Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Chroniques

SM le Roi Mohamed VI : Marocain et fier de l’être

Dr Mohammed MRAIZIKA



Il y a de quoi être heureux et fier de voir le Maroc, cette terre africaine, généreuse et fraternelle, accueillir avec enthousiasme un événement de la dimension et de l’importance de la COP22. Mais, lorsqu’un pouce, un grain de sable de la terre marocaine est en cause, contesté ou envié, point d’hypocrisie et de manières. SM. Le Roi en a fait la démonstration et le président de la République de Zimbabwe, Robert Mugabe, l’a appris à ses dépens.

La COP22 est un moment charnière, décisif même, dans un processus long, complexe dans lequel se jouent le destin de la planète et l’avenir des générations futures. Le Maroc a pris avec sérieux la mesure des menaces, actuelles et à venir, qui pèsent sur cette planète, fragilisée par la cupidité des Nations industrialisées et mise à mal par une activité humaine inconsidérée et non maitrisée. Il a inscrit sa stratégie de développement économique dans une logique de respect de l’environnement et de préservation des ressources naturelles. L’engagement qu’il a eu le courage de prendre, qui consiste à « assurer, à l’horizon 2030, 52% de sa capacité électrique nationale à partir de sources d’énergie propre » n’est pas simple. Mais, c’est à son honneur.

Conscient que ce combat pour la préservation de la planète doit-être collectif, effectif et efficient, le Maroc a tout mis en œuvre pour faciliter le travail et assurer la présence à Marrakech de ses convives, chefs d’Etats, scientifiques, inventeurs, entrepreneurs, représentants de la société civile.

Le Souverain marocain, de retour au pays après une tournée africaine triomphale, fraternelle et prometteuse, a plaidé (discours du 15 novembre) à cette occasion (COP22) devant les hôtes du Royaume, pour une coordination effective et une collaboration sincère, les incitant à prendre leurs responsabilités devant Dieu et l’Histoire, et devant leurs peuples. Il les a appelés à l’action car, précise–Il, « Le coût de l’attentisme et le manquement à l’impératif d’affronter le changement climatique et ses effets, auront des conséquences graves, mettant en péril la sécurité et la stabilité et induisant l’extension des foyers de tension et des crises à travers le monde ». Le Souverain a fait la démonstration que c’est par le renforcement de « la solidarité intergénérationnelle » et entre le Nord et le Sud, par l’unification de l’éducation aux questions de l’environnement, par la mobilisation des ressources financières disponibles notamment, au profit des pays les plus impactés par la dégradation du milieu naturel, qu’il serait possible de « préserver la dignité humaine » et « sauver l’humanité ».

Cette volonté affirmée et cet engagement sincère pour l’avènement d’un monde meilleur, et solidaire, n’a pas dévié le Souverain d’un impératif national majeur : préservation et défense des intérêts supérieurs du Maroc en toute circonstance et en tout lieu. Et lorsque le Souverain « détourne son regard » du président Robert Mugabe, Sa Majesté a voulu signifier, au-delà de ce personnage contesté, aux adversaires du Maroc, sa ferme volonté de ne rien céder et ne rien oublier.

Qu’on ne se trompe pas. Mugabe est un personnage contesté dans son pays et déclaré persona non grata par la communauté internationale. Il a fait, depuis 1987, du Zimbabwe, ce beau pays riche en ressources naturelles, doté d’une faune et d’une une flore incomparables, une dictature où les droits les plus élémentaires de l’Homme sont bafoués. Son discours du 28 septembre 2015 devant l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, sur ce même thème, « a frôlé le ridicule ». Même la statue dressée, en septembre 2016, en son honneur à Harare, n’a pas manqué de soulever la lie de ses compatriotes. Sa dernière réélection, le 31 juillet 2013, à plus de 90 ans, fut contestée et qualifiée d’irrégulière par les observateurs de l'Union Africaine chargés d'observer le déroulement de l’élection présidentielle.

Sous sa présidence, le Zimbabwe, ancienne colonie britannique indépendante depuis novembre 1965, vit l’un des chapitres les plus sombres de son histoire. Sa politique agraire est à l’origine d’une pénurie alimentaire, et d’une famine, qui mit en danger plus de la moitié (six millions) de la population, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). L’expropriation des terres des fermiers blancs (environ 10,4 millions d’hectares de terres), a désorganisé le pays et engendré une vive tension et de profondes divisions parmi ses différentes composantes ethniques et raciales. En principe, la confiscation par Mugabé des terres des « blancs » visait leur redistribution au profit des plus pauvres parmi la population noire, sauf que, comme le précise Jenni Williams, porte-parole de l’Union des agriculteurs commerciaux, « la plupart des fermes auraient été déjà données à des députés fidèles et à des confidents du président Robert Mugabe ».

Sur le plan de la politique étrangère, l’Union Européenne n’a cessé de dénoncer la politique de réforme agraire de Mugabe et ses mesures discriminantes à l’égard des « blancs » et des minorités. Les sanctions économiques et diplomatiques décidées, depuis 2002, par l’UE ont mis à mal l’économie du pays (taux d'inflation élevé, chômage record) et durci son isolement international. Le ministre britannique des affaires étrangères, Jack Straw, considère que la politique de Mugabe mène le pays à une «tragédie» humanitaire et que «la seule façon d’échapper au désastre réside dans la restauration du droit, la fin de la violence, de l’intimidation et des arrestations de journalistes, un retour à la légitimité démocratique et à l’adoption de politiques économiques crédibles». En 2007, Robert Mugabe est écarté par la France de la liste des chefs d’Etats africains invités au sommet France-Afrique de Cannes (Février 2007). Il est même interdit de voyage dans l’espace de l’UE. Déchu (25 juin 2008) de son titre de « Chevalier honoraire » par la Grande-Bretagne46, il a été condamné par la Conférence des évêques d'Afrique Australe pour ses propos racistes et sa politique de discrimination anti-blancs. Nelson Mandela l’a vivement critiqué en dénonçant « la tragique faillite de leadership au Zimbabwe ».

La politique africaine de Mugabe est aussi désastreuse. Il fut, entre 2015 et 2016, le président de l'Union Africaine. Mais, sa désignation à la tête de cette instance fut perçue par les observateurs comme « un mauvais signal envoyé par l'organisation sur les valeurs de démocratie et de gouvernance qu'elle prétend défendre » (le Monde du 30-01-2015). Son discours, du 30 janvier-2016, devant l’OUA fut une insupportable « diatribe » anti-occidentale, anti-Barack Obama, anti-ONU.

Sur le dossier Marocain, Robert Mugabe s’est aligné sur son voisin immédiat, Jacob Zuma (réélu en mai 2014), pour défendre et promouvoir une thèse séparatiste, contestable et contesté par le Maroc. Avec l’Algérie, l’Afrique du Sud et le Nigéria, son pays constitue un bloc hostile à la souveraineté territoriale du Maroc. Le 20 aout 2016, Robert Mugabe, s’est pressé de « réitérer le soutien ferme de son pays au droit du peuple sahraoui à la liberté et à l'indépendance ». Il reste à ce jour, l’un des dirigeants africains les plus actifs pour empêcher le retour du Maroc au sein de l’OUA.

Le Maroc ne pouvait, en effet, s’opposer à son arrivée à Marrakech et empêcher sa participation à la COP22. Mais, le Souverain, n’est pas tenu à finasser avec un personnage de cet acabit. Certes, la diplomatie a ses règles et ses registres. Le Maroc est assurément une « terre de dialogue et de coexistence » et l’hospitalité marocaine a gagné ses lettres de noblesse. Mais, l’intérêt supérieur de la Nation et les causes de la mère patrie sont au-dessus de tout. Un chat est un chat et Mugabe est un adversaire déclaré de la cause nationale. C’est à ce titre qu’il mérite d’être accueilli. SM le Roi, n’a fait que son devoir national. Que Dieu le bénisse et préserve le pays de la haine de Mugabe et de ses comparses.

Dr Mohammed MRAIZIKA
(Chercheur en Sciences Sociales, Consultant en Ingénierie Culturelle, Directeur du CIIRI-Paris….).