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Chroniques

Le Conseil Consultatif des Marocains de l’Étranger, une institution de tous les défauts

Omar El Bacha



Omar El Bacha
Omar El Bacha
Si, à ma venue aux Pays-Bas, en 1986, des voies s’étaient élevées pour asséner que mon expérience de la démocratie, limitée au vécu du pays d’origine, avait besoin d’une sérieuse mise à niveau, je n’aurais eu d’autre choix que d’acquiescer dans un mouvement de tête, très approbateur. Mais, aujourd’hui, de par ma longue et définitive résidence en ce pays d’adoption, il m’est permis d’affirmer, en toute quiétude, que la pratique de la démocratie m’est devenue normalité quotidienne. 

Fort de cette expérience, je me considère donc légitimement en position de juger et de jauger du degré de démocratie qui a accompagné l’instauration de l’institution stratégique marocaine appelée Conseil Consultatif des Marocains à l’Étranger « C.C.M.E» 

Un système à l’antinomie de la démocratie 
Tout d’abord, c’est le Conseil Consultatif des Droits de l’Homme « C.C.D.H 1990 – 2011 », à la fois géniteur et parrain du « C.C.M.E » en 2007, qui a décidé du processus de sélection des personnes qui siègeront dans cette institution. Dès le début, il a faussé la donne en optant pour la désignation directe. En sus d’être un authentique déni de droit, le système préconisé a en fait définitivement soustrait à la communauté marocaine de l’étranger toute liberté de choisir ses propres consultants, que ce soit sur la base des compétences individuelles ou de propositions de projets. 

Selon beaucoup de connaisseurs, l’entrée en scène du « C.C.D.H » s’était faite de façon saugrenue, au vu des valeurs qui sont les siennes. Il a fait de la conception du « C.C.M.E », un acte illégitime puisque l’option retenue pour sa composition n’était rien d’autre qu’une atteinte au libre choix des Marocains du monde, une porte ouverte à la transgression pour les séides et, plus inquiétant, une invite explicite à l’exclusion de l’autre. 

Il est notoirement connu que la désignation est, et restera au Maroc, un moyen détourné d’accorder faveurs et passe-droits. Les valeurs et paramètres de recrutement y sont souvent à géométrie variable et les intérêts de la minorité en charge, en l’occurrence celle issue d’une ancienne extrême gauche nostalgique, anachronique et superbement clanique dans ce cas de figure, ne convergent nécessairement pas avec ceux du pays en général et des Marocains du monde en particulier. 

Le mécontentement de la diaspora 
Une grande majorité de la société civile d’origine marocaine à l’étranger était en désaccord total avec la méthode sélective, peu morale, préconisée par le « C.C.D.H » pour meubler l’organigramme complaisant de l’institution et faire passer ainsi la pilule « C.C.M.E ». Ce n’était certainement pas un modèle à suivre, ni une référence en matière de Droits de l’Homme. 
Presque toutes les élites de la diaspora savaient que les consultations très localisées, organisées en Europe par des congrégations partisanes savamment sélectionnées pour donner crédibilité et légitimité au nouveau-né, n’étaient en fait que des consultations de façade, bien que faussement présentées comme larges et démocratiques. 

L’argumentaire en était que cette approche idéalisant outrageusement le comportement humain, taxé d’ailleurs de très grande versatilité par les plus éminents penseurs de l’humanité, est la preuve irréfutable que le « C.C.D.H » n’était pas en accord avec les idéaux dont il s’en faisait le chantre, ne serait-ce que durant la période de gestation et de gésine du « C.C.M.E ». 

Une affinité clanique malvenue 
En confiant des rôles clés à leurs amis au sein du « C.C.M.E », les décideurs du « C.C.D.H », pour des raisons qui leur sont connues, avaient volontairement omis l’évidence qu’avec l’âge et les impératifs de la société de consommation, les intérêts personnels des anciens camarades de lutte avaient fini par reléguer l’intérêt suprême du Maroc, tout autant que celui de la communauté marocaine résidant à l’étranger, aux fins fonds de leurs priorités quotidiennes. 
Avec le passage du temps, les ambitions des anciens compagnons de lutte avaient pris des tournures plus mercantilistes, plus égocentristes, tuant au passage l’homme socialiste idéal, prôné par les grands stratèges de cette idéologie. Le parangon politique, ayant longtemps motivé le positionnement dans l’opposition pure et dure de ces pseudo-militants, s’était estompé face à l’accroissement des besoins matériels des familles nouvellement fondées et aux exigences toujours croissantes des enfants subitement grandis. 

L’élément humain, élevé par les soins des responsables du « C.C.D.H » en vecteur d’idées objectif, semble à cet égard beaucoup plus guidé par des considérations d’ordre affectif que par une réelle volonté de bonne gouvernance. Les donneurs de leçons d’hier ont-ils été leurrés par les liens non sacrés de l’amitié et de la complicité qui se sont forgés durant les années de plomb? Il est indéniable, en tout cas, que leur amitié a permis l’accomplissement d’actes condamnables tels que le népotisme et la partialité pour garnir les sièges du « C.C.M.E ». Elle n’y a pas résisté. C’est la conclusion allégrement adoptée par la grande majorité des Marocains du monde. 

L’absence du culturel, anomalie cruelle 
La date de péremption largement dépassée des membres du « C.C.M.E » est également une transgression typique à cette institution mais elle ne peut ni doit occulter un plus grave défaut de composition. C’est celui que recèle la liste des ressources humaines de cette institution où aucun professionnel de la culture ou de l’éducation n’y figure alors que les défis du futur seront identitaires ou ne seront pas. On ne peut, encore une fois, que s’élever contre cette autre bizarrerie, au nom de plusieurs générations d’enfants marocains à l’étranger. 

Il est assurément établi, par les plus grands services de sécurité du monde, que les grands dangers qui menacent nos enfants à l’étranger sont à connotations culturelles et cultuelles, importants marqueurs identitaires de la communauté marocaine à l’étranger . 

Les enfants marocains ou d’origine marocaine, à travers le monde, doivent donc être la priorité des priorités des instances chargées de la politique migratoire marocaine et à fortiori du « C.C.M.E », organe de prédilection en la matière. C’est par eux et pour eux que toute la communauté se motive et se démène. Ils constituent le socle de la relève qui représentera les Marocains du monde demain et assumera les responsabilités de leur futur commun. 

La sécurité identitaire et spirituelle, le dernier des soucis du « C.C.M.E » 
De par leur qualité de consultants, les honorables membres du « C.C.M.E », mieux que quiconque, doivent savoir qu’aucun produit culturel ou cultuel national à destination des Marocains de l’étranger n’est mis sur le marché. Il n’y a donc pas de garde-fou officiel pour pallier à ce manque de repères identitaires et à cette absence de valeurs civilisationnelles dont souffrent beaucoup d’enfants de la communauté marocaine a l’étranger. 

C’est par les enfants non immunisés que les vibrions sociaux atteignent le corps de la communauté. Ils sont façonnables et modulables à merveille. Spécialement en ces temps où les médias sociaux sont facilement détournés pour faire fonction de canal ouvert vers l’endoctrinement, le lavage de cerveau et l’embrigadement des jeunes et tout particulièrement ceux en situation de stress identitaire. Le défaut de cuirasse de ces enfants concentre tous les efforts des idéologues de l’obscurantisme et de l’extrémisme. Ils en ont fait leur centre d’intérêt privilégié. 

Nul doute que la sécurité identitaire et spirituelle de enfants marocains à l’étranger est sérieusement menacée. Et jusqu’à preuve du contraire, le « C.C.M.E » et encore moins le Conseil National des Droits de l’Homme « C.N.D.H », ersatz du « C.C.D.H » depuis mars 2011, ne semblent s’en inquiéter outre mesure. Emanant d’institutions stratégiques, ce comportement est aberrant, irresponsable, à la limite du délit. Il est temps d’y remédier! 

Troublantes données informatives 
Le président du « C.C.M.E », depuis sa création en décembre 2007, est Mr. Khemmar Elyazami Elhassani, publiquement connu sous le patronyme Driss El Yazami. A partir de 2011, il a également hérité de la présidence du Conseil National des Droits de l’Homme « C.N.D.H » qui s’est substitué au « C.C.D.H ». Une longévité et un cumul de fonctions qui soulèvent bien plus d’interrogations qu’ils n’apportent de réponses aux questions des Droits de l‘Homme au Maroc. Pays où, avec l’avènement El Yazami et consœurs, l’expression proverbiale « on n’est jamais si bien servi que par soi-même » est semble-t-il plus que jamais d’actualité ! 

Il est à signaler, toute fois, que dans l’article 25 du chapitre VI intitulé ‘Dispositions transitoires’ du Dahir no 1-07-208 du 10 hija 1428 (21 décembre 2007), portant création du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger, il est explicitement stipulé que le Conseil doit veiller à garantir la plus efficace et meilleure représentativité des communautés marocaines à l’étranger. A-t-il satisfait à cette exigence royale? Les citoyens marocains du monde en doutent effroyablement. Cependant, il n’y a qu’en amour où le doute accuse. En Droit, il profite à l’accusé! 

Omar El Bacha. 
Amsterdam. Pays-Bas