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Analyses

Arrêtés anti-Burkini : une politique progressive de stigmatisation

ESSAHAL MOHAMMED



Le conseil d’Etat qui est la haute juridiction administrative en France a rendu sa décision souveraine en suspendant l’arrêté anti-burkini pris par le maire de Villeneuve-Loubet qui interdisait le port du burkini sur les plages, aux motifs que les maires ne peuvent restreindre les libertés qu’en cas de « risques avérés» pour l’ordre public. 
Cependant, l’existence du contexte terroriste ne justifie pas l’interdiction du port du burkini, et aucun élément ne permet de retenir le trouble à l’ordre public, du fait qu’aucun élément factuel n’a été apporté dans tous ces arrêtés à formulation floue. 

1-    Décision du conseil d’Etat : l’Etat de droit a parlé 
Le conseil d’Etat a précisé que l’arrêté anti-burkini «a porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales», et il est possible pour les femmes en burkini verbalisées de contester leurs verbalisation, plus encore, il met en garde les maires car cette question fait l’objet de jurisprudence. 

Devant une décision purement politique des trente maires, l’avocat du conseil d’Etat annonce que pour interdire le burkini, il faut justifier qu’il y’ait un trouble à l’ordre public, et on ne peut pas laisser un maire décider tout seul. 
Certes, avant la décision du conseil d’Etat, la ministre Najat vallaud belkacem a précisé que la prolifération des arrêtes n’est pas la bienvenue, de son côté, M. Touraine estime que« c’est oublier que la laïcité n’est pas le refus de la religion, elle est une garantie de la liberté individuelle et collectives » aussi il ne doit pas être « le fer de lance pour la stigmatisation » qui affecte la cohésion du pays. 
Rapidement, le premier ministre M. Valls toujours droit dans ses bottes, court vers un plateau de télévision pour recadrer ses ministres en affirmant que ces arrêtés sont pris au nom de l’ordre public. 
Ce qui choque c’est cette politique de deux poids deux mesures, quand il a parlé de la défunte Sonia rykiel, morte à l’âge de 86 ans, il a dit que c’est « une femme libre » car elle a refusé les dictâtes et a exigé que les femmes doivent disposer de leurs corps, mais il n’a pu commenté la photo qui a fait le tour du monde quand les forces de l’ordre s’acharne sur une femme voilée et l’obligeant à se déshabiller sur la plage, celui-ci n’a pas eu le courage de verbaliser aussi les policiers pour un geste refusé par toute la planète. 
Derrière toute cette polémique, il s’est avéré que même les politiques ne comprennent pas ce qui est la laïcité à la française et ne peuvent pas faire un équilibre entre les exigences de l’espace public et particulièrement la liberté individuelle et la liberté de culte alors que la loi de 1905 qui concerne ce qui appelé laïcité permet au citoyen français de monter sa religion. 
Mais ce qui retient l’attention chez le maire d’Antibes, le seul qui n’a pas pris un arrêté anti-burkini, en commentant la décision du conseil d’Etat, il affirme que ce n’est pas une victoire, mais une «clarification utile et vient de définir un équilibre qu’il fallait» en ce qui concerne, particulièrement la liberté individuelle et la liberté de culte. 
Aussi, il a pris une position équilibrée en lançant un appel aux islamistes modérés pour faire entendre leurs voix, et non pas à l’islam sur internet qui prêchent la haine. 
Il a invité l’ensemble à réfléchir non pas sur des vêtements sur les plages de la côte d’azur mais à la question fondamentale suivante : quelle est la place de l’islam dans la république française, et ce qu’on peut être français et musulman en même temps? 
Le collectif contre l’islamophobie défend que la femme dispose de son corps comme elle le veuille, et les arrêtés anti-burkini est une atteinte manifeste aux libertés fondamentales, alors que pour la ligue des droits de l’Homme, l’ordonnance du conseil d’Etat est une grande décision qui a vocation à faire jurisprudence. 
De son côté, le conseil français du culte musulman a été très réservé en saluant une «décision de bon sens» et une «victoire de droit». 

2- Le burkini déchire la gauche comme la droite 
Ce sont trente municipalités qui ont pris ces arrêtés anti-burkini, mais seulement trente-deux femmes qui ont été verbalisées, ce qui démontre bel et bien, qu’il y’a un arbre qui cache la forêt, le problème avec l’islam c’est qu’il est un objet de la peur, et les acteurs politiques ravivent les tensions pour que cette peur de l’islam s’installe de plus en plus dans la société française pour des fins politiques en stigmatisant la communauté musulmane. 
Si le chef de l’Etat est dans une position amalgamée en appelant à ne pas céder ni à « la provocation ni à la stigmatisation », les partis politiques demeurent divisés avant et après la décision du conseil d’Etat, alors que le ministre de l’intérieur a appelé à l’apaisement au lieu de retirer expressément les arrêtés pris par les maires en question. 
Dans la même démarche que les maires de Nice et de Fréjus, le maire de Sisco affirme qu’il ne retirera pas son arrêté, et la décision du conseil d’Etat est inquiétante, or D. Rachline estime le conseil d’Etat a fait preuve de faiblesse devant les avancées des communautarismes. 
Dans la foulée, le parti des républicains annoncent vouloir présenter un projet de loi sur l’interdiction des signes ostentatoires dans l’espace public comme le burkini, sera-t-il généralisé ou il concernera seulement les musulmans de France, en affirmant que les maires ont pris leurs responsabilités de bannir l’espace public des signes ce qui est prétendu asservissement de la femme. 
Dans une laïcité à la française, qui perd sa visibilité à l’intérieur et à l’étranger beaucoup de républicains, insistent sur une loi de circonstances pour régler un petit détail, mais, le constat, c’est que le problème se pose pour des fins politiques et se joue sur le terrain de la religion par les progressistes et oublient qu’ils sont en train de jouer le jeu des islamistes radicaux et des groupes terroristes. 

Dans la lutte contre l’épanouissement de l’islam en France, toutes les couleurs politiques se rejoignent dans une suite progressive qui date de plus de trois décennies, et cette fois-ci un simple vêtement de la plage fait aussi un débat de plus et une polémique énorme après le foulard dans les écoles, le port des signes religieux et le voile intégral dans l’espace public. 

Certes, il est bien compréhensible l’inquiétude des français, mais lutter contre l’islamisme et l’islam politique c’est de défendre les valeurs de la république par une stigmatisation progressive des musulmans à l’intérieur de leur société et qui tend vers une l’intolérance irrationnelle n’est pas acceptable, plus encore il est très critiquée à l’étranger particulièrement aux Etats unis et en grande Bretagne, en posant des questions sur la laïcité et le libéralisme à la française comme un procédé pour forcer des femmes à se déshabiller et de se cacher dernière le notion du trouble public comme une raison de plus pour de stigmatiser et marginaliser les musulmans de France. 
Certes, les photos prises de cette femme de Nice harcelée par quatre policiers resteront comme symbole de recul de l’Etat de droit, et suscitent de l’indignation malgré la leçon du conseil d’Etat sur la notion d’ordre public, dans ce sens, lors de sa visite à Paris, S. Khan le premier maire musulman de Londres et le féministe qu’il prétend dire annonce que personne ne doit dicter aux femmes ce qu’elles doivent porter, ce qui explique que les acteurs politiques français ont besoin de leur faire des leçons sur la morale, l’ordre public et les bonnes mœurs. 

Par ailleurs, la compagne pour les présidentielles chez les républicains a démarré, et la première partie de celle-ci se joue sur le terrain des thèmes de religion et identitaires et c’est logique pour un certains candidat N. Sarkozy classé 6ième qui veut profiter de cette polémique et gagner des points, ce dernier se montre plus autoritaire qu’en 2012 en disant qu’il va rétablir l’ordre sur chaque centimètre du territoire français, il accuse ceux qui écoutent le peuple de populiste, mais il a oublié son passif lors de son mandat de ministre de l’intérieur et de son mandat du président de la république en accusant certains des quartiers délaissés de racaille. 

Plus vive, la première réaction vient de son rival politique le Front national qui va raviver les tensions pour que les électeurs vont lui dire ça suffit merci. 

Pareil, comme chez la droite, l’extrême droite quand il parle de l’islam, il le résume dans l’islam politique et radical, ainsi, il refuse que le burkini s’installe sur le territoire, par peur que l’étape suivante soit la mixité, la relégation des femmes dans les maisons. 

En accusant les associations, il annonce qu’elles défendent la liberté à géométrie variable, et décrit l’ordonnance du conseil de l’Etat comme étant une décision politique, voire de l’instrumentalisation. 

Les maires qui ont pris ces arrêtés ne vont pas les retirer aux motifs qu’ils considèrent que les circonstances de leurs municipalités ne sont pas les mêmes que celle de Villeneuve- Loubet , mais ils ont pris une décision politique et puisque le conseil d’Etat ne fait pas la loi, mais il veuille à ce que la loi soit respectée et considèrent que Villeneuve-Loubet n’a pas été le cas et ceux qui sont les adversaires du burkini tirent les conséquences logiques ce qui exige selon eux une loi, ce qui a été radicalement proposé au paravent par le Front national. 

Ce projet de loi va-t-il suivre son cours, selon quel calendrier, de toute évidence il va se pencher sur un débat politique alors que les grandes démocraties attendent de la France de leurs définir la notion des libertés individuelles et collectives, alors que l’opposition n’a pas la majorité et que la position de la gauche reste à définir de manière claire.