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 | Amal
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Demain, elle aurait fêté ses douze ans si elle n’était pas morte six ans auparavant. Elle aurait pu prendre soin de toi, te prendre la main sur le chemin de l’école, brosser tes longs cheveux noirs, te taquiner, te faire pleurer, jouer à la grande sœur…
Le destin en décida autrement.
Aujourd’hui encore quand je me retourne dans mon lit à la recherche du sommeil, devenu depuis des années fuyant, je revis mes cauchemars d’antan, je me rappelle son sourire effacé, ses efforts monstres pour rire, bouger un doit, remuer la tête, me tendre ses bras.
Elle venait d’avoir cinq ans quand commença le drame qui allait voiler notre quotidien d’un chagrin taciturne. Aya, ta sœur, fût l’étoile qui illuminait le ciel de notre famille pendant les six années qu’elle devait vivre, notre fierté, notre bonheur, l’accomplissement de l’amour, du respect et de la fine tendresse qui pouvait réunir un homme et une femme. Elle est morte subitement.
Sa mort fût brutale quoiqu’on ait passé un an à l’attendre à chaque instant, à la vivre tous les jours.
« Votre fille est atteinte d’une tumeur au cerveau, dans un stade très avancé…l’espérance de vie est de six mois, mais avec les traitements on peut toujours espérer…trois mois supplémentaires »
La sentence tomba comme un éclair, et en une fraction de seconde j’ai vu mes rêves de mère se briser en mille morceaux.
Ma petite fille atteinte d’une tumeur au cerveau ? Cette enfant toute pleine d’énergie, toute frétillante et débordante de vitalité condamnée à subir les pires opérations, les plus interminables thérapies imprégnées d’attentes, d’espoirs, de désespoirs, d’une terrible souffrance ? Je n’ai pu le croire, ni l’accepter…
Le temps est relatif.
L’année passée entre la découverte de la tumeur et le départ de Aya, fût une vie, une éternité.
Ma petite fille de cinq ans, avec son corps frêle et sa naïveté désarmante, s’est vue infliger une opération au cerveau pour enlever sa tumeur, d’interminables séances de radiothérapie et d’affreuses cures de chimiothérapie pendant toute une année. Une année où l’espoir ne nous quittait que pour laisser place au désarrois, à l’affolement et à cette terrible vue d’un corps chétif vomissant toutes ses tripes…en gardant le sourire angélique d’une enfant, Aya.
Ma petite, au moment même où la vie s’éteignait dans le petit corps de Aya, elle s’édifiait en moi, en toi, à se demander même comment ce cœur brisé pouvait continuer à battre…pour deux.
Tu es née un mois après la mort de ta sœur. Ton arrivée n’a pu être fêtée car le chagrin enveloppait encore notre vie. Cependant, tu nous as rapporté cet énorme éclat de lumière que ne pouvait envoyer d’une étoile déchue…
Je voudrais tant te parler d’elle, de ses jeux d’enfant, de cet esprit enjôleur et malin qu’était le sien, mais son souvenirs est encore trop vivace, son âme rode autour de moi pour me rappeler à sa mémoire.
Je te raconterais l’histoire de Aya, ses éclats de rire et ses doux baisers sur ma joue droite, quand tu auras l’âge d’aimer une sœur que tu n’ais jamais connue, mais qui demeure Ô combien présente…
Peut être que je le ferais dans quelques années, quand toutes les deux, devant un sceau rempli d’eau chaude, on se livrerait aux confidences…mais aujourd’hui une boule à la gorge barre la route aux mots.
Je te raconterai mon drame et tu me réconforteras quand tu auras peut être l’âge de cette jeune fille, affolée à se frotter avec une frénésie pour le moins surprenante…
Hache
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| Rédigé par Hache le Lundi 20 Juin 2005 à 11:31 | Permalien | Commentaires (759) |
 | Hourya (2)
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Son enfant a grandi tant bien que mal. Nous vivons au jour le jour, mais au moins sommes nous sûrs de vivre.
Je n’ai eu aucune nouvelle depuis son départ il y a dix ans. D’anciens voisins affirment que leurs fils, établi depuis de longues années en Europe, l’aurait vu en Espagne travaillant dans un champs de vignes, d’autres amis qui l’auraient suivi prétendent l’avoir vu conduire un camion sur l’Autoroute du Soleil, mais aucun ne connaît ce qu’il serait devenu réellement, aucun n’eut assez d’informations pour apaiser mon inquiétude. J’ai une seule certitude, il est encore en vie.
J’ai pris l’habitude d’attendre l’été pour espérer le voir revenir comme ses pairs, je scrute les émissions transmettant le retour des immigrés par le port de Tanger pour essayer de discerner son visage bien aimé. Je sais qu’il ne m’a pas oubliée, qu’il n’aurait pu effacer de son esprit l’image d’un fils grandissant loin de lui.
S’il n’est pas revenu, s’il n’a jamais donné signe de vie c’est que le courage lui en manque. Il n’a probablement pas réussi à réaliser ses rêves, il attend peut être de puiser toutes ses ressources ou de perdre tout espoir pour revenir me retrouver.
Je n’ai pas d’illusions, l’homme que j’ai connu était tellement fier que s’il aurait perdu sa dignité, et de cela je suis convaincue, il ne reviendra probablement jamais, ou seulement quand il aura vieilli et avec cette sagesse de la vieillesse n’aura-t-il qu’un souhait, dormir dans une terre qui le connaît, qu’il aime…
Il est des hommes qui vont chercher loin ce que la vie daigne leur donner, il se battent contre elle, essayent de la vaincre en la détournant, en la fuyant. Ils se rendent compte très tard que leur destin fût de l’accepter, de l’apprivoiser pour qu’elle devienne généreuse, mais c’est toujours trop tard. Il ne sert à rien de vouloir aller au-delà du possible, car l’impossible y est caché, il n’est pas ailleurs.
Notre fils lui connaît cette vérité, car malgré son jeune age il comprend qu’en acceptant le destin avec humilité on arrive à le vaincre, on le désarme de ses caprices et on se lie simplement avec lui…d’amitié !
Je l’attendrais toute ma vie, mais juste pour lui dire que l’homme qui a pleuré dans mes bras aurait dû continuer à le faire dans mes bras, que toute larme versée et toute goûte de sueur déversée sur une terre étrangère ne sont qu’un pur gâchis.
La mère est ici, la femme, l’enfant et la terre. Pourquoi aller chercher loin ce que nous pouvons lui donner ici tous les jours ? Le bonheur est dans le regard d’un être aimé, il n’est ni argent ni réussite. La vie est capricieuse, maladroite, ingrate et cruelle, mais ce n’est que le masque qu’elle porte aux yeux de ceux qui ne l’aiment pas. Elle est amour et patience, acceptation et souffrance. Si on sacrifie la vie à la vie, elle nous livrera son âme et ses richesses. C’est tout ce que j’aurais à lui dire quand il reviendra, dans des mois ou des années. Je le prendrais dans mes bras, le consolerais et lui demanderai de vivre enfin.
Vivre comme tous ces gens ordinaires qui ornent de leur sueur les roses à l’aube. Certains l’appellent la rosée, mais ce n’est que la sueur qu’on offre à la terre et qu’elle nous rend dans sa plus belle image, une goûte d’eau parant de toute sa splendeur une fleur.
Vivre comme ses femmes ordinaires qui se déversent des flots d’eau sur le corps pour atténuer les douleurs et nourrir les espoirs.
Vivre comme cette femme qui brosse les cheveux de sa petite fille avec toute la tendresse du monde…
Hache
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| Rédigé par Hache le Vendredi 20 Mai 2005 à 11:32 | Permalien | Commentaires (3228) |
 | Hourya (1)
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Je lui ai dit « viens, on va cultiver la terre, elle est bonne notre terre, elle ne lésinera en rien pour nous offrir à manger » « la pluie se fait rare, mon père avant moi avait abandonnée cette terre, elle ne sera pas plus généreuse avec nous ».
Je lui ai dit « viens, on va prendre un crédit, on achèterait un kiosque et l’on vendrait des journaux » « mes compatriotes ne lisent plus, mon cousin avait perdu sa terre dans une affaire de kiosque à journaux »
Je lui ai dit « viens, on va frapper à toutes les portes, un jour ou l’autre on trouverait quelqu’un qui veuille bien jeter un coup d’œil sur nos diplômes » « on ne regarde plus les diplômes depuis longtemps, mon nom n’est pas assez connu pour être mis devant un employeur »
Je lui ai dit « viens, on est pas les seuls, on va lutter avec nos pairs pour acquérir nos droits, pour retrouver ce petit dû que nous a promis notre patrie bien-aimée » « on nous le versera à coup de matraques ce dû, je n’ai plus d’illusions »
Je lui ai dit « viens, on va vivre comme tous ces millions, dans la misère mais avec la dignité » « la mienne de dignité s’est évaporée depuis que je ne trouve plus de quoi te faire vivre »
Je lui ai dit « viens, on va creuser le roc, on suera le sang s’il le faut, mais on vivra et avec nous cet enfant qui grandi en moi » « pour cet enfant je veux une vie décente, le nourrir tous les jours, l’envoyer à l’école, lui épargner ma misère ».
Je lui ai dit « viens, ne part pas loin, tu ne retrouvera rien sur l’autre rive que ne puisse t’offrir celle-ci ». Il ne dît rien, mais partît.
Il me laissât de quoi vivre quelques mois, après avoir vendu la parcelle de terre héritée de ses ancêtres, me fît jurer de ne pas faiblir, de ne pas pleurer, de rester la femme forte qu’il avait aimée. Il me promît de revenir au plus tôt, dès qu’il aurait trouvé un travail, réglé sa situation, pour me ramener vers l’autre rive, vivre l’eldorado avec lui. Il me prît dans ses bras dans un ultime adieu, versa des larmes invisibles, que seul mon cœur décela, et partît…
Hache
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| Rédigé par Hache le Mardi 17 Mai 2005 à 11:44 | Permalien | Commentaires (11) |
 | Bouchra
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Il est revenu me dire qu’il m’aime encore, qu’aucune autre n’ait pu pénétrer son cœur. Il m’aime, beaucoup.
Après un an de séparation, il est encore revenu. Je me souviens d’il y a quelques mois, il m’avait supplié de lui pardonner une trahison, toute fictive avait-il juré. J’ai refusé de le croire car dans mon cœur grandissait cette aveuglante absence de sa tendresse. Je le sentais de jour en jour plus distant, encore plus insaisissable et j’avais cruellement peur de le perdre. J’avais aimé en lui la sécurité qu’il me procurait, la sensation de me savoir protégée des cruautés de l’existence, par le simple écho de sa voix au bout du fil. Ce fût le seul homme en qui je fis confiance, le seul qui m’entendit dire « je t’aime », l’unique étranger qui put goûter à un regard d’amour découlant du fin fond de mon être.
J’ai appris au fil du temps, depuis notre séparation, à me convaincre que son amour est mort, que ce que je ressentais pour lui a fini d’exister comme toutes les bonnes choses de la vie se meurent un jour au l’autre.
Aujourd’hui en l’écoutant me parler des jours passés, sous l’ombre délicieuse qu’offre les volets du café maure, je ne savais plus rien, je ne savais si la flamme brûlait encore dans un minuscule petit coin de mon cœur à mon insu. Je sais seulement que j’étais désemparée de l’entendre parler encore d’amour, j’étais confuse mais heureuse.
Il dit qu’il me veut comme femme, mère de ses enfants, compagne pour la vie. Ma conscience aurait voulu lui dire non, mon cœur criait oui et mes lèvres restèrent impuissantes.
Il attend ma réponse, mais je reste tout aussi indécise.
Dans cette chaleur étouffante du Hammam, cette obscurité tellement réconfortante, je me sens encore plus proche de moi-même que jamais. J’ai envie d’être franche, ouvrir mon cœur, m’avouer mes secrets, décider de ma vie…
Je me souviens des premiers jours de notre séparation. J’étais cruelle en lui disant le jour de son anniversaire que tout était fini, que je ne voulais plus de lui. Il pleura toutes les larmes de son corps, et ce fût pénible. Je n’aurais jamais voulu lui causer de la peine car je me l’affligeais à moi-même. Nous n’étions qu’un seul être et sa souffrance fût tout aussi la mienne. Il ne mangeait plus, ne dormait plus, voulait peut-être se tuer à petit feu ou me ramener à lui revenir. J’avais fermé mon cœur à tous ses appels, mais mon âme se torturait de sa souffrance, la mienne.
Je n’ai jamais pu l’oublier et le prétendre serait me mentir, me leurrer avec hypocrisie en toute inconscience.
Et si j’arrêtais de me duper ? Et si je prenais mon courage à deux mains pour faire face à mon destin ? Et si je l’appelais pour lui dire que mon cœur ne bat que pour lui en dépit de ce que lui ordonne ma raison ? Et si je disais oui ?
Nos amis n’ont jamais cessé de vouloir nous réunir. Nadia et les autres faisaient les messagers, je fermais les oreilles et le cœur, la nuit venant, dans ma solitude absolue, je laissais libre cours à mes larmes. Cinq années d’existence à rêver à deux, manger à deux, respirer à deux…
Ce fût difficile d’oublier, presque impossible.
Avec le recule qu’offre le temps, j’avais appris à ne plus penser qu’avec l’esprit, meurtri par l’espoir agonisant. Quand je l’entendis me dire qu’il m’aime encore, mes certitudes furent ébranlées, mon cœur secoué par cette chaleur que lui procurait sa seule présence à mon côté.
L’eau chaude coule tendrement sur mon visage en me purifiant les pores comme jadis mes larmes avaient purifié mon âme.
Prétendre que je ne l’aime plus serait me mentir. Décider de rejeter sa requête serait me condamner à toujours regretter, et je m’étais promise il y a très longtemps que jamais, rien, je ne regretterais…
Pourquoi la vie est-elle aussi compliquée ? Elle ne l’est peut être pas autant, et il se pourrait que je sois seule à fermer les yeux et mettre tous les obstacles au bonheur…
La femme qui se tient devant moi rêveuse, connaît la douceur que procure les simples plaisirs de la vie, je le ressens, et si je la laissais guider mes pas par ses pensées ? Et si je tendais mon oreille pour qu’elle puisse raconter sa vie et partager cette lucidité si limpide et si claire…
Hache
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| Rédigé par Hache le Lundi 16 Mai 2005 à 11:06 | Permalien | Commentaires (16) |
 | Mariam
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Je vais te raconter, mon petit Mourad, une histoire, celle d’un amour qui n’a pu vivre que dans mes rêves d’enfant. Une petite offrande d’un destin généreux, quoique les hommes s’obstinent à lui faire endosser leur lâcheté, leur misère...
Ce fût un vendredi 13, comme aujourd’hui. Il était minuit une et je venais d’enterrer un amour et d’ouvrir une fenêtre, encore une, sur le monde.
Il est venu me dire qu’il ne m’a jamais aimé, que jamais il ne m’aimera. Il a pleuré son défunt amour, brûlé pour elle devant un cœur agonisant, le mien. Et sans le vouloir je l’ai pleuré également, cette autre qui a tué en lui l’espoir, l’envie d’aimer, de voler, en se brûlant les ailes mais voler…
J’ai allumé une cigarette, je l’ai regardé se consumer à petit feu et j’ai tué son amour pour ne pas voir la vie en moi s’éteindre. Je l’ai tué pour garder mon cœur grand ouvert, pour régénérer mes ailes et protéger en moi la lumière de l’espoir.
Je lui avais offert généreusement de garder les clés de mon jardin, de revenir quand le soleil se lèvera de nouveau sur son horizon, mais il a préféré les déserts. J’aurais voulu lui prendre la main, le guider dans la tumultueuse existence qui ne cesse de l’abattre, lui ramener le sourire et l’envie de rire, mais il a préféré les ténèbres.
Ma cigarette devenait petit à petit fumée et cendres et son amour dans mon cœur souvenir et poussières.
Si un jour il pouvait lire ces lignes, qu’il saches que je l’ai haïs, lui en ai voulu, l’ai tendrement et passionnément aimé, et qu’en ce vendredi 13 l’ai simplement tué et enterré…
En ce vendredi 13, béni, j’ai donné à mon cœur une bouffé d’air frais pour aller virevolter autour des feux, de tous les feux de la vie. Goûter aux plaisirs de l’existence, abolir les regrets et refaire le monde.
Dans mon cœur désormais ni haine ni amour, mais une passion pour les rayons du soleil, les tendres et douces brises du matin, les chants des mouettes, les enfants salivant devant une énorme glace au chocolat, les braises d’un feu qui jamais ne s’éteindra…
Tu veux connaître la fin de l’histoire, petit Mourad ?
Elle n’a pas de fin, elle n’est que commencement…
Je sais que quelque part dans ce Hammam une force mystérieuse nous fait rêver et raconter nos rêves, souffrir et épuiser nos sèves. Une force qui n’a de source que l’amour d’un homme, d’une femme, d’un enfant, d’un rêve.
Regarde autour de toi, tu verras des âmes libres, des larmes coulant en flots tel le Tibre et partout des yeux tantôt feu tantôt givre.
Regarde un peu cette jeune femme qui se perd dans ses pensées, pour un père disparu, une mère malade ou un amant insaisissable…
Tend l’oreille, elle te racontera mille contes, et peut être une belle histoire…
Hache
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| Rédigé par Hache le Vendredi 13 Mai 2005 à 10:26 | Permalien | Commentaires (851) |
 | Mourad(2)
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Que de femmes dans ce hammam !
Je me demande bien s’il y avait des hommes aussi…beuurk !
Elles sont belles, toutes sans exception. Une peau tendre, des seins généreux. Même celles dont la chair pendouille lassée de vieillesse, font rêver d’un passé prestigieux, d’une jeunesse engloutie derrière le sacrifice, le dévouement, la quête d’une maturité déjà regrettée…
En voilà une totalement perdue dans ses idées, on dirait qu’elle peigne à se retrouver dans ce monde d’enchantement. Elle tend l’oreille plus qu’elle ne savoure avec les yeux, mais elle a l’air tout aussi fascinée. On dirait une enfant qui met les pieds pour la première fois au hammam, tout comme moi…
Et si j’allais m’asseoir près d’elle pour observer ses gestes indécis et ses formes délicieusement rondes.
Dommage qu’elle ait fini de se laver. Elle essaye d’attraper sa serviette qu’elle rate à deux reprises. Fait-il si noir ou bien est-ce mes yeux de lynx qui décèlent aussi facilement la beauté de ces ténèbres ?
Elle est simplement aveugle…
Je vais l’aider à prendre sa serviette et à ramasser ses affaires.
- Je vous accompagne jusqu’à la chambre froide ?
- Merci mon petit, tu sais que tu es un ange ?
- Oui madame on me l’a souvent dis, un petit diableton. Vous avez l’air d’une petite fille égarée, et pour rien au monde je ne laisserai une fillette se perdre dans le noir sans moi…
- Oui, tu es malin tel un petit diable, et je suis une fillette égarée… Tu veux que je te raconte une histoire ?
- Oui…
Hache
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| Rédigé par Hache le Vendredi 29 Avril 2005 à 10:23 | Permalien | Commentaires (4) |
 | Mourad (1)
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Ah quelle aubaine de voir ses parents partir à la Mecque, sa grand-mère envahir les lieux, gérer la maison, laisser allumée la télé jusqu’aux heures impossibles et me ramener enfin au hammam…
Mon père sera fou de rage en l’apprenant, il s’acharnera d’abord sur elle, et me fera passer par la chambre de correction car j’ai désobéi à un de ses ordres les plus intransigeants, pas de petit Mourad au hammam des femmes !
Mon vieux est un homme de grande piété, il n’est pas question de faire voir à un gosse les intimités des femmes disait-il à ma mère.
En tout cas il est trop tard pour reculer, je suis là enfin et je me régalerai…
J’aurais pleins de choses à raconter aux petits morveux qui m’attendent au coin de la rue. Je leur parlerai de la taille des seins de Karima la femme de Bouchta le boucher, les cuisses énormes que transporte la femme de l’épicier, le sexe imberbe de la petite Siham qui joue à la première de la classe. Il se pourrait même que je m’aventure dans la chambre à vapeur pour tomber dans les rondeurs d’une femme en trébuchant dans le noir.
Je me demande si khadija la bonne a d’aussi jolies jambes que cette femme qui nous tourne le dos en se frottant l’entrecuisse. Ma grand-mère a refusé qu’elle nous accompagne, c’est décidément le seul faut pas à son compte. Je le lui en pardonne déjà en admirant toute cette beauté. Khadija se lavera à la maison et je trouverai bien le moyen de l’espionner. Elle est belle notre khadija domestique, elle se badine comme un paon en défilant devant les marchants au souk, se noirci les yeux à la dérobée avec les crayons de ma mère, ne porte pas de seroual sous sa djellaba pour laisser Hmida l’apprenti mécanicien admirer ses longues jambes en s’abaissant pour ramasser la pièce de monnaie qui lui file d’entre les doigts, toujours au même endroit, devant Hmida l’apprenti mécanicien.
Mais qu’ai-je à penser à Khadija ? Elle est à la maison et elle y restera, mais ces femmes, je n’ai que deux petites heures pour découvrir la flore de leurs jardins…
Hache
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| Rédigé par Hache le Mercredi 27 Avril 2005 à 10:41 | Permalien | Commentaires (1477) |
 | Houda (3)
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Ma mère ne faisait pas grand cas de ma présence, ou le feignait-elle. Je passais la journée avec la femme de ménage. Le soir mes sœurs sortaient, ma mère les attendait en regardant la télé, et moi, l’esprit vide, j’espérais avec impatience le lendemain.
Ce fût dur par moment, je l’avoue. Mais cette envie de plaire à mon autre famille, à susciter son intérêt m’a poussé à me battre pour toujours me surpasser. Je devins d’abord une petite fille modèle, sage, intelligente, première de la classe, et grandis pour devenir une adolescente encore plus intelligente, toujours première de la classe, mais infiniment moins timide, moins sage.
Je devins tout de même un peu schizophrène. Moi-même, pendant toute une semaine dans ce foyer plein d’amour, de compréhension et de tendresse, et une autre super fille, dotée de toutes les qualités du monde pendant un samedi soir…
Mon bébé, aura peut être à revivre la même histoire, cela ne m’inquiète guère. Je sais qu’un jour il comprendra qu’il a été chanceux de recevoir pleinement un amour et d’en avoir un autre toujours prêt à s’offrir.
Je l’ai compris moi-même quand à mes dix huit ans, je suis partie loin d’une famille et de l’autre. J’ai pu faire la part des choses et j’ai tellement souffert pour cette mère qui a été si généreuse et a dû souffrir péniblement en se retenant de prendre son enfant dans ses bras.
Deux mères, l’une heureuse de m’avoir à ses côté, terrorisée de me voir un jour partir, et une autre malheureuse de voir son enfant grandir loin d’elle et tourmentée par la simple pensée de défaillir.
Deux père, l’un câlin, tendre, me portant sur ses épaules, m’amenant partout avec lui, chez ses amis, dans les stades de foot, à la plage, un papa toujours foisonnant de surprises, un amour de papa. L’autre, timide, réservé, mais dont l’amour a baigné mes rêves d’enfant, subtile et tellement chatoyant.
Je sais qu’on ne peut changer son destin, mais si c’était à refaire, je sais que l’une et l’autre des famille l’aurait vécu de la même manière et que je l’aurais accepté et voulu tout comme aujourd’hui je l’accepte.
Je lui apprendrais aussi, à mon bébé, à aimer sans réserve et à l’exprimer sans retenue. J’aurais voulu les réunir un jour pour leurs dire à tous les quatre combien je les aime. Je ne l’avais jamais fait car je pensais que jamais mon amour n’égalera le leur. Aujourd’hui je sais qu’il n’en est rien, je les aime et leur dirais. Peut-être bien demain, quand toute la famille, finalement c’est une seule grande famille, se réunira à la maison pour fêter le dernier venu, mon petit bébé…
Je me perds dans mes idées, en oubliant le monde. Ce garnement qui n’a cessé de m’éclabousser d’eau depuis un bon moment n’est finalement pas si agaçant que ça, il est même un peu drôle avec son allure de petit homme sidéré de voir autant de seins se balader sans vergogne. Un jour mon petit se faufilera entre toutes ces femmes vautrées sur le ventre à se frotter le dos les unes les autres. Il me regardera peut être avec ce même regard plein de malice avec un clin d’œil et le sourire d’un charmeur né…
Hache
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| Rédigé par Hache le Mardi 19 Avril 2005 à 10:48 | Permalien | Commentaires (782) |
 | Houda (2)
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Je me souviens de cette première enfance baignée d’amour, de tendresse et d’attention.
Une enfant comblée, je le fusse durant de longues années. Le seul pincement de cœur, je le ressentais les samedis soir que je passais chez ma famille biologique. Je m’attendais à autant d’amour et d’attention que chez mes parents adoptifs, mais il n’en fût rien. Je leur en avais voulu à mort à l’époque. Aujourd’hui que je comprends mieux leurs sentiments, je pardonne, à eux leur distance et à moi mes jugements précoces.
J’ai beaucoup de tendresse pour cette mère qui partage avec moi son enfant. Elle ne l’abandonne guère. Je déteste ce mot ‘abandonner’. Personne ne peut abandonner son enfant, une partie de son âme sans qu’il s’eut déjà abandonné lui-même.
Je m’étais réconcilié avec mon passé et ma vie tumultueuse d’adolescente en mal d’être car avide d’un amour qui peine à s’exprimer d’un côté, et trop aimée de l’autre.
Je me rends compte aujourd’hui que cette quête d’un amour refusé et cet attachement à un autre généreusement offert, m’ont permis d’acquérir un équilibre et une sensibilité aux moindres signes d’affection. C’est ce que je voudrais offrir à ce bébé, avec en plus une vie d’homme libre.
Aujourd’hui encore quand je vois mon père biologique j’ai cette peur de lui dire à quel point je l’aime. J’ai peur de lui faire de la peine. Dans ces yeux il y a toujours un immense bonheur quand il me voit, il me prend dans ses bras, me serre très fort et me dis que je lui manque. Je lui ai toujours manqué. Il m’a toujours aimé avec ferveur, et même s’il se retenait pour le montrer, je le ressentais dans son étreinte, dans son regard soudain illuminé par le seul fait que je sois là. Je suis sa petite fille qu’on lui a enlevée pour préserver le mariage de son frère dont la femme est stérile. J’ai toujours étais ce qui lui manquait de plus dans la vie.
Cette petite fille qu’il ne voyait qu’une fois par semaine, timide, mal à l’aise dans cette maison grouillante d’activité, un peu perdue entre ses frères et sœurs, si bouillonnants d’énergie, joyeux et tous beaux et intelligents. Je me sentais toujours de trop, toujours l’intruse…
Hache
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| Rédigé par Hache le Lundi 18 Avril 2005 à 10:41 | Permalien | Commentaires (12) |
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