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Mémoires d'une jeune femme dérangée

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Vendredi 13 Janvier 2006
Histoire de famille 
Mon père est né hier , en fait pour être plus précis je devrai dire il a ressuscité hier, mais sa mort date de si longtemps que je l’ai complètement oubliée.

Mon père est mort il y a 12 ans et quelque mois, avant de crever il m’a fait goûté à toute sorte de douceurs : avec le ceinturon, avec ses tendres poings, avec ses sandales, tout ça accompagné bien sûr de phrases d’amour susurrées à mon oreille, des fois quand il était trop cuit il remplissait sa mission paternelle grâce à des jets de koktailes molotovs : assiettes, cendriers, re-sandales, verres de vin…etc

Quand j’ai fêté mes quinze ans je me suis barré, j’ai pris un gros pull, mon épargne cachée qui s’élevait à 37 DH et je me suis barré. Et là dés que j’ai quitté el welfa il a cessé d’exister pour moi. C’est incroyable ce que le cerveau humain est fragile, il a suffit de peu pour que le mien efface tout, vidé, formaté.

Ne me regardez pas comme ça, je vous le jure, je ne l’ai pas oublié, je ne l’ai pas ignoré, il a cessé d’exister dans ma vie. C’est tout.

Le soir du jour où mon père est mort ( oui, oui pour moi ) était le plus heureux de ma vie, j’avais dîné un très bon tajine de beid et maticha avec mon oncle (ben! maternel bien sûr quelle question !) et je regardais émerveillé le film de vendredi soir à la RTM ( Non pas celui de Chadia, c’était un film de Ismail Yassine à l’armée ou à l’aviation, chai plus)

Depuis, ma vie était calme, je travaillais avec mon oncle dans son hri, et dormais des fois à la maison, d’autres dans le magasin.
Quoi l’école ? Ah mais l’école je l’avais quitté il y a longtemps déjà, le jour où une instit m’avait demandé de ramener mon père.

Donc, je disais que ma vie était calme, jusqu’à ce qu’on est venu m’annoncer avec beaucoup d’égards, que je dois être fort, que c’est dur mais c’est 9ada’ wa 9adar, et que de toute façon el 7amdoullah il n'a pas beaucoup souffert, moi naturellement je comprenais pas de quoi ils parlaient ! Mon, père ? Mon père ? Il est mort !

Et puis on me regarde, on me tend un mouchoir, mais je ne comprenais toujours pas. Et puis doucement, les images remontaient, et j’ai commencé à comprendre beaucoup de choses, d’abord pourquoi je n’ai jamais été tenté par el 9ar9oubi (avant même d’avoir vu ta79i9 sur 2m remarquez)
Pourquoi j’ai toujours refusé de fumer, de boire autre chose que el monada. J’ai compris pourquoi je détestais el Haj Abdou et pourquoi je méprisais son fils. J’ai compris tant de chose je vous dis.

L’ennui c’est que mieux je comprenais, plus mon visage s’éclairait, eux en face de moi se sentaient ridicules avec leur boite de kleenex et leur tête de circonstance. Alors ils ont commencé à m’insulter à me traiter de tous les noms : Espèce de weld de l7ram, de connard, de… ce qui avait l’avantage de stimuler encore plus ma mémoire, c’était réellement jouissif.

A un moment j’ai croisé le regard inquiet de mon oncle, et là je me suis dit : Basta, je n’ai pas le droit de le décevoir, alors j’ai essayé de leur expliquer que pour moi mon père vient de naître, que je ne le haïssais plus, que j’ai de la compassion pour lui et qu’enfin j’arrive à le reconnaître comme père.

Voilà ! C’est tout. C’est pour ça que je suis ici devant vous.

Ben parlez, dites moi franchement, c’est qui le fou : moi ou eux qui s’attendaient que j’éclate en pleurs ? Franchement docteur ?

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