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Entretiens

Elections au Maroc : quels défis attendent le PJD ?

Kader Abderrahim



Kader Abderrahim
Kader Abderrahim
Les législatives marocaines ont été remportées, samedi 8 octobre, par le Parti de la justice et du développement (PJD). Quelles seront les prérogatives et à quels défis devra faire face le nouveau gouvernement ?

Les prérogatives seront celles prévues par la constitution. Le roi devra reconduire, ou non, l’actuel Premier ministre Abdelilah Benkirane (PJD) qui sera chargé de la formation d’un nouveau gouvernement. Le premier enjeu du PJD sera de constituer une majorité parlementaire, car bien qu’arrivés en tête, les islamo-conservateurs, avec 125 sièges, n’ont pas la majorité absolue. Ils seront ainsi contraints, comme lors de la précédente magistrature, de sceller des alliances avec les autres partis. Des tractations sont en cours.

Les défis du Maroc restent inchangés. La jeunesse, notamment celle diplômée, vit une terrible crise sociale. Elle manque de débouchés dans un marché du travail inadéquat aux formations et aux enseignements dispensés dans les écoles marocaines. Le nouveau gouvernement devra proposer du travail à toute cette jeunesse en déshérence.

Le PJD est un parti islamo-conservateur. Quelles sont les raisons de son succès ? Celui-ci repose-t-il sur le positionnement religieux du parti ?

Le PJD, très bien implanté au Maroc, progresse. Il est constitué de militants organisés, disciplinés et convaincus. Le parti est présent dans tout le Royaume et laboure le terrain depuis des années. Il y exerce un important travail de proximité pour améliorer son image, parfois diabolisée par ses adversaires. Ainsi, les réseaux des islamo-conservateurs ont eu un impact conséquent sur leur victoire aux législatives. Le parti est très populaire, notamment dans les grandes villes et il a réussi à élargir sa base électorale à la classe moyenne des centres urbains, autrefois acquise à des partis plus conventionnels, de centre-gauche ou de centre-droit.

Le Maroc dont 95% à 97% des habitants sont musulmans, est un pays conservateur. La question de la religion a une place importante. Aux législatives, le PAM (Parti authenticité et modernité), proche du pouvoir (fondé par un ancien conseiller du roi) reste très présent dans les campagnes et les zones rurales, où les habitants sont viscéralement attachés à la monarchie. C’est plutôt ce parti qui incarne la tradition, car si le PJD est conservateur au niveau des mœurs, il l’est beaucoup moins sur les questions politiques. Le vote PJD est donc plus motivé par des questions de mœurs que par des questions de traditions qu’incarne son adversaire du PAM.

Le Maroc semble avoir l’économie la plus stable de la région. Quels sont ses atouts ? Concourent-ils à faire du Maroc un interlocuteur privilégié sur la scène régionale et internationale ?

Les sous-sols marocains ne regorgent pas des richesses que contiennent les sous-sols algériens. Le Maroc est cependant compétent dans plusieurs domaines : l’agriculture, l’exportation de phosphate et le tourisme. Cette année, les exportations agricoles, premier atout du pays, risquent d’être revues à la baisse, en raison du manque de pluie. Mais l’économie du pays restera stable, car s’il ne dispose pas d’un coffre-fort aussi conséquent que l’Algérie, les ressources économiques du Maroc sont multiples et diversifiées. Aujourd’hui, le pays s’affirme comme un expert africain dans le domaine bancaire et des technologies. Depuis cinq ans, ses stratégies sont tournées vers l’Afrique, où il a décidé d’implanter ses entreprises.

Aussi, le Maroc tisse, depuis longtemps, des liens privilégiés avec l’Occident, et ce, bien avant la seconde guerre mondiale. N’oublions pas que le pays est l’un des plus vieux Etats du monde, l’un des premiers à avoir reconnu l’indépendance des Etats-Unis. Cette profondeur historique lui donne une place particulière sur le continent africain et sur le monde arabe.

Sur la scène régionale, le Maroc joue une partition singulière de par ses relations avec l’Occident et par sa stabilité au sein d’une région troublée. Son rôle est cependant englué par ses mauvaises relations avec l’Algérie qui nuisent au développement de la région et empêchent la constitution d’un ensemble régional.

IRIS