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Tous les ans dés que nous terminions nos cours, que ma mère prenait ses vacances (début juillet) nous quittions Rabat pour Tanger.
J’aime cette ville, que je considère comme un peu ville de mon enfance, vu que toutes mes vacances scolaires je les passaient ici, à cramer sur le sable de la Playa.
Chaque année en arrivant je me mets en mode tangérois : c'est-à-dire j’oublie mes expressions rbatie : Mjertel, Wayli, mstouni ….
Pour des expréssiosn tanjawi : awa3di yanaaaaaaaaa (dite en 3 minutes 41 secondes)
Ellebssa diala mtcha7tcha7a maraaaaaaa ( en appuyant bien sur les tcha et en tirant le a de maraaaaaaaa)
Ce changement de peau n’est pas une trahison à ma part Rbatia, pas du tout , c’est juste une mesure pour survivre.
Avant de trouver ce moyen j’étais la risée de mes petits copains à l’école :
Mais je suis un garçon, pourquoi tu me dis « ntina » ?
Mais ça veut dire quoi ba3bouch ?
Puis ah jeblia
Et puis à Tanger :
Pourquoi tu dis Nari ?
Ah l3roubiaaaaaa !
Bien des années plus tard je retrouve Tanger avec le même bonheur de mon enfance, même si Tanger a bien changé, elle a troqué ses bâtiment coloniaux pour des tours tout en vitres, ses soirées douces pour des fêtes sur la plage et le pudique sourire de ses filles pour un exhibitionnisme et un snobisme sans égales ….
Mais bon, la ville reste indéniablement belle, avec son ciel si bleu et sa lumière unique, avec le vent rebelle et ses montagnes fières, Tanger s’obstine pour garder une toute petite partie de son mystère.
Cet été donc je la retrouve avec la même joie, en arrivant à la ville un policier arrête la circulation pour que nous puissions passer, devant le regard étonné de ma mère, ils nous lance : allez y Rbatiyine dianna, moi aussi je suis de Rabat !
En descendant de la voiture un jeune homme s’adresse à mon frère :
khouya douare m3aya, rani ouled bladek wellah !
Ouai mais j’a pas douté un instant que t’étais danois rassure toi
Walla khouya rani weld rbat, weld ye39oub el mensour, dwar m3aya oueld bladi!
Quelques kilomètres plus tard j’entends derrière mon dos:
A khay had el 3roubia 3amerou 3lina dounya, T9oulek mab9awechi tanjawa fe bbbblad
Des fois tu peux te sentir plus dépaysé au Maroc qu’à l’étranger!
Ça m’épate toujours cet espèce communautarisme que nous avons au Maroc, ce lien que nous entretenons avec nos villes. Un ami égyptien, rencontré en France, nous a dit une fois : à chaque fois que je rencontre un marocain, il me prend à part pour me parler de sa ville !
Et c’est vrai ! même si nous sommes obligés de nous mélanger, même si nous avons une nouvelle génération de « déracinés » (comme moi qui suis rifaino-tangéroise, née à Rabat) nous continuons à chérir la ville « des origines », ce qui n’est pas moche en soi, ce qui l’est en revanche c’est cette manie de se sentir supérieur aux autres : les tangérois aux 3roubia, les Casablancais au reste du Maroc, les rabati aux slaoui, les fassi aux meknassi, les oujdi aux berkani……et vice versa !
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