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Chroniques

On peut ne pas être délinquant à vie !

LAVIEECO - FADEL BOUCETTA



La peine de prison, en général, est mal comprise, par le grand public. Pour ce dernier, un malfaiteur est un être néfaste pour la société, et il convient donc de le mettre hors d’état de nuire. C’est une approche populaire, simpliste et infondée. L’Etat, lui, voit les choses différemment.

Les conditions de détention font partie intégrante du système judiciaire. Au Maroc, les choses évoluent, mais doucement. La notion de droits de l’Homme aidant, les autorités se font de plus en plus soucieuses quant aux conditions d’incarcération. La peine de prison, en général, est mal comprise, par le grand public. Pour ce dernier, un malfaiteur est un être néfaste pour la société, et il convient donc de le mettre hors d’état de nuire. C’est une approche populaire, simpliste et infondée.

L’Etat, lui, voit les choses différemment : certes, il faut neutraliser les éléments perturbateurs qui existent au sein d’une société, mais, en même temps, il faut penser à leur réinsertion. C’est ainsi, et bien des gens l’ignorent, que dans une prison une véritable «vie intellectuelle» se développe. Les détenus (en arabe, le terme est plus élégant, puisque l’on parle de “nouzalaa“ «pensionnaires») ont la possibilité de s’adonner à de multiples occupations. Le principe de base est clair, hérité du système français : d’un côté l’intéressé purge une peine de privation de liberté, en réparation des préjudices occasionnés à la société ; (vol, escroquerie, violence, etc.). Le tribunal qui l’a condamné le prive donc de la possibilité d’aller et de venir, mais c’est tout. En détention, les gens ont la possibilité de s’adonner à de multiples activités, culturelles, sportives ou autres. Une bibliothèque est à leur disposition, abondamment garnie d’ouvrages en différentes langues. Des cours sont dispensés dans le cadre de la lutte contre l’analphabétisme. Des ateliers de formation professionnelle dirigés par des spécialistes permettent à ceux qui le désirent d’apprendre les rudiments d’une activité manuelle, qu’ils pourront exercer à leur libération. Tout ceci est important, car il y a un message clair, adressé aux délinquants de tous bords : la prison n’est pas une calamité en soi ; elle permet de récupérer certains éléments, de les amender, les éduquer, leur inculquer les rudiments de base de la vie en société, avant de les remettre dans le circuit social.

C’est ce que le Souverain a voulu affirmer en effectuant une visite dans un établissement pénitentiaire. Il a voulu réaffirmer que la réinsertion était toujours possible et qu’une erreur commise dans le parcours d’un individu ne suffisait pas à l’exclure définitivement de la vie sociale. Le Maroc dans ce domaine mène depuis quelque temps des expériences inédites dans le monde arabe. Il a ainsi mis en place des pénitenciers agricoles en différentes régions du Royaume. Le but : au lieu de laisser les détenus enfermés durant des années, improductifs, pourquoi ne pas les intégrer à la vie agricole des régions où ces pénitenciers sont implantés ? Et c’est ainsi que des détenus aident les fermiers voisins dans leurs travaux agricoles, moyennant une petite rétribution, le but n’étant pas de s’enrichir, mais de nouer des contacts avec des agriculteurs, apprendre à connaître les différents métiers de l’agriculture, pour, un jour, pouvoir s’installer dans une région agricole et exploiter une petite ferme, loin des envies de délinquance ou méfaits en tous genres. Il faut dire qu’au Maroc, la vie en détention peut être aussi rude… que cool, selon les circonstances ou les villes. On est dur avec les grands délinquants…mais soft avec ceux qui n’ont commis que de menus larcins. On a pu voir, dans une prison dont je tairais le nom, que les détenus pouvaient parfois sortir… sans autre forme de procès, si j’ose dire. Sous mon regard ahuri, un gardien a donné une petite somme d’argent à un prisonnier, le priant d’aller chercher, à l’épicerie du coin, quelques menues emplettes, lait, cigarettes et eau minérale. Ce qui fut fait, puisqu’au moment où je quittais les lieux, j’ai croisé ledit détenu de retour, tout guilleret, les bras chargés de provisions et courses diverses. Le tout dans la joie et la bonne humeur. Cela illustre qu’au Maroc, si la détention est parfois difficile, ce n’est tout de même pas «Midnight Express» !