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Chroniques

Des infections souvent banales à l'origine de maladies chroniques lourdes

Quand des infections souvent banales provoquent des pathologies chroniques et lourdes

Dr Moussayer Khadija


Les risques d’être atteint d’une maladie auto-immune ou systémique à la suite d’une infection souvent anodine, telle est la thématique de la sixième journée de l’auto-immunité organisée le samedi 5 Novembre 2016 à l’Hôtel Sheraton de Casablanca par l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques «AMMAIS ».


Dr Moussayer Khadija
Dr Moussayer Khadija

Association Marocaine des Maladies Auto-immunes et Systémiques

Une pathologie systémique est une affection pouvant atteindre plusieurs organes à la fois, elle peut avoir comme origine une maladie auto-immune quand survient un dysfonctionnement de notre système immunitaire qui se met à attaquer nos propres organes alors que normalement il est sensé nous protéger des agressions extérieures provenant de différents virus, bactéries, champignons...

Les maladies auto-immunes (telles la maladie de Basedow, le lupus, la myasthénie, la sclérose en plaques, le diabète de type 1, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, la maladie cœliaque, la maladie de Crohn, la maladie de Gougerot-Sjögren, le psoriasis..) représentent la 3ème cause de morbidité après les affections cardiovasculaires et les cancers, en touchant environ 10 % des marocains.

Plusieurs causes en sont à l’origine comme l’hérédité et des facteurs environnementaux divers : rayons solaires, tabac, pollution atmosphérique et alimentaire, et les infections.

Des bactéries et virus jouent en effet un rôle important dans leur déclenchement : ainsi l’helicobacter pylori (une bactérie commune dans l’estomac), dont sait déjà qu’elle est directement impliquée dans la survenue de cancers, serait aussi responsable de nombreuses pathologies auto-immunes. On considère qu'aujourd'hui au Maroc, une personne sur deux est porteuse de cet agent infectieux et que 10 % d'entre elles développeront des infections gastriques sérieuses comme les ulcères ou les gastrites chroniques.

Des liens sont bien établis aussi entre certains streptocoques, (des bactéries présentes fréquemment notamment dans la bouche et les intestins) et le rhumatisme articulaire : à partir d’une simple angine non traitée, des attaques auto-immunes vont survenir pouvant toucher le cœur, les articulations, le système nerveux central ou la peau, avec de graves conséquences potentielles au niveau des valves cardiaques ou du système nerveux central.

Dans notre pays, ces maladies infectieuses sont encore un problème de santé publique même si elles sont en nette diminution et il s'agit de débattre lors de cette manifestation de l'identification des risques qu'elles font subir dans la survenue ou l'aggravation d’autres pathologies, des moyens de prévenir ces risques et notamment des traitements adéquats à mettre en œuvre.

S’il en était besoin, un autre exemple montre bien l’importance de cette problématique au Maroc : la tuberculose. Près d’un tiers de la population est en effet atteinte de tuberculose latente, un état où des personnes sont infectées sans que la maladie soit encore développée ; c’est une forme non contagieuse de la maladie et le risque de la développer au cours de l’existence chez ces personnes infectées est de 10 %. Par contre, les personnes dont le système immunitaire est déjà affaibli, en particulier par une maladie auto-immune elle–même ou par ses traitements, courent un risque beaucoup plus élevé de réactiver ces formes latentes. Seul, un traitement préventif permet d’éviter cette complication.

A l’occasion de cette journée, on ne peut enfin que s’interroger sur de nouveaux moyens à mettre en œuvre contre les infections : la résistance aux antibiotiques rend de plus en plus difficile le traitement de certaines. De nouvelles voies thérapeutiques sont actuellement explorées et des virus tueurs de bactéries, appelés bactériophages, seront ainsi peut-être une solution dans le futur. Des études laissent entrevoir qu'une petite dose de ces virus (un nanogramme seulement !) appliquée sur le lieu de l'infection pourrait suffire à éliminer des bactéries pathogènes.

DR Khadija Moussayer
Spécialiste en médecine interne et en gériatrie
Présidente d’AMMAIS