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Analyses

Réhabilitation des monuments historiques et lutte contre l’habitat insalubre à Fès

Michel Rousset


L’annonce de la signature entre l’Etat et l’Agence de dédensification et de réhabilitation de la ville de Fès (ADER-Fès) de deux conventions destinées à permettre le financement de la réhabilitation des monuments historiques et du traitement du bâti menaçant ruine est une bonne nouvelle ; c’est une bonne nouvelle d’abord pour tous les habitants notamment pour les mal logés ; c’est aussi une bonne nouvelle pour tous ceux qui aiment cette ville millénaire et qui souhaitent qu’elle soit protégée contre les injures du temps, mais aussi contre celles qui sont dues à l’inconscience ou au laxisme des hommes.


Réhabilitation des monuments historiques et lutte contre l’habitat insalubre à Fès
Le sauvegarde de la médina de Fès est une préoccupation ancienne des autorités, qu’elles soient nationales ou locales, mais aussi internationales depuis le classement de la ville au patrimoine mondial de l’humanité par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture en 1981. En outre, le jumelage de Fès et de Florence peu après l’indépendance, a été la reconnaissance de la valeur que représentait la ville de Moulay Idriss aux yeux des responsables de l’une des villes italiennes les plus fameuses.

C’est pourquoi ceux qui se désolaient de l’insuffisance des efforts entrepris pour assurer la sauvegarde de cette ville que l’on peut appeler la « mère des villes du Maroc » - je pense notamment à l’architecte urbaniste Jean Paul Ichter de Fès - peuvent  se réjouir aujourd’hui des perspectives qui s’ouvrent pour les prochaines années à travers ces deux conventions, la première qui s’inscrit dans le domaine de la lutte contre l’insalubrité et la seconde dans celui de la réhabilitation des monuments  historiques.

La lutte contre l’insalubrité et la protection des monuments historiques sont au cœur de la politique urbaine du Maroc. Sans remonter bien avant, il suffit de rappeler le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI devant le Parlement le 11 octobre 2002 dans  lequel le Roi  déclarait que le logement social  était une des priorités  du Maroc ; et il poursuivait en insistant sur  la nécessité « d’accélérer la mise en œuvre du plan national de lutte contre l’habitat insalubre et l’éradication des bidonvilles ». C’est dans cette perspective que fut négocié avec la Commission Européenne un appui budgétaire de l’Union Européenne à la résorption de l’habitat insalubre qui devait couvrir les années 2005, 2006 et 2007 avec comme objectif la disparition des bidonvilles à l’horizon 2010. La signature de la première de ces deux conventions tend précisément à résoudre à l’échéance d’une période de cinq années la question de l’insalubrité d’un habitat fortement dégradé ; cette dégradation a des causes bien connues : l’exode rural  qui a entraîné un changement important de la population de la médina, le désintérêt des propriétaires pour l’entretien de leurs immeubles et un égal désintérêt des locataires ne disposant souvent que de faibles ressources , n’ayant en outre qu’une  faible idée de ce que signifie l’entretien d’un immeuble et cela d’autant plus que la « surexploitation » de ces logements par plusieurs familles  entraîne la dilution de leur  sentiment de responsabilité à cet égard.

L’expérience en ce domaine montre cependant que disposer des ressources financières pour mener à bien un programme de ce type est une condition nécessaire mais pas suffisante. En effet la difficulté est double.

Tout d’abord, il faut assurer le suivi de la mise en œuvre  du programme ; le recensement des habitats insalubres ne devrait pas soulever de grands problèmes à partir du moment où l’on aura défini avec précision les critères de l’insalubrité. La détermination du programme d’action en découlera  automatiquement. Alors, il faudra mettre en mouvement la réalisation de ce programme d’action. Pour cela, la disponibilité de l’ADER-Fès est assurée ; celle-ci doit pouvoir compter sur l’appui des autorités locales nommées ou élues, y compris sur celui des opérateurs de la politique de l’habitat.

La seconde difficulté tient aux habitants eux-mêmes dont beaucoup sont en quelque sorte enracinés dans le quartier où ils demeurent depuis longtemps, par les liens du voisinage ou ceux des activités auxquelles ils se livrent ; les déplacer revient à les sortir de leur milieu de vie et il est parfois difficile de les convaincre qu’il y a là une nécessité qui ne leur paraît pas du tout évidente. C’est dire qu’il faudra une volonté opiniâtre pour régénérer le tissu urbain de la ville ancienne et cela avant qu’il ne soit trop tard, c’est à dire au moment où la seule décision possible sera  celle de la destruction en raison de l’état de vétusté et de dégradation de l’habitat.

L’autre objectif, ambitieux lui aussi mais qui peut sembler plus aisé à atteindre, concerne la réhabilitation des monuments historiques qui existent en grand nombre dans la médina de Fès (médersas, mosquées, fondouks etc.), sans oublier les admirables maisons - ou palais, c’est encore plus juste - qu’occupaient autrefois les grandes familles de Fès.

Le souci de réhabiliter ces monuments, était une préoccupation  importante du Roi  Hassan II qui savait que préserver le passé, qu’il s’agisse de l’histoire, de la culture et des monuments dont ils sont les témoins, c’était  aussi préserver l’identité nationale : savoir d’où l’on vient est une condition pour savoir qui l’on est et où l’on va. C’est pourquoi il avait encouragé cette réhabilitation en faisant appel au mécénat dont il avait d’ailleurs donné l’exemple. J’ai le souvenir du fondouk Attarine réhabilité de cette façon et devenu un musée des métiers du bois. Avec la deuxième convention signée comme la première sous la présidence de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’Etat vient en quelque sorte à la rescousse de ces initiatives individuelles et cela avec la caution du chef de l’Etat. Ce sont donc 27 monuments historiques qui sont concernés et dont la réhabilitation se déroulera avec les financements nécessaires sous la responsabilité de l’ADER-Fès  au cours d’une période quinquennale de 2013 à 2018.

Nul doute si ces deux programmes sont menés à bien, que la ville de Fès pourra s’enorgueillir d’avoir amélioré les conditions d’existence d’une dizaine de milliers de ses habitants et d’avoir préservé pour eux-mêmes et pour tous les visiteurs marocains et étrangers un trésor inestimable, la médina de Fès.