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Analyses

Afrique du Sud : L’espace politique en mouvement

My Hicham Mouatadid


Quelles que soient nos orientations politiques, nos convictions géo-pragmatiques et nos angles de visions, nous ne pouvons pas nier l’émergence de nouvelles forces politiques en Afrique du Sud, surtout après les élections municipales qui se sont déroulées en début de ce mois d’août. Ce pays qui se positionne en deuxième place, économiquement sur le continent africain, est le plus développé des États d’Afrique.


Moulay Hicham Mouatadid
Moulay Hicham Mouatadid
Les résultats des dernières élections municipales, ont été placés sur la liste de l’ensemble des indicateurs qui acquiescent d’analyser l’évolution du paysage politique dans ce pays. Or, le Congrès National Africain (ANC), au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, a enregistré un recul de huit points au niveau national, il a passé de 62% en 2011 à 54% en 2016. Cependant, le principal adversaire de l’ANC est l’Alliance Démocratique (DA), il s’agit d’un parti politique majoritairement blanc, mais qui s’est élu dernièrement un Chef noir. Cette formation du centre droite, a mené une campagne offensive, ce qui lui a permis de s’arroger 26,5% des voix, contre seulement 24% en 2011. 

Ces élections municipales Sud-Africaines qui ont pour objectifs d’élire les membres des conseils municipaux, de districts et ceux des conseils métropolitains, auront un impact direct sur la vie politique quotidienne du citoyen, et surtout en ce qui concerne la gouvernance publique de ce pays, puisque ces nouveaux élus vont à leur tour élire les nouveaux maires et chefs des exécutifs locaux. L’Afrique du Sud, sous la direction de l’ANC, qui dominait la quasi-totalité des municipalités depuis 22 ans, a réussi la réduction de l’extrême pauvreté, celle-ci a passé de 11,5% en 1994 à 5% actuellement. En revanche, le taux de chômage a exalté pour atteindre 26,7% en 2015 contre seulement 15,6% en 1994. 

Avant ces élections municipales, Jacob Zumba, le président de l’Afrique du Sud, a survécu à un vote de défiance au parlement. Ce référendum est venu suite à des affaires de corruption et d’abus de biens publics. Or, cet empêtrement n’était pas en faveur de l’ANC lors de la préparation et le déroulement de ces élections municipales. Outre ce trait qui relève de la mauvaise gouvernance, cette régression de l’ANC pourrait facilement être perçue comme un vote sanction basé sur un bilan plus au moins positif. C’est un bilan qui n’était pas à la hauteur des attentes de la population Sud-Africaine, notamment concernant les conditions de la vie qui ne s’améliorent pas, une économie au point mort, l’usure du pouvoir, et également une certaine impopularité de Jacob Zumba qui occupe, en plus de son poste de Chef d’État, le président de l’ANC. 

D’ailleurs, l’une des dimensions symboliques à retenir suite aux résultats de ces élections, est la perte de contrôle, par l’ANC, sur Nkandla. Cette ville natale du président Zumba, était sous projecteurs médiatiques et loupes des politologues et politiciens, lorsqu’il a été contraint par la justice, à rembourser un demi-milliard de dollars d’argent public dépensé pour des rénovations entreprises dans sa résidence privée. Néanmoins, ce management politique qualifié de négatif par une partie interne de l’ANC, a créé une pression contre Jacob Zumba, avant même les élections municipales, pour quitter son poste de Chef. Cependant, ses bonnes relations avec les cadres du parti, renforcent le maintien de sa position à la tête de l’ANC. 

Si l’ANC membre de l’internationale socialiste, fondé le 8 janvier 2012, est considéré comme un parti de centre gauche, le DA membre de l’internationale libérale et de l’alliance mondiale des démocrates, est fondé le 24 juin 2000, mais sa position est celle d’un parti de centre droit. Cette formation politique née d’une alliance de trois partis (Le parti démocratique, le nouveau parti national et l’alliance fédérale, à laquelle s’est joint le parti des démocrates indépendant en 2010), a capitalisé sur le dépit des classes sociales, surtout en milieu urbain, ainsi que le soutien de l’électorat noir, pour réaliser davantage de points au niveau national. Or, l’opposition accoste à faire dégringoler l’ANC sous la barre des 50% dans trois grands centres. 

Avec son jeune dirigeant de seulement 36 ans, l’Alliance Démocratique a insisté sur les réalisations de ses équipes dans agglomérations qu’elles gouvernaient, pour convaincre les électeurs dans le cadre d’un esprit pragmatique basé sur un discours logique de gestion par résultats. 

Une troisième formation politique qui s’est imposée en force durant ces élections municipales, est le parti politique de l’extrême gauche l’Economic Freedom Fighters (EFF - Combattants pour la liberté économique). Ce parti politique qui a vu le jour le 26 juillet 2013, il participe à ses premières élections municipales. Son dirigeant, Julius Malema, qui a institué le parti sur une base d’expropriation des terres et la nationalisation des mines sans compensation, il a obtenu lors des élections générales 6,4% des voix. Toutefois, l’EFF a progressé lestement au cours de ses dernières élections municipales et ce, avec un pourcentage de 8%. 

La carte politique Sud-Africaine en mouvement, ne traduit pas seulement l’émergence d’un jeu à trois partis politiques, mais cette jeune démocratie incarne à travers ce mouvement, une certaine volonté citoyenne pour le changement. Cette évolution escomptée, s’inspire d’une mutation socio-culturelle que connait la société Sud-Africaine depuis les deux dernières décennies. Ces dynamiques de l’évolution culturelle qui ont un impact, à la fois direct et indirect, sur la scène politique et ce, sous plusieurs formes, traduisent la corrélation qui existent entre les relations raciales et l’évolution politique en Afrique du Sud.