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Sahara

Le Maroc, le Sahara et l'Afrique

Pierre-Olivier Rouaud



Pierre-Olivier Rouaud
Pierre-Olivier Rouaud
Abidjan, Libreville, Dakar, Bamako, Conakry ou encore, voilà quelques jours, Antananarivo pour le sommet de la Francophonie… La liste des visites officielles récentes du roi du Maroc en Afrique tient presque de l’atlas géographique. Mohammed VI a cependant privilégié l’Afrique de l’Est, faisant une incursion inhabituelle au Rwanda, en Tanzanie, en Éthiopie. Lors de la COP 22, en novembre, c’est à l’inverse une partie de l’Afrique qui a débarqué à Marrakech, à l’occasion d’un mini-sommet africain d’une dizaine de chefs d’États, présidé par Mohammed VI.

Cette "diplomatie africaine" remonte à plusieurs années, mais connaît un grand coup d’accélérateur. Et pour cause, le Maroc a décidé, en juillet, de faire une demande d’adhésion à l’Union africaine (UA). Incongruité de l’Histoire, il est le seul État du continent à ne pas en être membre. On le doit à Hassan II, qui avait quitté en 1984 l’organisation (l’OUA à l’époque), aussitôt après l’intégration de la République arabe sahraouie démocratique (RASD). Qualifié d’État fantoche par Rabat, la RASD, conduite par les indépendantistes sahraouis du Polisario repliés en Algérie, revendique l’ex-Sahara espagnol, dont 80% du territoire fut annexé par le Maroc lors de la Marche verte en 1975. Pour Rabat, qui propose une autonomie toute relative à cette région, le sujet du Sahara, objet de consensus national, n’est pas discutable, même si officiellement les Nations unies doivent y organiser un référendum d’autodétermination depuis 1991. Cette guerre froide des sables divise le continent entre alliés du Polisario –  l’Algérie, bien sûr, mais aussi le Nigeria ou l’Afrique du Sud – et "amis" du Maroc. Le royaume en revendique une trentaine sur les 54 membres de l’UA, où l’adhésion se décide à la majorité des deux tiers. CQFD. Mais si cette question est essentielle pour comprendre l’activisme du royaume, elle ne l’explique pas entièrement.

Le tropisme africain de Mohammed VI, relevant en partie du registre religieux, a aussi pour but de donner une profondeur stratégique à son pays. La frontière avec l’Algérie étant fermée, celle avec la Mauritanie étant peu praticable, le Maroc est une île. Les échanges de capitaux et de biens se font pour plus de la moitié avec l’Europe, mais Rabat veut les diversifier, notamment au sud du Sahara. Tout le petit monde du business marocain suit à la lettre la "volonté royale" : banques, assurance, BTP, ou encore Maroc Telecom ont pris de belles positions en Afrique de l’Ouest. Le géant public des phosphates, le groupe OCP, est aussi entré dans la danse. Constituant un réseau de filiales en Afrique, il vient de conclure le plus gros deal de son histoire : la création d’une usine d’engrais en Éthiopie pour 2,2 milliards d’euros. La diplomatie est parfois très terre à terre.

Source USINE NOUVELLE