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Analyses

De la transhumance prohibée par la constitution 2011 au Mercato politique

Mostafa KHEIREDDINE



Mostafa KHEIREDDINE
Mostafa KHEIREDDINE
De la transhumance prohibée par la constitution 2011 au Mercato politique 

Mot italien, Mercato désigne « Marché », et renvoie aux transferts réglementés de joueurs d’une équipe à une autre à l’échelle nationale ou internationale. Appliqué à l’action politique nationale, ce concept, introduit par le parti conduisant la majorité, prend des allures inquiétantes. Analyse en deux points 

Une constitution en avance par rapport à l’acteur politique 

Définie comme étant l’exercice du pouvoir, la politique est avant tout des valeurs et des engagements vis-à-vis des électeurs. Or, le paysage politique, et à l’approche du scrutin législatif du 07 octobre 2016, offre une image, le moins que l’on puisse dire, qu’elle porte atteinte à l’éthique politique. 

Si la constitution de 2011 conforte les règles de jeu politiques, via notamment, la consécration de la démocratie majoritaire, la prohibition de la transhumance, la prescription des règles de limitation du cumul de mandats, la consécration de la bonne gouvernance des institutions, l’acteur politique est loin de saisir les temps forts de la naissance de cette constitution de rupture avec les anciennes pratiques politiques. 

Conçue dans un contexte social et politique particulièrement tendu, marqué par la montée en puissance des revendications démocratiques, cette nouvelle Constitution devrait théoriquement amener l’acteur politique à rehausser l’action politique, aussi bien en amont du scrutin, par la qualité des programmes politiques, le choix de candidats de valeur, capables à même d’impulser une dynamique législative, qu’en aval, par le choix des hommes et femmes ministrables, compétent(e)s et imprégné(e)s des valeurs de management. 

Des recrutements politiques au nom de la loi numérique 

Si l’acte électoral représente l’expression la plus noble de la participation politique, il convient, toutefois, de souligner, que le parti majoritaire le vide de son sens, en se prêtant à ce jeu de mercato politique au nom de la loi numérique. 

La population en général, et les électeurs en particulier, s’interrogent sur le recrutement par le PJD de deux candidats l’un à Al Hoceima, et qui n’est d’autre, que le Secrétaire général du parti politique « Al ahd Addimocrati », et l’autre, un salafiste controversé à Marrakech. Comment un SG, supposé compétitionner avec les candidats de son parti politique, s’offre, à l’instar des joueurs prêtés, à un autre parti politique ? Quels sentiments gardent-ils les militants du PJD en se faisant distancer par un sexagénaire? Quels sont les fondements de ces choix et quels signes renvoie-il le parti à la jeunesse marocaine ? 

Mostafa KHEIREDDINE 
Urbaniste senior 
Université de Montréal 
Chercheur en sciences de la ville