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Analyses

Benkirane à l'épreuve du classement Mo Ibrahim

Othmane Krari



Alors que la campagne électorale bat son plein à deux jours des secondes élections législatives marocaines (7 octobre 2016) depuis la nouvelle constitution de 2011, la fondation Mo Ibrahim publie son classement africain qui nous permet de dresser un état de la gouvernance sur le continent.

En effet, la fondation Mo Ibrahim étudie depuis 2000 les avancées des pays africains au niveau de la gouvernance nationale prenant en compte des variables classées dans quatre catégories majeures : la sécurité, les droits de l’homme, l’économie durable et le développement humain. Ce classement est alimenté de données issues d’organisations internationales telles que la banque mondiale, les nations unies ou encore le haut commissariat des droits de l’homme.

La compagnie méditerranéenne d’analyse et d’intelligence stratégique a décidé de confronter le mandat du gouvernement marocain sortant, mené par le PJD, aux données issues du classement de cette fondation. Le but de cette démarche est de constater depuis 2011 les évolutions du Maroc dans ces quatre domaines et de pouvoir disposer de fait des éléments tangibles nécessaires à l’évaluation du mandat du gouvernement Benkirane.

La position du Maroc dans le classement 2015

Le Maroc évolue à la 14ème place dans le classement de l’année 2015 parmi 54 pays. Portée par une excellente 3ème place au niveau de l’économie durable, la performance du pays dans ce classement est aussi due à un score respectable en matière de sécurité/Etat de droit (59.9/100) et de développement humain (62/100).
Les points forts de cette 3ème place au niveau de l’économie durable sont le développement infrastructurel et celui de la ruralité ainsi que la bonne gestion publique. Les bonnes performances du Maroc dans ce secteur indiquent une résilience certaine face à un environnement d’affaires qui s’est largement dégradé en Afrique du Nord depuis le printemps arabe. Dans pareil contexte, le Maroc a su poursuivre son engagement dans le développement de la région Nord. L’Etat a aussi sur matérialiser la vision énergétique nationale en actant le lancement du projet solaire national.
La principale ombre au tableau du classement 2015 pour le Maroc demeure la question des droits de l’homme. La performance du royaume est plombée par l’égalité des genres dans laquelle il affiche une triste 40ème place au niveau continental.

Le mandat du gouvernement à l’épreuve du classement

La parution du classement Mo Ibrahim à 2 jours des élections législatives nationales nous permet surtout de dresser un bilan de l’action gouvernementale à l’heure où Abdelillah Benkirane demande à la population marocaine de lui renouveler sa confiance pour un second mandat.
On constate ainsi depuis 2011 que le Maroc a progressé de 5.6 points au classement général porté par une progression en matière de droits de l’homme (+8.3 pts) et d’économie durable (+9.9 pts). L’analyse de la globalité des indicateurs nous permettra d’affiner l’évaluation de la performance du gouvernement Benkirane depuis 2011.

Sécurité et Etat de droit : une progression portée par la transparence

M. Benkirane en avait fait son cheval de bataille en 2011, force est de constater que le classement Mo Ibrahim lui donne raison sur ce point. En effet en termes de transparence, le Maroc a gagné huit (8) points durant le mandat du PJD au pouvoir. Cette performance est notamment due à la mise à disposition des données à destination du public à travers les portails des administrations publiques.

Toutefois cette bonne performance est à nuancer puisque M. Benkirane articulait son combat en faveur de la transparence par la lutte contre la corruption et l’abus de pouvoir. Ces métriques ont stagné sur les 5 dernières années, démontrant que peu a été fait dans ce domaine bien que les enquêtes contre la corruption aient augmenté entre 2014 et 2015.
Plus globalement si les performances en matière de transparence ont été bonnes sur les 5 dernières années, ce sont la sécurité nationale et l’Etat de droit (indépendance de la justice en particulier) qui ont régressé au cours de ce mandat.

Participation politique et droits de l’homme : des performances globales moyennes mais une progression avérée

Si le classement du Maroc en matière de droits de l’homme reste faible (40ème place), les données fournies par la fondation Mo Ibrahim attestent d’une progression spectaculaire durant les 5 dernières années en la matière. Ainsi le Maroc a gagné 8.3 points dans ce volet depuis 2011. La performance du Maroc dans ce volet est déterminée par 3 variables : la participation à la vie politique (+13.5 pts), les droits de l’homme (+4.9 pts) ainsi que l’égalité des genres (+6.6 pts).

On pouvait ainsi craindre que le gouvernement mené par le parti conservateur du PJD fasse perdre des points au Maroc notamment en matière d’égalité des genres. Mais on constate de fait que la volonté structurelle de progresser vers l’égalité homme/femme portée par l’amendement de la Moudawana de 2004 a pris le dessus sur le conservatisme sociétal du PJD.
Par ailleurs la progression fulgurante du Maroc en termes de participation à la vie politique (+13.5 pts) dispose d’une causalité partagée entre la nouvelle constitution de 2011 qui a fait suite aux printemps arabes et la forte popularité du parti de la lampe qui a su ré-intéresser une partie de la population marocaine à la vie politique nationale.

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Benkirane à l'épreuve du classement Mo Ibrahim
Economie durable : l’infrastructure et le développement durable en vedettes

La principale progression constatée dans le classement du Maroc en matière de gouvernance est due aux bons indicateurs en Economie Durable (+9.9). Mais il faut diviser cet indicateur en deux sous-familles pour comprendre l’incidence du gouvernement sur cette performance.
La première famille est celle des causes structurelles : le développement rural (+17.5) et l’infrastructure (+10.1). La bonne performance dans ces deux indicateurs est plus à mettre à l’actif du Roi Mohammed VI qu’au bilan gouvernemental. En effet la progression dans ces domaines est principalement due à l’initiative nationale pour le développement humain (au fort impact dans les zones rurales) et à la volonté royale de développement par l’infrastructure. On constate à cet effet que ces deux indicateurs ont progressé de 25 pts depuis l’accession au trône du Roi Mohammed VI.
La seconde sous famille regroupe la gestion publique (+6.1 pts) et le climat d’affaires (+5.9 pts). Force est de constater à ce niveau que le gouvernement sortant a su améliorer la donne à l’échelle nationale. Ainsi des réformes portées par le PJD telles que celle de la caisse de compensation ont participé à l’amélioration de la gouvernance publique durant ce mandat.

Développement humain : peut mieux faire

Enfin le dernier groupe d’indicateurs analysé par la fondation Mo Ibrahim porte sur la question du développement humain (+2.6 pts). Cette famille d’indicateurs regroupe l’assistance sociale (+4.0), l’éducation (+1.1) et la santé (+2.8).
Si les indicateurs affichent une progression durant le mandat du PJD au pouvoir, cette progression reste bien trop faible étant donné la situation de départ du Maroc en cette matière. Le manque de coordination entre le ministère de l’éducation nationale (M. Belmokhtar : Sans appartenance politique) et le ministère de l’enseignement supérieur (M. Daoudi : PJD), ne permet pas au Maroc d’effectuer le décollage nécessaire en la matière. L’éducation est pourtant un secteur clé nécessaire à l’accompagnement du développement économique par le développement des compétences nationales.

Conclusion

Il est indéniable que le Maroc a connu durant les 5 dernières années des avancements notables en termes de gouvernance à la lecture des données de la fondation Mo Ibrahim. Le système politique marocain ne nous permet pas de définir clairement si le gouvernement sortant est responsable de tout ou partie de ces avancements, l’action royale ayant un poids notable sur le développement structurel du pays.
La question qui se pose désormais est de savoir si l’électeur marocain basera son vote en fonction des données objectives ou de son orientation idéologique. Le taux de participation reste la principale variable impactante de ce scrutin, et le PJD devra relever le défi de remobiliser son électorat sans l’aide d’Al Adl Wal Ihsane (plus de 100 000 militants) cette fois ci.

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