douche deux fois par jours et trouve grossier toutes ses femmes nues &agrave; se scruter ind&eacute;cemment. Dada, quand elle m’y ram&egrave;ne, est toujours infiniment cajoleuse. Je joue avec l’eau, je me la d&eacute;verse sur la t&ecirc;te &agrave; profusion, je me perds dans mes r&ecirc;veries par cette chaleur ti&egrave;de, sans jamais qu’elle ne s’en plaigne. Elle m’aime un peu trop. Toujours &agrave; me regarder avec ses yeux tristes remplis de tendresse et de piti&eacute;, elle trouve tous les pr&eacute;textes pour me prendre dans ces bras, commencer &agrave; sangloter en me trouvant tellement &agrave; l’image de ma m&egrave;re.    
Mon p&egrave;re en fait presque autant, mais sans pleurer. Il parait que les hommes n’ont pas de sources remplies de larmes au fond des yeux. 
Tati Siham est ma lumi&egrave;re. La seule qui ne me regarde pas avec leurs yeux pleins d’apitoiement. Elle est venue &agrave; la maison quand j’&eacute;tais encore b&eacute;b&eacute;, mais on la laissa rarement m’approcher, et elle &eacute;tait toujours occup&eacute;e,  par ailleurs. Elle est belle aussi, je trouve, mais tout le monde dit qu’elle est intelligente et brillante, sans plus. 
Elle n’est probablement pas aussi jolie que ma m&egrave;re, mais ma m&egrave;re, elle, n’est plus l&agrave;. Il n’y a que tati Siham, Dada et parfois mon papa. 
Il me manque. Toujours &agrave; voyager en Europe, en Am&eacute;rique et parfois dans le pays des petits hommes aux yeux ferm&eacute;s, c’est &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la Chine, mais je ne me souviens jamais du nom, c’est comme le ping-pong…
J’irai encore me balader avec lui quand il sera l&agrave;, il m’emm&egrave;nera acheter des livres et peut &ecirc;tre des jeux pour mon ordinateur. On ira manger au bord de la mer, mais il sera encore pensif. Je sais quand il pense au travail, mais quand il me regarde et qu’il a l’air absent, je sais alors qu’il la voit, qu’il pense &agrave; elle. Je voudrais tant qu’il me voit. 
J’aurais tant voulu me souvenir d’elle pour saisir ce qu’il voit…

 i[D’accord Dada, je me d&eacute;p&ecirc;che, mais l’eau est trop chaude ! Je vais en chercher de froide, Dada, c’est bon ne te l&egrave;ve pas, j’y vais…]i 

Mais pourquoi la voisine s’est mise &agrave; me regarder elle aussi avec tant de tendresse ? Il parait que l’amour est contagieux, fais attention Dada tu contamine le Hammam…
Et pourtant chez la voisine, il y a cet intriguant sourire absent qui me rappelle le regard &eacute;loign&eacute; de mon p&egrave;re. Oui je sais, elle r&ecirc;vasse…
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<![CDATA[ Mina (1)
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<![CDATA[ 
Elles ont toutes l’air gentilles ces femmes. Je me demande si ma m&egrave;re ressemblait &agrave; l’une d’entre elles. Peut &ecirc;tre la voisine avec ses longs cheveux tress&eacute;s, ou alors ressemblait-elle dans sa jeunesse &agrave; cette fille qui me sourit de loin ?
J’aurais tant voulu qu’elle v&eacute;cut assez longtemps pour en garder le souvenir. Dada me disait souvent qu’elle &eacute;tait belle comme une oasis au milieu du d&eacute;sert, fi&egrave;re comme les cimes des palmiers. Mais je ne pourrais imaginer ni sa beaut&eacute; ni sa grandeur d’&acirc;me car elle &eacute;tait morte &agrave; ma naissance. 
Tati Siham m’a toujours d&eacute;fendu quand grand-m&egrave;re laissait insinuer avec amertume que ce f&ucirc;t de ma faute, qu’en me refusant &agrave; venir au monde docilement comme tous les b&eacute;b&eacute;s, j’ai simplement tu&eacute; ma m&egrave;re. 
Elle m’aime beaucoup Tati Siham. Elle voudrait tant que j’en arrive &agrave; l’appeler maman. Grand-m&egrave;re ne voudra jamais, et moi j’en ai un peu honte, un brin peur…
Je voudrais tant voir cette femme qui m’a mise au monde avec tant d’amour qu’elle s'en est all&eacute;e. J’envie parfois mes camardes quand leurs m&egrave;res viennent les chercher &agrave; la sortie des classes, leurs pr&eacute;parent des sandwichs pour le go&ucirc;ter et les grondent pour une raison ou une autre. On ne me corrige presque jamais. Tous sont gentils, pr&eacute;venants et attentifs &agrave; mes moindres caprices, sauf grand-m&egrave;re ! 
J’aurais tant voulu qu’on me gronde ! 
Jamais ma m&egrave;re &agrave; moi ne me laverait les cheveux, ne me frotterait le corps avec ce grand gant noir, jamais je ne lui ferai une sc&egrave;ne en disant qu’elle me fait trop mal ou que le champoing me pique les yeux, jamais…
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<![CDATA[ Fatima (2)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
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<![CDATA[ 

Belle, je le suis. Adul&eacute;e par les jeunes gar&ccedil;ons de ma classe je l’ai toujours &eacute;t&eacute;. D&eacute;sir&eacute;e par mes professeurs &agrave; l’universit&eacute;, cela me d&eacute;go&ucirc;te de plus en plus. 
J’ai su depuis toujours, depuis mes dix ans que je n’aimerai qu’elle. Non pas les femmes, mais elle seule. Et voil&agrave; qu’aujourd’hui elle me quitte, elle quitte cette tendre complicit&eacute;, ces &eacute;treintes charnelles qui nous unissaient. 
Non, je ne la laisserai pas partir. 
Je ne peux plus me taire, la regarder se pr&eacute;parer avec fr&eacute;n&eacute;sie pour ce qui, j’en suis convaincue, sera l’enterrement de notre connivence secr&egrave;te et sinc&egrave;re, la naissance d’une vie hypocrite o&ugrave; l’une devra honorer son devoir de femme mari&eacute;e, et l’autre se perdre &agrave; tout jamais dans les tumultueux contrastes de la vie. 
Si elle me quitte, je vais devoir regarder diff&eacute;remment le monde. Je devrais peut &ecirc;tre me trouver un mari, avoir des enfants, et r&ecirc;ver d’elle toute la nuit. Ou peut &ecirc;tre devrais-je partir ? 
Mais partir o&ugrave;, et pourquoi faire ? Me refaire une autre vie ailleurs, essayer de me forger une nouvelle identit&eacute; et aimer de nouveau. 
Je n’aime qu’elle. Les hommes me laissent de marbres, les femmes un peu moins car je d&eacute;couvre en chacune d’elles une partie de Nadia. Je ne peux aimer toutes les femmes, je ne peux les rassembler toutes pour la retrouver elle. 
C’est donc l’hypocrisie ou la mort. Je ne peux tol&eacute;rer la premi&egrave;re, la seconde est plus efficace, plus accessible et moins pesante. &Ccedil;a sera donc la mort. 
Je d&eacute;lire. Ce hammam avec tous les souvenirs qu’il invoque a un effet hallucinog&egrave;ne. Je ferai mieux d’arr&ecirc;ter mes r&ecirc;veries, finir de me laver et partir me pr&eacute;parer pour la f&ecirc;te. J’y trouverai bien un pr&eacute;tendant, car jamais je n’aurais le courage d’aller jusqu’au bout.  

Elle est bien innocente cette enfant aux grands yeux noir, bien timide &agrave; se cacher derri&egrave;re le grand seau et &agrave; scruter scrupuleusement la voisine. Elle doit avoir neuf ans, une chaire fra&icirc;che et un teint de moineau, une peau si douce…
Son attention s’est port&eacute;e sur moi depuis un petit moment d&eacute;j&agrave;, quoique son regard soit incertain…
 
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<![CDATA[ Fatima (1)
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<author><name><![CDATA[ Hache]]></name></author>
<summary><![CDATA[  ]]></summary>
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<![CDATA[ 
 
Leur malheur &agrave; toutes est un homme, le mien est une femme ! 
Elle m’a toujours fascin&eacute;. Qu’elle soit damn&eacute;e &agrave; tout jamais, cette cousine dont la douceur me transperce encore le cœur !  
Que de r&ecirc;ves entre ses tendres rondeurs au r&eacute;veil le matin…
J’ai pass&eacute; mon enfance, mon adolescence et ma vie de jeune femme &agrave; peine &eacute;panouie, comme un crocus annon&ccedil;ant l’arriv&eacute;e du printemps, &agrave; l’aimer, &agrave; la v&eacute;n&eacute;rer m&ecirc;me, et voil&agrave; qu’elle oublie cet amour inou&iuml; pour se clo&icirc;trer derri&egrave;re le mur des convenances, le mariage. 
Je suis en col&egrave;re. J’ai la rage. J’ai des boules au fond de la gorge. Je risque de pleurer comme une enfant devant toutes ces femmes affair&eacute;es &agrave; se frotter des corps souill&eacute;s par leurs hommes. Mais non ! Je ne pleurerai pas, et je ne la laisserai pas s’en aller. 
Nadia, ma cousine est de cinq ann&eacute;es mon a&icirc;n&eacute;e. Aux premiers jours de notre complicit&eacute;, elle me prenait dans ces bras alors que j’avais dix ans, me dorlotait, m’achetait des douceurs et m’en faisait sentir tous les soirs. Elle &eacute;tait devenue ma protectrice, la maman qui me d&eacute;laissait pour s’occuper de ses hommes, mon p&egrave;re, mes  garnements de fr&egrave;res, l’ange qui r&eacute;veilla mes sensations et le d&eacute;mon qui les aiguisa. 
Nos relations s’&eacute;taient chang&eacute;es, mu&eacute;es par le temps, elles avaient simplement grandi, m&ucirc;ri tout comme nous le faisions. De cette tendresse presque maternelle, nous nous exer&ccedil;&acirc;mes au culte du corps. Au hammam elle me gratifiait de caresses furtives &agrave; peine dissimul&eacute;es, elle m’attirait souvent vers la salle chaude pour me toucher la galbe d’un sein, ou me caresser la perc&eacute;e d’une cuisse, cach&eacute;es derri&egrave;re les t&eacute;n&eacute;breuses lumi&egrave;res du bain.    

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