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Sahara

La signification et la portée de l’avant-projet américain de résolution sur le Sahara

Pascal Fritscher



La signification et la portée de l’avant-projet américain  de résolution sur le Sahara
Depuis le 12 avril 2013, de nombreuses sources médiatiques parlent d’une tentative américaine visant à proposer la mise en place d’un mécanisme de surveillance des droits de l’Homme au Sahara. Une telle démarche est pour le moins surprenante, car si on aurait pu s’attendre à cela de la part des Britanniques ou des Français, habituels et farouches défenseurs des droits de l’Homme, cela ne correspond pas à la culture américaine.

En effet, les Etats-Unis qui, selon différentes sources médiatiques, invoquent la nécessité de faire respecter les droits de l’Homme au Sahara, ne sont pas les mieux placés pour une telle position diplomatique. En effet, les Américains sont le premier pays à sacrifier ouvertement et publiquement les droits élémentaires de tout homme sur l’autel de la sécurité nationale. En effet, les violations quasi systématiques des droits de l’Homme dans le cas de Guantanamo et de la prison d’Abu Ghrib, en Irak, ne sont que le sommet de l’Iceberg. Les services de renseignement américains ont même utilisé, comme organisation scientifique de la torture, un ancien manuel, le Kubark, résultat de plusieurs expérimentations médicales sur la privation du sommeil et la privation sensorielle.

Par ailleurs, l’utilisation méthodique des drones armés dans le programme d’assassinat ciblé au Pakistan et au Yémen, est un déni flagrant de plusieurs libertés individuelles, dont celle de jouir d’un procès équitable, ainsi que de celle de faire face à ses accusateurs. Ce programme ne concerne pas uniquement les prétendus terroristes étrangers, mais également les ressortissants américains soupçonnés de terrorisme, comme le prouve un document signé du président Obama, publié dans la presse. Dès lors, le système américain viole sans distinction les droits des individus pour des raisons invoquées de sécurité nationale.

Mêmes dans les rapports les plus acerbes à l’égard du Maroc, la violation des droits de l’Homme similaire à celle dont sont coupables les Etats-Unis n’a jamais été atteinte dans toute l’histoire du Royaume. Dès lors, la justification de la protection des droits de l’Homme ne tient pas. Quelle a été alors la réelle motivation des Etats-Unis quand ils avancent une telle proposition ?

Les premières fuites médiatiques de cette proposition mettent en avant la Mission Permanente américaine à New York. Les choses paraissent alors plus claires. Susan Rice, qui était pressentie comme la remplaçante potentielle d’Hillary Clinton, a perdu cette place après le scandale qui a suivi l’attaque du Consulat américain de Benghazi. Dès lors, proposer la mise en place d’un mécanisme de surveillance des droits de l’Homme au Sahara serait une manière pour la Représentante permanente des Etats-Unis auprès des Nations Unies, en l’occurrence Madame Rice, de se racheter une « virginité » politique.

L’inconvénient d’une telle démarche mercantile réside dans les conséquences dévastatrices - mais les Etats-Unis en tiennent rarement compte dès lors qu’il s’agit de leurs intérêts - pour toute la région. Il s’agirait d’une part de la déstabilisation d’un pays tout entier en reniant les efforts qu’il a menés jusqu’à présent et qui ont su éviter au Maroc un destin similaire à celui des pays voisins qui ont sombré soit dans l’instabilité, soit dans le totalitarisme. D’autre part, il s’agit pour les Etats-Unis de se mettre en porte-à-faux avec tout le peuple marocain, le seul à réellement avoir un sentiment de respect et de tolérance à leur égard dans l’ensemble du monde arabe. Enfin, cette initiative ne prend pas en compte que pour la Nation marocaine, il s’agit d’une question de survie qui mobilisera l’ensemble de la population, toute tendance et toute sensibilité confondues. Les Etats-Unis ont alors bien plus à perdre qu’ils ne le pensent.


Pascal Fritscher
Spécialiste de la politique étrangère des Etats-Unis d’Amérique
Conseiller auprès du Centre d’Etudes Internationales