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... Le lendemain matin je me réveille avec un terrible mal de crâne , quelque chose ressemblant à une gueule de bois, bizarre je ne me rappelle pas avoir bu la veille. Je cours vérifier mon frigo. Plus aucune cannette de Spéciales. D'Habitude je les vide avant de dormir de peur de les vider tout court. C'est que je n'arrive pas à fermer l'oeil à moins d'être sur qu'il n'existe plus d'Alcool à ma proximité. S'il subsite ne serait-ce qu'un fond de bouteille de pinard, une petite voix me vrille les méninges, m'incitant à gros coups de semonce de me réveille pour aller finir ce que j'ai commencé. Alors je lutte contre la tentation en me débarassant de tout sédiment éthylique avant de trouver la paix du dormeur.
Le hic c'est qu'hier, je n'ai pas souvenir d'avoir vidé quoi que ce soit dans l'évier. J'ai du les boire ces cannettes, ma migraine ne peux venir que de là. J'ai tout les symptômes d'un lendemain de bitûre, la langue pâteuse, les échos dans la tête, l'oubli de soi devant le miroir, des gestes d'astronautes foulant la surface lunaire, des aie, ouille, merde à tout bout de champ. Putain, je fais peine à voir. C'est du à cette conne d'hier me dis-je , oui , probabalement, la coincer aux bras d'un autre m'a foutu un coup terrible. J'en ai ri sur le coup mais les retombées du contre-coup sont d'une autre nature, pas spécialement destiné à faire marrer.
J'enfile un costume, le même depuis des mois. Bon, ça aide que je ne le mette qu'une fois par semaine en moyenne. Aujourd'hui, je sors une brosse et je me mets à l'astiquer comme un blaireau. J'ai comme qui dirait envie de faire bonne impression. Les ressources se font rares, et oui, six mois de chômage vous plombent un budget. Dans moins de deux semaines, je commence à taper ma mère pour du blé. A trente ans, c'est pas franchement glorieux. Du coup, faut que je me remue deux coupoles rendues flasques par une position horizontale trop longtemps soutenue ; j'ai nommé : mes fesses.
Je ne sais même pas pour le compte de quelle entreprise je passe mon entretien de ce matin. On m'a appellé il y a trois jours. J'ai d'abord cru à une blague. La nana au téléphone écroche grossièrement mon nom, ensuite, elle me annonce, l'air solennel, (genre " Prosternez vous devant l'opportunité qui est la vôtre en cet an de grâce 2009 car le saint graâl du travail sonne à votre porte") que j'ai décroché un entretien . Ce qu'il faut pas dire. Enfin Bref, elle finit, au bout d'un méchant emmêlement de pinceaux portant gaspillage temporel de de cinq minutes, par me donner le lieu et l'heure. Elle n'en dira pas plus.
j'ai déja une heure de retard, les jambes en cotton, des ampoules purulentes aux pieds conséquence d'une innacoutumance chronique aux mocassins et j'attends un Taxi. Je hèle comme un cinglé et je les vois ces pauvres débiles me signaler de l'index, qu'ils préferaient ce faire buter d'un coup de fusil à pompes plutot que de m'embarquer. Vingt minutes de cet exercice m'incite à marcher. Je n'habite pas trop loin d'LP, ça va, j'en ai pour quinze minutes à pieds. Je me lance sans considérer la détérioration du souffle dont je suis victime pour cause de " deux paquets de clopes par jours" . Punaise, c'est dur de mettre une patte devant l'autre. L'être humain est un organisme assis, voire couché tout au plus, qu'avons nous à faire de la transhumance pédestre ? A cela je préfere le galop équestre" . voila ce que mon cerveau en manque d'oxygène compose comme quatrain, un petit vers péripatéticien.
Quand j'arrive devant l'immeuble, une bâtisse délètere infestée dans sa façade par une sorte de saule pleureur, avec un truc assez original : On a installé en haut de l'immeuble un quatre par trois disant " Colorado, Numéro un de la peinture au Maroc" . L'Ennui avec ça, c'est l'immeuble lui même, une caricature d'épave, un mausolée d'épluchures. Y a plus une molécule de peinture sur cet édifice et pourtant il sert à en vanter les mérites.
Mauvais départ si l'en est. Pire encore, mon état. J'ai enlevé ma veste parce que bon, c'était plus possible. Il fait quand même chaud dans ce pays, tu le réalises en ayant marché trois kilomètres avec une armure de pingouin sur le dos. Oh Bon sang, ce qu'il fait chaud. J'ai eu droit à un sauna avec chromothérapie incluse pendant plus de vingt minutes de marche, une petite douche là tout de suite, et je deviens un modèle d'excellence. Je me demande si je peux me doucher dans leurs locaux. Je me pointe, j'exige d'utiliser les appartements du DG, je prend mes aises, il débarque me trouve sirotant de la veuve clicquot de la mousse m'arrivant jusqu'au menton. Débilement vôtre quoi !
Accueil classique : Attendez s'il te plait non pas Veuillez patienter je vous prie mais, attendez s'il te plait, la nuance est de taille. Ne jamais sous-éstimer l'essence d'un tandem vouvoiement/tutoiement dans la même phrase, le faire est apte à vous perdre. On vous fait croire qu'on vous respecte et hop, à la seconde ou vous vous gonflez de votre propre importance, on actionne la guillotine, le couperte tombe, votre tête roule sur l'échafaudage, le peuple crie au sang. Bref, j'attends, j'attends, et j'attends encore.
A côté, il y a environ deux candidats, je dis environ parce que le troisième est un barbu avec un dinar sur le front : buvez, eliminez. Je lutte par conséquent contre les deux autres. Laurel et Hardy y a pas à dire. Seule la puissance de la caricature peut décrir cette doublette infernale. Il ne se parlent pas, peut être ne se connaissent-ils même pas, mais pour moi c'est un duo de chic et de choc. Honnêtement, plus choc en fait...vraiment. Alors le gros, oh, un gros on sait ce que c'est. Un festival d'halètement, l'espace séparant le bout du nez à la lèvre supérieur donne lieu à une scène de déluge " à la Katrina" ( prononcé à l'américaine", des seins d'hommes qu'il peine à dissimuler en se croisant les bras autour du torse, des cuisses se chevauchant, luttant pour de l'espace vital, il me vient à l'esprit qu'il doit utilier une L...pour aperçevoir son Z... Enfin, ne nous égarons pas. Ce n'est après tout qu'un gros bonhomme bien gentil, il ne menaçera pas mon accession au job. Laurel à présent...euh...Laurel, que dire ? Dire qu'il ressemble à un geek relèverait de l'euphémisme, dire que c'est le croisement brun de Matt zimmerman, bill gates et stephen hawkins lui ferait trop d'honneur sur le planc cérébral ( mais serait en dessous de la réalité sur un plan purement physique). Je l'entends presque dresser son index dans une posture ETesque pour annôner " The universe is expanding" . Petit, rachitique, insignifiant, des lunettes double foyer... Mais que vois-je ? Un petit fragment de morve impromptue jaillissant de sa narine droite ? OUI c'est y bien cela. Disqualifié pour cause d'existence. Lui, il existe et c'est bien pour cette raison qu'il n'existe pas.
Mes analyses trouvent une confirmation expresse quand, bien qu'étant arrivé à l'heure, en d'autres termes une heure avant moi, Laurel et Hardy se coltinent un spectacle d'une nature plutôt discriminante : Je me fais convoquer en premier. Comme quoi, ça sert d'être à peu près normal.
Le bureau du Patron, une ode à la famille, on y sentirait presque les relents de couscous d'un vendredi après-midi particulièrment indolent. Des portraits d'enfants souriant niaisement le V du ridicule fermement plaqué au dessus de leur tête " On a un papa riche, on a un papa riche !" , Beaucoup trop de portraits de gosses et,bien entendu, une trace infime de la génitrice, un format A4 balancé négligemment au dessus un parapheur. Le phallocrate dans toute sa puissance, dans tout son rayonnement, dans toutes ses lumières. La macho éclairé commence.
" Monsieur Daliq, Monsieur daliq Réda Moncef, c'est bien ça lâche-t-il sans me regarder ? hum ! Parlez moi de vous. Vous avez fait Al akhawayne University ( Pour les besoins de l'adaptation, je dis University alors que le bougre à en fait prononcé UniversiTé, insistant sur le Té, y donnant un air d'Anglophonie suspect , Téee, un peu comme Ashantéee"
- Et bien Daliq Réda dis-je, trente ans, lauréat d'un Bachelor en finances, Sept ans d'expériences, Trois entreprises différentes dont une multinationale, un titre de cadre de l'année, plusieurs séminaires en Angleterre, une force de proposition, beaucoup de créativité et l'envie de me remettre en selle après six mois d'interruption professionnelle.
- Ah d'accord susrsaute -t-il Six mois, Vous ne l'avez pas mentionné sur votre CV à ce que je vois.
Je ne dis rien, ces moments me glissent sur la peau, j'en fait un déni conscient. C'est mon anicroche fondamentale, rester calme, ne pas sombrer dans une floraison infertile d'explications, ne pas se victimiser, au pire, s'il développe une insistance, sortir un discours au violon à propos des méfaits ravageurs de la crise.
- Connaissez vous Mazagan ? Poursuit-il se réajustant les lunettes.
Oui c'est un binoclard d'une quarataine d'années, peut être moins, mais avec ces technocrates elevés à la potion des grandes écoles françaises, on ne sait jamais, ces mecs vous sortent leur premier mot difficile à l'âge de trois ans et à dix ans, ils disqualifient leur pères devant ses amis en fabriquant des phrases de cet acabit " Le décorum fomenté par ce groupuscule liberticide pêche par une surabondance de paradigmes à substrat composites". Grave l'ennui !
- Non Monsieur réponds-je pour être tout à fait honnête, je ne sais rien de Mazagan.
_ Bien j'admire votre sincérite. En fait, à Mazagan, nous oeuvrons à reconstruire ce pays en conformité avec le plan Azur . Avec nos partenaires Quatari, nous projettons de construire 50.000 résidences hôtelières sur trois villes côtières dont Essaouira. C'est un effort considérable, nous avons don besoin d'élements valables afin de le mener à bon port.
A bien j'aurais dit, le mener à bien, mais bon. Je continue.
- Et bien Monsieur...euh...
- Brahimi intervient-il me tendant une business Card que je ne consulte pas.
- Et bien Monsieur Brahimi dis-je, comme vous avez certainement pu le voir dans mon CV, j'ai une certaine compétence, de l'expérience doublée d'une vraie polyvalence. D'ailleurs, à ce titre, je me permets de vous dire que mon passé de financier ne m'empêche en rien de tenter l'aventure marketing ou commerciale. J'y suis plus que disposé.
Il semble gêné, il hésite, sans vouloir dire quelque chose, se rétracte, fouille dans ses papiers et s'attarde sur un document. louchant, je fais une découverte, c'est mon CV. Eh oui. Se pourrait-il qu'il le consulte pour la première fois ? Impossible me dis-je ! Si tel est le cas, que fais-je ici ? Quel est l'objet de ma présence ? Je n'y crois pas. Le type dessère sa cravate, son visage s'est empourpré, de la vapeur lui jaillit des cheveux, littéralement, j'assiste à un spectacle digne d'une farce des Bogdanov.
- Monsieur Daliq parvient-il à dire avec peine, j'ai bien peur qu'il y ait eu une méprise. Euhh...En fait, Nous voulions des...comment dire... Des Réceptionistes.
Deux heures plus tard, Je suis au tex mex. Ali m'a rejoint. Sa situation est encore plus terrible que la mienne. chômeur de somme je l'appelle. Une femme inculte doublée d'une petite fille braillarde et d'une mâratre haineuse. Nous noyons nos rêves effrités dans la bibine. Que c'est bon mon Dieu, ça te rafracît la tête et puis le gosier ce truc. Je m'y perdrais à vie si je le pouvais financièrement. mais ça viendra me dis-je , j'ai bon espoir. Dès que je rebosses, je deviens alcoolique, ce dessein fait partie de mes résolutions les plus importantes. Ali gêmit, bien sur il gêmit, ne gêmit-il jamais tout à fait totalement la dernière fois qu'on se quitte, qu'il reprend de plus belle la prochaine fois que nous nous voyons, et cette fois prochaine c'est aujourd'hui.
Accoudés au tables poisseuses de cette supercherie de resto Mexicain, nous grignotons nos nachos sous les yeux méfiants d'un empaffé de gérant visiblement rongé de culpabilité par sa commercialisation de l'alcool. Enfin tout n'est pas perdu. Demain est un autre jour.
- Dis moi Réda commence Ali, j'ai un p'tit service à te demander ?
- Combien tu veux ? L'interromps-je machinalement, Demandes ce que tu veux, mes doutes existentialistes sont à leur paroxysme, profites en, j'évolue ce soir dans une sphère de la consicence ou la radinerie n'a pas sa place. Profites en ça pourrait ne pas durer.
- C'est la petite chiale-t-il, Il lui faut des couches et ma femme, elle vient de terminer sa cartouches de lights, elle me fait un caca nerveux.
- Tu veux combien Ali ?
- Oh pas grand chose rétorque-t-il timidement, Deux cent balles ! T'as ça ?
- Deux cents balles, non mais tu te payes ma tête ( je prend un air exagérement outré), Comment tu veux que j'ais ça, tu me prends pour qui dis donc, un bâtard Al Saud ?
Je vois la putréfaction d'une déception subite soutendue par un rail de mal-être lui décomposer le visage. J'attends un peu, j'ai honte de le dire, mais le voir ainsi me rassure un peu sur ma propore condition. Je patiente. Encore trente secondes pour finalement...
- Ouais je les ai t'inquiète poto, je les ai, et je te les donne.
Un sourire niais refait surface, l'expression oblique d'un piégé de caméra caché, un tournis d'émotions contrdictoires, ça aussi me rassure. Allez rien que pour ça, il aura droit à trois cents balles. Faut que je passe au guichet par contre... Et merde. |